Du chihuahua au grand danois, une histoire revisitée
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Regardons nos chiens aujourd’hui : quelle variété incroyable, n’est-ce pas? Entre la minuscule tête du chihuahua et la stature imposante du grand danois, on dirait presque des espèces différentes. Pendant longtemps, on a cru que cette extravagance de formes et de tailles venait surtout de la passion des éleveurs britanniques de l’ère victorienne, il y a deux cents ans à peine. C’est à cette époque, disait-on, qu’est apparue l’idée de « race pure » avec tout le concept de pedigree.Mais, vous savez, la science aime bien remettre les pendules à l’heure. Et c’est exactement ce qu’une nouvelle étude, menée par la bioarchéologue Allowen Evin de l’Université de Montpellier et plusieurs collègues internationaux, vient de faire. En fait, il semble bien que nous nous trompions lourdement sur l’origine de cette diversité : les chiens étaient déjà incroyablement variés bien avant l’époque des smokings et des corsets.
Les secrets révélés par 643 crânes anciens
credit : lemorning.ca (image IA)C’est une enquête archéologique plutôt impressionnante. L’équipe a pris le temps d’analyser en détail la morphologie de 643 crânes de canidés, couvrant une période immense, allant des 50 000 dernières années. Ces spécimens provenaient de sites un peu partout sur le globe : Amérique du Nord, Europe et Asie. Les résultats, publiés dans la prestigieuse revue Science, sont sans appel.Les chercheurs ont découvert que, surprise, les tout premiers chiens – ceux qui vivaient il y a 10 000 ans – présentaient déjà un large éventail de tailles et de formes de crâne. Ce n’est donc pas la faute des programmes d’élevage victoriens si notre chien ressemble à un teckel ou à un berger. Ces différences, elles sont anciennes, vraiment très anciennes. C’est fascinant d’imaginer ça.
L’humain et le besoin de spécialisation
credit : lemorning.ca (image IA)Mais alors, si ce n’est pas l’époque victorienne, pourquoi tant de formes différentes si tôt dans l’histoire? Le professeur David Silversides, de l’Université de Montréal, spécialiste en médecine vétérinaire (et qui n’a pas participé directement à l’étude, mais dont l’expertise est précieuse), nous donne une piste très logique.Selon lui, cette variété extraordinaire provient probablement du fait que les sociétés humaines de l’époque, même si elles vivaient encore « à l’époque des cavernes », choisissaient déjà leurs chiens pour des tâches bien précises. Pensez-y : vous n’utilisez pas le même type de chien pour chasser le mammouth, pour monter la garde du campement ou pour aider à la guerre. Ces premières sélections, axées sur la fonction plutôt que sur la beauté ou le pedigree, auraient jeté les bases de la diversité que nous connaissons. C’est le côté pratique de l’humain qui aurait guidé l’évolution canine.
La diversité héritée des loups anciens
credit : lemorning.ca (image IA)Il y a un autre détail qui a attiré l’attention des chercheurs : l’étude ne s’est pas limitée aux crânes de chiens. Elle a aussi inclus des crânes de loups anciens. Et qu’est-ce qu’ils ont trouvé? Que les loups d’autrefois étaient, eux aussi, morphologiquement plus variés que les loups modernes qu’on observe aujourd’hui. C’est une information cruciale, non?On peut donc penser que cette variabilité, cette capacité à adopter différentes formes et tailles, était déjà présente chez l’ancêtre commun, ce loup gris éteint d’où descendent à la fois le chien et le loup actuel. Les premiers chiens domestiqués auraient simplement hérité de ce potentiel morphologique déjà très riche. En d’autres termes, nos toutous avaient déjà dans leurs gènes la possibilité de devenir grands ou petits, sans attendre l’intervention des éleveurs de Londres.
La complexité des datations : un trou de 20 000 ans
credit : lemorning.ca (image IA)Cependant, même avec une étude aussi vaste, la domestication reste un casse-tête pour les scientifiques. Quand exactement ce loup s’est-il transformé en notre meilleur ami? C’est là que les choses se compliquent. Le moment et l’endroit exacts restent flous, et ce processus s’est probablement passé à plusieurs reprises et dans plusieurs endroits différents sur la planète. Une affaire longue et désordonnée, en somme.Le professeur Silversides souligne qu’il y a un écart temporel monumental entre les différentes méthodes de datation. Les études basées sur la morphologie (comme celle-ci, qui situe le crâne distinctement canin le plus ancien à 11 000 ans) ne correspondent pas aux études génétiques (basées sur l’ADN) qui, elles, suggèrent que la domestication pourrait remonter jusqu’à 25 000 ou même 30 000 ans! C’est une sacrée différence.
Pourquoi cet écart? Peut-être parce que les premiers chiens, pendant des milliers d’années, ont simplement gardé des crânes qui ressemblaient encore beaucoup à ceux des loups, ce qui rend l’identification difficile rien qu’avec la forme des os.
Facteurs de diversification et migrations humaines
credit : lemorning.ca (image IA)Quoi qu’il en soit, plusieurs éléments ont favorisé cette diversification rapide des premiers chiens il y a des millénaires. Il faut considérer l’adaptation. Chaque fois que ces animaux suivaient les humains, ils devaient s’adapter à de nouveaux environnements, à des régimes alimentaires variés, et bien sûr, ils se déplaçaient énormément lors des migrations humaines.D’ailleurs, une autre analyse génomique, publiée dans la même édition de Science, a confirmé que d’anciens chiens n’étaient pas sédentaires : ils accompagnaient activement les chasseurs-cueilleurs pendant leurs périples, de l’Europe de l’Est jusqu’à la Sibérie orientale. Le chien était, depuis le début, un compagnon de voyage et de travail. C’est beau, cette fidélité historique!
Un appel aux fouilles entre 30 000 et 11 000 ans
credit : lemorning.ca (image IA)En définitive, cette étude nous force à reconsidérer la place du chien dans l’histoire de l’humanité. Loin d’être une simple création de l’élevage moderne, la diversité canine est un héritage préhistorique, probablement sélectionné par nécessité fonctionnelle par nos lointains ancêtres.Mais tout n’est pas réglé. Le professeur Silversides insiste sur l’urgence de trouver plus de spécimens couvrant cette période cruciale entre 30 000 et 11 000 ans. Pourquoi? Simplement pour réussir à diminuer l’écart entre ce que nous disent la génétique et la morphologie. Tant qu’on n’aura pas plus de fossiles de cette période charnière, le mystère de l’origine exacte de la domestication, et de notre meilleur ami, restera entier.
Sachez enfin, pour la petite histoire, que la Fédération cynologique internationale (FCI) reconnaît aujourd’hui pas moins de 359 races de chiens domestiques, classées selon leur fonction (chiens de berger, terriers, lévriers, etc.). Un nombre qui est d’ailleurs toujours en augmentation. C’est dire si l’évolution ne s’arrête jamais!