Ah, le Salon du livre de Montréal! C’est toujours un moment fort de l’automne. Cette année, la 48e édition ouvrait ses portes ce mercredi, et ce n’est pas peu dire que l’équipe organisatrice a pu pousser un grand soupir de soulagement. Imaginez un peu l’angoisse : quelques jours avant le lancement, on craignait sérieusement une catastrophe d’achalandage. Pourquoi? À cause de cette fameuse grève à la STM! Heureusement, tout cela est derrière nous puisque la grève a été suspendue.Mais, attention, la fête de l’écriture s’ouvre dans un contexte délicat, hein. Entre ce petit miracle du transport en commun et l’inquiétude, très réelle, liée au fléchissement des ventes de livres au Québec. L’objectif, c’est clair : utiliser le pouvoir des mots pour réenchanter un monde qui semble en crise perpétuelle. Cinq jours de célébration, c’est ça qu’on nous promet.
Le grand soulagement : les visiteurs pourront prendre le métro
Franchement, il y a des situations où l’on se dit que le destin y est pour quelque chose. Olivier Gougeon, le directeur général du Salon du livre de Montréal, avouait être terriblement soulagé. Et je le comprends ! Quand vous travaillez toute l’année sur un événement d’une telle ampleur, voir une grève des transports menacer l’affluence au dernier moment… ça doit être une torture. Il précisait qu’il est « vraiment content » et qu’il sent que « ça va être une très belle édition ».Bien sûr, il y a eu quelques écoles qui ont préféré annuler par prudence avant que la suspension de la grève soit annoncée, mais l’essentiel, c’est que la majorité des groupes scolaires et des précieux bénévoles seront bel et bien au rendez-vous. Le transport en commun, c’est quand même la clé pour ce genre de grand rassemblement urbain. Sans ça, adieu les 95 000 visiteurs espérés, je suppose.
Viser les 95 000 : le réenchantement comme moteur d’attraction
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L’an dernier, le Salon avait frôlé les 92 000 visiteurs. Pour cette édition, on veut carrément franchir la barre des 95 000 personnes. C’est ambitieux, mais faisable, surtout avec une programmation axée sur un thème assez fort : le réenchantement.
Monsieur Gougeon insistait là-dessus, et je trouve que ça résonne beaucoup avec ce qu’on vit collectivement. Il pointait le doigt sur les « reculs quand même inquiétants sur les plans social et politique » et sur tous ces conflits mondiaux qui nous tirent « vers la noirceur ». C’est vrai, non? On a besoin de s’évader. Le livre, il le dit très bien, c’est ce qui « nous permet de nous élever » et d’avoir recours à l’imaginaire. C’est peut-être la seule façon d’accéder à ce fameux réenchantement.
D’ailleurs, le programme est rempli d’étoiles : plus de 2000 auteurs, dont des incontournables comme Janette Bertrand, Dany Laferrière, Hélène Dorion, Patrick Senécal et Naomi Fontaine, et pas moins de 300 activités pour nous faire vibrer.
Une accessibilité inédite pour les familles et les jeunes
credit : lemorning.ca (image IA)Une des nouveautés qui m’a vraiment marquée, c’est l’effort mis sur le prix des billets. C’est la première fois dans l’histoire de l’événement que l’entrée est gratuite pour tous les moins de 18 ans, et ce, tous les jours. C’est une excellente initiative, surtout quand on sait que les familles doivent surveiller leur portefeuille avec la hausse du coût de la vie.De plus, pour tous les visiteurs, l’entrée était gratuite ce mercredi! Et si vous accompagnez des mineurs, ce sera gratuit pour vous aussi les jeudis et vendredis à partir de 15 h. Sans compter que le coût du billet adulte est coupé de moitié après 17 h les autres jours. On sent une vraie volonté d’ouvrir la culture au plus grand nombre. Il fallait que ça devienne abordable, ça ne fait aucun doute.
Des formats originaux : duos intimistes et espace jeunesse ciblé
credit : lemorning.ca (image IA)Pour s’assurer que l’expérience soit unique, le Salon a misé sur de nouveaux formats d’événements. Par exemple, il y a la série Dans l’univers familier de… L’idée, c’est d’entendre un auteur discuter avec le personnage central de son œuvre. Pensez-y : Naomi Fontaine sera sur scène avec sa propre mère, qui est une figure essentielle dans son dernier roman, Eka ashate : ne flanche pas. C’est génial comme idée pour avoir une incursion dans les couches narratives des livres!On a aussi ces « tête-à-tête » qui promettent des moments magiques. L’inspiration est venue d’une émission que j’ai toujours beaucoup aimée, L’autre midi à la table d’à côté. L’idée, c’est de laisser des duos, comme Janette Bertrand et Rébecca Déraspe, ou Philippe Racine et Dany Laferrière, converser sans animateur pour guider l’échange. Ça rend la conversation tellement plus naturelle, les langues se délient, c’est ça qu’on veut reproduire sur scène.
Et n’oublions pas l’Espace Lis-moi MTL, spécialement conçu pour les ados et les jeunes adultes (les moins de 30 ans). En plus, il faut dire que l’interdiction du cellulaire à l’école, c’est un facteur! Ça a augmenté la fréquentation des bibliothèques. Donc, on met en avant des genres qu’ils adorent : romance, horreur et science-fiction.
L’ombre au tableau : le marché du livre en berne
Bon, il faut être honnête, le Salon est crucial, mais il ne peut pas masquer la réalité économique. Ce 48e Salon débute alors que les ventes de livres sont en baisse au Québec. Début novembre, on parlait d’un retard de 3,3 % par rapport à l’année précédente, d’après les chiffres de la BTLF.
Ce qui inquiète le plus? C’est la chute de 7,9 % des ventes faites aux collectivités, vous savez, les bibliothèques et les écoles. C’est la conséquence des compressions en éducation qui découragent l’achat. Mais même les ventes au détail, pour nous, les lecteurs réguliers, sont en recul de 1,1 %! C’est un signal d’alarme.
Karine Vachon, directrice générale de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL), ne cache pas son inquiétude. Le ralentissement des ventes, surtout du côté des livres jeunesse québécois, c’est un gros problème pour la découvrabilité de notre culture et, surtout, pour l’accès aux livres auprès des jeunes. Si on n’a pas d’argent pour renouveler l’offre dans les écoles, comment voulez-vous maintenir l’intérêt des jeunes pour la lecture? Ça nous dépasse un peu, cette histoire de coupes budgétaires, surtout quand le coût de la vie est si élevé et que les gens doivent faire des choix difficiles.
Un désir de lecture qui ne se dément pas
credit : lemorning.ca (image IA)Malgré les turbulences — la menace de grève et le ralentissement des ventes —, Olivier Gougeon, lui, garde son optimisme intact. Et il a raison de le faire, je pense. La vitalité éditoriale au Québec est réelle; on ne peut pas le nier. Il y a un rayonnement qui est là, autant ici qu’à l’international. C’est encourageant.Ce qui ressort le plus de cette édition, c’est l’« énergie très positive » ressentie au Palais des congrès. Le public a un désir qui ne faiblit pas, année après année, de venir à la rencontre des auteurs et des autrices, de Marie Laberge à Dany Laferrière. Les mots sont importants. C’est peut-être l’évasion que nous offre ce Salon, qui se termine dimanche, qui est notre véritable « réenchantement » collectif. Il faut absolument y aller, si l’on veut soutenir cette industrie culturelle si essentielle.