Trottoirs glacés : record historique de plaintes à Montréal
Simon Kabbaj - 2026-02-18 11:47
credit : lemorning.ca (image IA)
Un volume de plaintes inédit en dix ans
La colère gronde chez les résidents de la métropole face à l’état des voies piétonnes cet hiver. Les trottoirs glissants suscitent une insatisfaction palpable qui se traduit désormais par des chiffres concrets : les Montréalais ont établi un record de plaintes au service 3-1-1 au cours de la dernière décennie. La situation semble avoir atteint un point de rupture pour de nombreux citoyens.
Selon les données ouvertes de la Ville de Montréal, l’administration a reçu pas moins de 2735 requêtes et plaintes depuis le mois de novembre dernier. Ce volume est particulièrement significatif lorsqu’on le compare aux années précédentes : il représente plus du double du nombre de signalements enregistrés l’an dernier à la même date.
Ce sommet inégalé en dix ans témoigne d’une problématique majeure dans la gestion hivernale cette saison. Les citoyens utilisent massivement le canal officiel de la municipalité pour signaler des conditions dangereuses, marquant ainsi une mobilisation sans précédent pour la sécurité des déplacements à pied.
Équipements défaillants et appel à la sous-traitance
Face à ce constat, Louis Martin, conseiller en aménagement chez Piétons Québec, valide l’exaspération des citoyens. Selon lui, la population a parfaitement raison d’exiger que les opérations de déneigement et de déglaçage soient effectuées selon les règles de l’art. Il souligne l’importance vitale de ces infrastructures pour les déplacements quotidiens.
Il défend fermement la nécessité de garantir la sûreté des usagers les plus vulnérables. À ce sujet, Louis Martin déclare : «À un moment donné, il faut que les piétons puissent marcher en sécurité. Leur voie de circulation, ce sont les trottoirs». Cette affirmation met en lumière la responsabilité de la municipalité d’assurer un passage sécuritaire.
L’expert établit un lien direct entre cette explosion des plaintes et les défaillances matérielles de la Ville. Comme le révélait Le Journal à la fin du mois de janvier, plus du quart de l’équipement de déneigement est actuellement en mauvais ou très mauvais état. Pour Louis Martin, cette situation logistique ne doit pas servir d’excuse : «Il faut agir quand même. Si on a moins d’équipement, engager des sous-traitants».
Les aînés en première ligne des risques
L’urgence d’agir est d’autant plus criante que les conditions actuelles mettent en péril une partie spécifique de la population. Les aînés sont particulièrement vulnérables aux chutes, que ce soit sur les trottoirs ou dans d’autres lieux publics. Les conséquences d’une glissade pour cette démographie peuvent s’avérer dramatiques et changer le cours d’une vie.
Louis Martin insiste sur la gravité des impacts physiques pour les personnes âgées. Il précise : «Quand les aînés tombent, les chances qu’ils se blessent sont grandes car ils sont plus fragiles. Leurs blessures peuvent être plus graves. S’ils sont hospitalisés, la récupération peut être difficile». Cette fragilité intrinsèque nécessite une vigilance accrue de la part des services municipaux.
Les statistiques de la santé publique viennent corroborer ces inquiétudes. Il y a deux ans, une étude recensait près de 14 000 chutes survenues en cinq ans sur les trottoirs, dans les stationnements et les lieux publics montréalais. Un chiffre alarmant ressort de cette analyse : plus de la moitié de ces incidents avaient mené à une hospitalisation. De plus, les accidents touchaient en majorité les personnes âgées de cinquante ans et plus.
Le parcours du combattant pour l’indemnisation
Malgré le nombre élevé d’incidents, très peu de chutes aboutissent à une indemnisation de la part de la Ville. Les démarches sont complexes et les résultats rarement favorables aux citoyens. L’an dernier, sur 115 Montréalais ayant rempli une demande de réclamation, seulement quatre ont obtenu une compensation financière.
Maria Isabel Franco, une aînée de 73 ans, a fait l’amère expérience de ce système judiciaire. En décembre dernier, elle s’est fait rabrouer en cour après quatre ans de démarches administratives et légales. Elle qualifie la situation sans détour : «C’est injuste». Son histoire illustre la difficulté pour les victimes de faire reconnaître la responsabilité municipale.
Mme Franco soutient que la Ville n’avait pas déblayé le trottoir lorsqu’elle a chuté sur la glace en mars 2021, juste en face de la garderie où elle travaillait. Les conséquences de cet accident ont été lourdes : une commotion cérébrale et une blessure au poignet qui l’ont empêchée de travailler pendant plus de trois semaines.
Repenser l’urbanisme pour la sécurité
Pour éviter que de tels accidents ne se reproduisent à l’avenir, Piétons Québec estime qu’une révision complète des infrastructures est nécessaire. Il ne s’agit pas seulement de mieux déneiger, mais de repenser la conception même de l’espace urbain pour le rendre plus sécuritaire en hiver.
Louis Martin pointe du doigt des éléments structurels spécifiques qui aggravent la situation lors des épisodes de gel. Il explique : «Il faut faire des trottoirs plus larges, plus plats et continus. Il faut revoir les entrées charretières qui ont été conçues pour le confort des véhicules au détriment des piétons. Car là, la pente fait en sorte que dès qu’il y a un peu de glace, ça devient glissant».
Cette approche suggère que la prévention des chutes passe par un rééquilibrage de l’aménagement urbain, favorisant la sécurité des marcheurs par rapport à la fluidité des accès véhiculaires, particulièrement au niveau des pentes des entrées de garage qui coupent les trottoirs.
Bilan chiffré : une décennie de signalements
L’analyse des données ouvertes de la Ville de Montréal permet de dresser un bilan précis de l’évolution des signalements pour trottoirs glissants sur la dernière décennie. Ces chiffres concernent les mois de novembre, décembre et janvier pour chaque période hivernale. Le record actuel est frappant avec 2735 signalements pour la période 2025-2026.
À titre de comparaison, la saison précédente (2024-2025) n’avait enregistré que 945 plaintes, et celle de 2023-2024 en comptait 1726. On observe une grande variabilité selon les années : 976 signalements en 2022-2023, 845 en 2021-2022, et un creux à 687 en 2020-2021.
L’historique montre toutefois que des pics ont déjà été atteints par le passé, bien que moindres que celui de cette année. On notait 1383 plaintes en 2019-2020, un volume important de 2629 en 2018-2019, 2256 en 2017-2018, et enfin 1236 pour la saison 2016-2017.
Selon la source : journaldemontreal.com
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