Tandis que les chefs d’État et les représentants de grandes entreprises se réunissent sous les projecteurs de Belém, au Brésil, pour cette 30e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP30), il y a toute une autre armée, moins visible mais ô combien essentielle, qui s’active en coulisses : la société civile. C’est vrai, les projecteurs se braquent souvent sur les grands décideurs, mais ce sont ces citoyens engagés, ces groupes d’observateurs, qui assurent un rôle fondamental.Leur mission n’est pas de dicter les lois, non. C’est d’être là, d’observer, de prendre des notes, et surtout, d’influencer. C’est un travail de fourmi qui, semble-t-il, demande une énergie considérable. Mais en ces temps d’inquiétudes croissantes, comment ces groupes réussissent-ils, finalement, à raviver l’engagement citoyen pour le climat et à faire entendre leur voix?
Douze heures par jour pour surveiller la planète
credit : lemorning.ca (image IA)Pour comprendre l’ampleur du travail, il faut se pencher sur le quotidien de personnes comme Emanuelle Leclerc. Elle est là, au Brésil, secrétaire-correspondante du Syndicat des professionnelles et professionnels de la Société de transport de Montréal et membre de la délégation de la FTQ. Imaginez un peu : assise dans un corridor, le portable sur les genoux, les écouteurs vissés, elle doit être partout à la fois.Ses journées, elle les décrit sans détour : elles commencent à 7 h du matin et ne se terminent pas avant douze heures plus tard. Sans arrêt. C’est un rythme infernal, n’est-ce pas ? Son rôle ? S’assurer que tout est couvert, que les résumés sont faits, pour pouvoir ensuite aller « parler avec les agents négociateurs des pays », y compris ceux du Canada. Cette possibilité d’influencer directement les négociateurs, c’est ça qui donne un sens à tant d’heures d’efforts. Elle, elle en est à sa toute première COP, un baptême du feu, on peut le dire.
Les neuf « circonscriptions » : qui représente qui ?
credit : lemorning.ca (image IA)Le rôle d’observateur n’est pas distribué au hasard. Emanuelle Leclerc fait partie de l’une des neuf grandes « circonscriptions » reconnues par la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Si ce terme semble un peu trop officiel, il désigne simplement des groupes d’organisations non gouvernementales (ONG). Ces groupes, indépendants des États, ont pour objectif commun de transformer les politiques par des efforts concertés.Ces regroupements sont très variés et représentent une incroyable diversité d’intérêts et de voix mondiales. On y trouve, entre autres, les syndicats bien sûr, mais aussi : les ONG environnementales, les regroupements du secteur agricole, les organisations des peuples autochtones, les ONG de recherche, ainsi que les femmes et les membres de la diversité de genre. C’est cette mosaïque d’organisations venant de partout sur la planète qui confère à la société civile son poids réel dans les débats internationaux. C’est une façon de s’assurer que personne n’est oublié à la table.
Quand l’écoanxiété frappe et que la motivation fléchit
credit : lemorning.ca (image IA)Quelques semaines avant le grand départ pour le Brésil, un événement à Montréal, le Grand rendez-vous politique des Dialogues pour le climat, posait une question qui nous interpelle tous : « Comment raviver l’ambition politique pour le climat ? » C’est une question d’actualité, car soyons honnêtes, la flamme écologiste a parfois du mal à briller fort quand l’inflation et la montée d’autres enjeux politiques, disons, plus terre-à-terre, accaparent l’espace public.Mélanie Ratel, présente à l’événement, a exprimé ce sentiment partagé. Elle parlait d’écoanxiété, de ce sentiment d’impuissance qui nous ronge. Même David Suzuki, figure emblématique, a jeté l’éponge récemment! Alors, comment ne pas se sentir découragé ? C’est tout le paradoxe : les gens viennent à ces rendez-vous pour raviver leur propre flamme. J’ai été particulièrement touchée par le témoignage de Johane Germain, une citoyenne engagée plus âgée. Elle a avoué avoir parfois « la motivation fatiguée » en milieu rural, et elle cherchait la relève. Elle était ravie de voir des trentenaires s’impliquer autant; c’est une source de motivation vitale pour elle.
L’influence passe par la présence constante
Alors, à quoi bon faire tant de sacrifices, tant d’heures de travail, si les progrès sont lents? Le directeur général d’Ateliers pour la biodiversité, David Roy, est catégorique : la présence de la société civile est essentielle. Aller là-bas, c’est tout simplement la meilleure façon d’influencer nos gouvernements. On pourrait croire que ces grandes instances sont loin de notre quotidien, mais c’est faux. Leurs décisions finissent inévitablement par avoir un impact sur ce que nous faisons chez nous.Emanuelle Leclerc, malgré la fatigue, conserve cette perspective claire. Elle sait qu’elle ne va pas réussir « tout ça » en une seule COP. L’objectif est bien plus subtil, plus long terme. Il s’agit de « semer quelques petites choses qui vont se poursuivre par la suite ». Mais surtout, de maintenir les liens avec les gens qui vivent les mêmes combats ailleurs. C’est en partageant les stratégies et les réussites que l’on trouve la force de continuer à faire changer les choses, un pays, un groupe, à la fois. C’est ça la puissance de la société civile.
Le chemin est long, mais l’observateur est prêt
credit : lemorning.ca (image IA)Ce que l’on retient de la COP30, au-delà des négociations des chefs d’État, c’est l’engagement tenace de la société civile. Qu’il s’agisse de jeunes militants combattant l’écoanxiété ou de retraités cherchant un second souffle de motivation, leur rôle d’observateur et d’influenceur est absolument crucial. Ils sont là pour s’assurer que les promesses ne restent pas lettre morte et pour mettre la pression nécessaire sur les agents négociateurs.Comme l’a si bien dit Emanuelle Leclerc, le chemin est long, et la transformation ne se fait pas en quelques jours. Mais chaque contact établi, chaque rapport rédigé, chaque graine semée lors de ces conférences internationales représente une victoire progressive. En fin de compte, c’est la persévérance et la diversité des voix citoyennes qui donneront l’élan nécessaire pour transformer les politiques et, espérons-le, assurer un avenir plus vert pour les générations à venir.