Le pouvoir d’achat au Québec : des chiffres qui ne collent pas à notre quotidien

Le pouvoir d’achat au Québec : des chiffres qui ne collent pas à notre quotidien credit : lemorning.ca (image IA)

L’écart entre la feuille de route et l’épicerie

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C’est un peu étrange, n’est-ce pas? Lundi dernier, lorsque le premier ministre François Legault a dévoilé sa nouvelle vision économique, on nous a servi des chiffres franchement impressionnants. L’idée principale, c’est que le pouvoir d’achat des Québécois aurait bondi de 10,3 % entre 2018 et 2024. En prime, on nous dit que la rémunération hebdomadaire moyenne aurait grimpé de près de 30 % – très exactement 29,7 %.

Sur papier, ça sonne merveilleusement bien. Mais avouons-le, pour beaucoup d’entre nous, ces données, bien qu’elles soient techniquement exactes, semblent appartenir à une autre planète. Est-ce que ce fameux «pouvoir d’achat amélioré» correspond vraiment à ce que l’on vit quand on arrive à la caisse ou quand on reçoit la facture du loyer? Je n’en suis pas certain, et je crois que je ne suis pas le seul à me poser la question.

Quand quatre personnes sur dix vivent à flux tendu

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Il faut être réaliste. Comment peut-on sérieusement affirmer que le pouvoir d’achat s’est amélioré pour tout le monde quand on sait que près de quatre Québécois sur dix – c’est énorme – disent vivre d’une paie à l’autre? C’est une réalité d’équilibre fragile.

Ajoutons à cela une autre statistique qui donne à réfléchir : selon l’Université de Sherbrooke, environ la moitié des citoyens déclarent des revenus annuels de moins de 50 000 $. Franchement, avec de tels chiffres, il devient évident que l’amélioration économique vantée par le gouvernement ne s’est pas du tout répercutée sur l’ensemble des ménages. Ce n’est pas une question de mauvaise foi, c’est juste le reflet du terrain, non?

La différence entre l’inflation mesurée et l’inflation perçue

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Ce qui est fascinant, c’est le décalage entre les mesures officielles et notre ressenti personnel. On a beau nous montrer l’indice des prix à la consommation (IPC), nous, on ne voit qu’une chose : ce qu’on paye. Des chercheurs de la Banque du Canada l’ont d’ailleurs bien noté : notre perception des hausses de prix est souvent, et systématiquement, plus élevée que l’inflation réelle. C’est particulièrement vrai pour certains groupes de la population.

Pourquoi? Parce qu’on se souvient surtout des augmentations qui font mal, celles de l’épicerie, du loyer. Une forte augmentation du prix de la laitue ou du beurre, ça marque l’esprit, on ne l’oublie pas. Les expériences de magasinage, les augmentations brutales du coût du logement… tout cela amplifie l’écart entre ce que les économistes mesurent et ce que nous, nous vivons. C’est ça, le fameux «bruit cognitif» dont on parle.

Le drame du logement et de l’alimentation pour les plus modestes

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C’est ici que le bât blesse, vraiment. Regardons les données de l’inflation de plus près. La rémunération a certes monté de 29,7 % entre 2018 et 2024. Mais pendant le même temps, les prix des aliments ont grimpé de 28,8 % et, accrochez-vous bien, le logement a augmenté de 30,5 %. Quand on y pense, le salaire monte à peine plus vite, voire moins vite, que nos dépenses essentielles!

Mais l’impact est inégal. L’Observatoire québécois des inégalités nous apprend quelque chose de capital : les 20 % de ménages les moins riches consacrent la moitié de leur budget (50 %!) à l’alimentation et au logement. À l’inverse, les 20 % les plus aisés n’y dédient que 22 %. Vous voyez le problème? Quand l’inflation frappe ces secteurs, elle écrase littéralement les budgets des plus modestes. La hausse du pouvoir d’achat devient alors purement théorique pour cette majorité.

Le facteur travail : ce qui a tiré la moyenne vers le haut

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Bon, il faut quand même expliquer pourquoi, en moyenne, le Québec affiche une hausse de pouvoir d’achat supérieure à celle de l’Ontario ou du reste du Canada. C’est une histoire de salaires, ça, c’est certain. Il y a eu un effet de rattrapage, oui, mais surtout un contexte démographique qui a mis la pression.

Le vieillissement de la population est un moteur majeur. On compte 100 000 départs à la retraite chaque année, ce qui crée un manque criant de main-d’œuvre. Ce contexte de rareté, avec un taux de chômage historiquement bas (autour de 5 % au Québec!), a forcé les employeurs à mettre la main à la poche pour attirer et retenir les travailleurs. C’est la loi de l’offre et de la demande, mais appliquée aux humains.

Les bénéficiaires d’une création d’emplois ciblée

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Qui a profité le plus de cette pression salariale, finalement? L’Institut du Québec a souligné que la création d’emplois récente s’est beaucoup concentrée dans des domaines qui payent déjà mieux que la moyenne. Pensez aux finances, aux assurances, mais aussi, et c’est encourageant, aux secteurs de la santé et de l’éducation, où les conventions collectives ont permis de négocier des hausses considérables en 2023.

De plus, n’oublions pas l’effet des mesures gouvernementales, comme les baisses de taxes et la réduction d’impôt appliquée en 2023. Cela a concrètement augmenté le revenu disponible après impôt. Mais encore une fois, ceux qui ont des revenus plus élevés au départ voient souvent leurs revenus de placement s’envoler, creusant davantage l’écart avec les revenus du travail manuel ou peu spécialisé.

L’insulte de la moyenne et le besoin de nuance

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Une fois qu’on a toutes ces explications en tête – le manque de main-d’œuvre, les rattrapages salariaux, les baisses d’impôt –, on comprend mieux la statistique officielle d’une hausse moyenne du pouvoir d’achat. Mais cela ne dispense pas le premier ministre de faire preuve de beaucoup plus de nuance.

Dire que le bilan est bon, que l’économie est meilleure, c’est vrai en partie, mais cela masque une vérité dérangeante : les inégalités se sont accrues, comme c’est le cas un peu partout en Occident. La hausse du coût de la vie a frappé durement la majorité, surtout ceux dont les revenus sont restés sous la barre des 50 000 $.

Pour cette partie de la population, se faire dire que leur pouvoir d’achat a augmenté relève presque de l’hérésie. Si les chiffres sont exacts, ils ne sont simplement pas représentatifs de l’expérience vécue. Il faut regarder au-delà des moyennes pour comprendre la réalité quotidienne des familles québécoises.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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