C’est quand même une information majeure qui vient de circuler : sur les trois projets d’infrastructures que le gouvernement Legault veut absolument voir accélérer par Ottawa, deux sont ancrés dans la lointaine, mais stratégique, Côte-Nord. On dirait que le Nord est en train de devenir le véritable moteur économique du Québec, du moins dans la tête de nos politiciens. Ces projets, révélés grâce à une liste confidentielle obtenue par Radio-Canada, totalisent des milliards de dollars et illustrent bien la « nouvelle vision économique » provinciale.Le troisième projet, c’est le port de Contrecœur en Montérégie, lui, a déjà obtenu son étiquette de projet d’intérêt national. Mais c’est vraiment la Côte-Nord qui fait l’objet de toutes les attentions actuellement, ce qui est très significatif.
L’énorme pari énergétique : la ligne à 15 milliards de dollars
credit : lemorning.ca (image IA)Parlons du plus gros morceau, celui qui donne le vertige : la ligne de transport d’électricité. Imaginez, Québec évalue ce grand projet à 15 milliards de dollars! Je suppose que ce n’est pas juste le coût du fil lui-même, non, il faut inclure tous les investissements nécessaires pour que notre réseau de transport puisse intégrer cette nouvelle électricité et l’acheminer ensuite jusqu’à nos maisons et nos usines.D’où vient cette électricité, vous demandez-vous? De Terre-Neuve-et-Labrador, bien sûr, si l’entente cruciale sur Churchill Falls est enfin officialisée. La ministre de l’Économie, Christine Fréchette, l’a dit très clairement : notre entente avec Terre-Neuve devrait être sur la liste des projets stratégiques. On parle ici de s’assurer d’un approvisionnement énergétique stable pour des décennies. C’est un enjeu colossal, un pari sur l’avenir.
L’or sous terre : la fosse du labrador et les minéraux critiques
credit : lemorning.ca (image IA)L’autre grande ambition concerne nos ressources naturelles. Le gouvernement Legault a demandé au fédéral d’ajouter la mise en valeur de la fameuse fosse du Labrador, un immense gisement de minerai qui chevauche la frontière entre le Québec et le Labrador. Ce projet est détaillé en deux volets et nécessite environ 1,7 milliard de dollars d’investissements.Cette bande géologique, longue de 1200 km, présente un potentiel énorme non seulement pour le fer, que nous exploitons déjà beaucoup, mais aussi pour lesminéraux critiques et les terres rares. C’est la nouvelle quête mondiale : s’assurer d’un accès aux matériaux essentiels pour la transition énergétique, les batteries, l’éolien. C’est très, très stratégique pour l’indépendance économique du pays, vous ne trouvez pas?
Relier le nord : la fameuse boucle ferroviaire et les ports
credit : lemorning.ca (image IA)Pour accéder à ce minerai, il faut des infrastructures. C’est logique. Le gouvernement espère la création d’une boucle ferroviaire sur la Côte-Nord. L’idée est de connecter les deux principaux chemins de fer qui donnent déjà accès au minerai de la fosse. Cela simplifierait la logistique, assurément!En parallèle, on veut augmenter la capacité des installations portuaires à Sept-Îles. La Société ferroviaire et portuaire de Pointe-Noire (SFPPN) elle-même vise un investissement massif de 900 millions de dollars sur trois ans pour presque tripler sa capacité. C’est un signe que la demande est bien là. Quand on voit de tels chiffres, on comprend que l’on parie sérieusement sur l’explosion de l’activité minière.
Métaux torngat : les terres rares et la controverse locale
credit : lemorning.ca (image IA)Un cas très précis sur cette liste est le projet de Métaux Torngat. L’entreprise, qui veut devenir une solution de rechange aux terres rares chinoises, a été recommandée comme projet d’intérêt national. Leur projet? Déplacer quelque 200 000 tonnes de concentré de terres rares du Nunavik pour les transformer dans une usine prévue à Sept-Îles. C’est essentiel pour les aimants permanents utilisés dans les technologies et la défense.L’infrastructure à prioriser est une route de plus de 100 kilomètres entre leur gisement à Strange Lake et la baie de Voisey, au Labrador, évaluée à 200 millions de dollars. La minière a déjà reçu beaucoup d’appuis financiers, notamment 10 millions de dollars en financement pour le transport et 165 millions en garanties de prêts.Mais attention, ce projet n’est pas sans nuages. À Sept-Îles, des citoyens craignent l’impact environnemental de l’usine de transformation. C’est un dilemme classique : besoin stratégique versus protection locale. Le chef de la direction, Yves Leduc, a beau multiplier les présences pour convaincre la population, la peur est bien réelle.
En attente de la réponse d’ottawa et d’autres dossiers
credit : lemorning.ca (image IA)Maintenant, il ne reste plus qu’à attendre. Le premier ministre du Canada, Mark Carney, doit faire une annonce ce jeudi concernant une nouvelle série de projets accélérés. Est-ce que les dossiers de la Côte-Nord seront choisis? On l’espère fort, évidemment.Le bureau de M. Legault et celui de la ministre Fréchette n’ont pas voulu faire de commentaires spécifiques sur cette liste, jouant la carte de la prudence, disant simplement qu’ils ont eu des discussions avec Ottawa. C’est la politique, ça! Ils ont réaffirmé, par contre, l’importance stratégique des minéraux et des infrastructures. On voit que la stratégie est claire, il ne manque plus que l’argent fédéral.Il ne faudrait pas oublier d’autres dossiers soumis, comme une liste de neuf projets en défense pour lesquels Québec espère des achats ou des accélérations. Et puis, il y a le projet ferroviaire Corridor du Nord (Ontario-Saguenay–Lac-Saint-Jean) qui est évoqué, mais il lui manque encore un promoteur économique, ce qui, je suppose, ralentit pas mal les choses.
L’importance stratégique du nord québécois
credit : lemorning.ca (image IA)Finalement, cette liste de priorités confirme une chose : le Québec mise énormément sur le potentiel du Nord. Entre la ligne d’électricité à 15 milliards et les infrastructures minières à 1,7 milliard, l’enjeu total est d’environ 16,7 milliards de dollars, sans compter le port de Contrecœur.Ces projets visent à soutenir la transition énergétique et à renforcer notre souveraineté économique en nous positionnant comme un acteur majeur dans la production de minéraux critiques, comme alternative à la Chine. Espérons que l’annonce fédérale de jeudi donnera le coup d’envoi à cette gigantesque vague d’investissements. L’avenir du Québec passe, semble-t-il, par ses terres les plus froides.