credit : lemorning.ca (image IA)Honnêtement, je me souviens encore de l’époque où l’hiver au Québec était synonyme de légumes ramollis ou, pire, de conserves à n’en plus finir. Mais ça, c’est le passé! On assiste aujourd’hui à une véritable poussée de croissance, une explosion verte, si l’on peut dire.La province est en train de se positionner pour battre tous les records de fruits et légumes disponibles localement, même quand il fait un froid de canard dehors. C’est quand même formidable. Grâce à un investissement provincial assez spectaculaire de 325 millions de dollars, notre capacité de production en serre a doublé en seulement cinq ans. Ça, ce n’est pas rien. On parle bien ici de renforcer notre autonomie alimentaire.
L’autonomie, un rêve qui remonte à 30 ans
credit : lemorning.ca (image IA)Cette vague de production locale, c’est une sacrée bonne nouvelle pour nous, les consommateurs. Pascal Thériault, économiste agricole à l’Université McGill, le dit bien : nous importions la majorité de nos concombres et de nos tomates il y a deux générations. Maintenant, on peut franchement manger québécois toute l’année. Quel changement!Prenez Savoura, par exemple. C’est un peu le pionnier de cette histoire. Luc Prévost, le PDG, raconte qu’il y a trente ans, cultiver des tomates en hiver était une pure utopie. Aujourd’hui, Savoura produit 15 000 tonnes de tomates par an en serre. Prévost se rappelle que personne ne parlait vraiment d’autonomie alimentaire à l’époque, mais plutôt d’une simple envie de consommer local. Et c’est cette envie de local qui a finalement pavé la voie à cette industrie en pleine effervescence.
Des champions de la production à grande échelle
credit : lemorning.ca (image IA)Savoura n’est plus seul, heureusement. On voit l’arrivée de joueurs majeurs un peu partout. Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, les Serres Toundra, par exemple, produisent un demi-million de concombres… par jour! Oui, vous avez bien lu : un demi-million. De quoi, paraît-il, approvisionner la province entière! Leur présidente, Caroline Fradet, confie que leur objectif initial était simplement de fournir un concombre frais, de qualité, 365 jours par an. Ils ont même créé une demande additionnelle parce que l’offre n’existait pas quand ils ont commencé, voyez-vous.Et puis, il y a la nouveauté urbaine : les Fermes Lufa. Eux, ils ont choisi d’être audacieux en cultivant directement sur les toits de Montréal. Leur cofondateur, Mohammed Hage, admet que c’était un « immense risque », mais un risque qui valait franchement la peine si on y pense. Ils livrent maintenant à domicile et via 350 points de cueillette. C’est une autre façon de faire de l’agriculture, plus proche de chez nous.
Les défis logistiques et environnementaux de la serriculture
credit : lemorning.ca (image IA)Attention, cette modernisation agricole n’est pas une promenade de santé. Elle vient avec son lot de complications. Les Serres Toundra, même si elles sont essentielles pour l’approvisionnement, ont essuyé des critiques au début concernant la fameuse pollution lumineuse. Il a fallu installer des rideaux noirs gigantesques pour régler ça. Ça illustre bien que la transition n’est jamais parfaite du premier coup.De plus, même si l’éclairage DEL permet de sauver beaucoup d’énergie (un progrès, certes), chauffer 28 hectares de serres, c’est une tâche colossale. On parle ici d’une consommation qui dépasse celle de toute la ville de Saint-Félicien. C’est vraiment énorme. Il y a un grand travail à faire, je suppose, pour rendre ça plus vert encore, malgré l’utilisation réduite de pesticides et l’empreinte carbone amoindrie grâce à la proximité.
L’épineuse question de la main-d’œuvre locale
credit : lemorning.ca (image IA)Un autre point essentiel, c’est la main-d’œuvre. Qui travaille dans ces serres? Pour les grandes entreprises comme Savoura et Toundra, situées loin des centres urbains, l’appel aux travailleurs étrangers est une nécessité. C’est souvent le cas en agriculture à grande échelle, non?Par contre, chez Lufa, comme ils sont en ville, ils réussissent à recruter localement. Mohammed Hage l’a constaté : les gens veulent bien travailler dans ce milieu, mais ils ne veulent absolument pas quitter les villes. Il y a donc une fracture entre les besoins des méga-serres régionales et les désirs des travailleurs urbains. C’est un dilemme socio-économique important.
Qui paie vraiment pour notre autonomie?
credit : lemorning.ca (image IA)La grande question reste celle du portefeuille. En saison estivale, les légumes de serre restent généralement plus chers que ceux qui poussent en plein champ; c’est logique, la production en champ est souvent imbattable économiquement. Mais l’agroéconomiste Pascal Thériault souligne un point crucial : le reste de l’année, il faut importer, et le transport coûte cher. Et avec l’augmentation des coûts de logistique récemment, les légumes de serre du Québec deviennent drôlement plus compétitifs.Mais attention, il y a un coût moins visible : l’aide publique. Québec a mis 325 millions de dollars sur la table depuis 2020. Luc Prévost de Savoura est très clair là-dessus : sans ce soutien, il est impossible pour des entreprises comme la leur de devenir rentables, « loin de là ». Ils travaillent d’arrache-pied, bien sûr, pour améliorer l’efficacité et les rendements, car, avouons-le, si le prix n’est pas abordable, comme le dit Prévost, « c’est le portefeuille qui va l’emporter » sur l’envie de consommer local.
L’hiver entièrement québécois, c’est pour bientôt?
credit : lemorning.ca (image IA)Alors, pourrons-nous nous alimenter complètement avec des produits de serre québécois tout l’hiver, un jour? Luc Prévost est optimiste, il pense qu’on « est presque déjà là, absolument ». C’est une belle perspective, n’est-ce pas?Cependant, Pascal Thériault nuance un peu l’enthousiasme : même si techniquement tout peut être produit en serre 12 mois par an, tout n’est pas rentable. Il faut se concentrer sur les productions qui offrent un haut rendement et une bonne profitabilité au mètre carré. L’objectif n’est pas de tout cultiver, mais de sécuriser l’essentiel.
En fin de compte, que ce soit face aux crises politiques, économiques ou climatiques futures, cette production sous serre représente bien plus qu’une simple option culinaire; elle est peut-être une garantie d’approvisionnement essentiel. C’est un risque qui semble avoir valu la peine d’être pris, même s’il nous coûte cher pour l’instant.