La Suède déploie son roi et son industrie pour décrocher les méga-contrats militaires canadiens

La Suède déploie son roi et son industrie pour décrocher les méga-contrats militaires canadiens credit : lemorning.ca (image IA)

Un tapis rouge royal pour un budget de 82 milliards

C’est une délégation qui ne passe pas inaperçue : le roi Carl XVI Gustaf, la reine Silvia, la vice-première ministre, le ministre de la Défense, et tenez-vous bien, une soixantaine de poids lourds de l’industrie suédoise, incluant même la puissante famille Wallenberg. Du 18 au 20 novembre, ce gratin se rendra à Ottawa et Montréal. Pourquoi un tel déploiement? Eh bien, la Suède a de grandes, très grandes, ambitions. Elle veut sa part des 82 milliards de dollars de nouvelles dépenses militaires que le Canada a annoncées.

Cette visite d’État n’est pas seulement protocolaire, c’est une opération séduction massive, visant à consolider une alliance géopolitique devenue essentielle pour le gouvernement Carney, surtout depuis que nos relations avec notre voisin du Sud sont, disons, un peu plus tendues.

Le virage stratégique loin des états-unis

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Il faut être honnête : le contexte a changé. L’arrivée de Donald Trump en janvier a vraiment secoué les fondations des liens canado-américains. On se souvient des guerres tarifaires, des remises en question de la souveraineté canadienne… tout ça, ça laisse des traces. D’ailleurs, c’est ce qui a poussé le gouvernement Carney à revoir sérieusement l’achat initial d’avions de chasse F-35, fabriqués par l’américain Lockheed Martin.

Du coup, on cherche des alliés plus fiables, n’est-ce pas ? C’est le sentiment qui ressort, selon une source gouvernementale, qui résume bien la question : « Est-ce qu’on veut être plus proche des États-Unis ou est-ce qu’on veut être plus proche des Européens? » Le politologue Justin Massie le dit très bien : si on s’associe, il faut que ce soit avec un partenaire fiable pour plusieurs décennies, garantissant une relation « gagnant-gagnant ».

Des discussions sérieuses et un agenda très chargé

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Les Suédois ne sont pas arrivés là par hasard. Les démarches sont en cours depuis un bon moment. Tenez, par exemple, des dirigeants de Bombardier ont rencontré la ministre de l’Innovation, Mélanie Joly, pas moins de trois fois entre mai et juillet. Et ce n’est pas tout !

En août, la ministre Joly a même pris l’initiative d’aller visiter l’usine suédoise de Saab, à Linköping, là où ils fabriquent leurs fameux avions de chasse Gripen-E. Et pour couronner le tout, le PDG de Saab, Micael Johansson, a fait un détour par Ottawa en octobre pour rencontrer Michael Sabia, le plus haut fonctionnaire fédéral. Le fait que Sabia lui ait fait de la place dans un horaire ultra-chargé, juste avant le dépôt du budget, ça démontre le sérieux des négociations en cours. Saab ne veut pas juste vendre, ils veulent assembler des avions militaires ici, au Canada, pour contribuer à notre diversification industrielle.

Le dilemme des avions de chasse : gripen contre f-35

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Le cœur du débat tourne autour de nos prochains avions de chasse. Ottawa s’est déjà engagé à acheter un minimum de 16 F-35 américains, avec une possibilité d’aller jusqu’à 88. Mais avec le froid qui s’est installé dans les relations américano-canadiennes, l’idée d’une seconde flotte, les Gripen-E suédois, est revenue sur la table.

L’avantage colossal du Gripen, c’est que des discussions sont en cours pour qu’il soit assemblé ici, dans l’usine de Bombardier à Dorval. Imaginez les retombées économiques et les emplois ! En plus, le Gripen a des coûts par heure de vol plus faibles que le F-35, ce qui n’est pas négligeable pour nos finances. Le hic, c’est que gérer deux types de flottes — le F-35 et le Gripen — entraîne des coûts supplémentaires en formation des pilotes et en infrastructure. Mais l’idée d’une flotte mixte, ça ne fait pas encore l’unanimité, je suppose.

Les avions de surveillance : l’atout bombardier-saab

Mais il n’y a pas que les chasseurs. Il y a un autre gros morceau sur la table : l’avion de surveillance électronique, estimé à 6 à 11 milliards de dollars. Les Forces armées canadiennes ont grandement besoin de cette nouvelle capacité de détection militaire.

Ici, la Suède propose le GlobalEye, et c’est là que Bombardier revient en force. Le gouvernement Carney semble avoir un faible pour ce système, car les radars suédois seraient installés sur les avions d’affaires Global 6500, des appareils fabriqués par Bombardier, mais à Toronto cette fois ! C’est une vraie opportunité pour l’Ontario et le Québec. Le concurrent principal, c’est le E-7 Wedgetail de l’américain Boeing, qui nous rappelle, naturellement, qu’ils sont là depuis plus de cent ans et qu’ils ont des contrats partout dans le monde. La pression américaine, on la sent, mais c’est à nous de faire nos choix, comme le rappelle très bien le professeur Philippe Lagassé.

L’autonomie par le partage de technologie

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Ce qui fait vraiment pencher la balance en faveur de la Suède, ce n’est pas juste le produit, c’est leur approche. Saab se dit prête à partager ses technologies et même sa propriété intellectuelle avec le Canada. Ça, ce n’est pas habituel !

Justin Massie nous dit qu’il faut arrêter de penser qu’une acquisition, c’est juste acheter quelque chose. Il faut utiliser ces occasions de manière stratégique pour bâtir une plus grande autonomie, en développant des partenariats à long terme. La Suède, avec son industrie de défense autonome et couronnée de succès, est un modèle pour nous, et ce partage pourrait nous permettre, à terme, de participer à la création des prochaines générations d’avions. C’est ça l’autonomie stratégique dont on rêve.

Un choix entre deux continents

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Alors que près des trois quarts de nos achats militaires se font actuellement aux États-Unis, cette visite suédoise marque, peut-être, le début d’un véritable virage vers l’Europe en matière de défense. Les enjeux sont énormes, on parle de contrats pour des systèmes de surveillance et potentiellement des flottes d’avions de chasse.

Le Canada, poussé par un contexte géopolitique difficile avec son voisin traditionnel, cherche manifestement des alliés solides et prêts à investir chez nous, à l’image des propositions faites par Saab et Bombardier. Bien sûr, les Américains ne sont pas hors course, loin de là. Boeing rappelle sa présence historique. Mais la pression royale suédoise et la promesse de retombées industrielles importantes à Dorval et Toronto pourraient bien donner l’avantage à la bannière européenne. Affaire à suivre, et le choix d’Ottawa sera crucial pour l’avenir de notre industrie de la défense.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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