La grande contradiction: L’entretien de nos infrastructures menacé par les gels d’embauche

La grande contradiction: L’entretien de nos infrastructures menacé par les gels d’embauche credit : lemorning.ca (image IA)

Le paradoxe de l’investissement record face aux coupes

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C’est une situation assez bizarre, n’est-ce pas? D’un côté, le gouvernement Legault ne cesse de nous rappeler qu’il investit des montants records dans le Plan québécois des infrastructures (PQI). On parle d’hôpitaux, de routes, de tout ce qui est essentiel. Le ministre des Finances, Eric Girard, lui-même, réclame des investissements massifs, même du fédéral, pour avancer là-dessus.Mais de l’autre côté, en coulisse, ça coince terriblement. La Société québécoise des infrastructures (SQI), qui est l’organisme clé pour gérer ces projets et entretenir nos biens, se demande sincèrement comment elle va pouvoir tenir le coup. Pourquoi? Parce qu’on lui impose un gel d’embauche. C’est la grande contradiction du moment : comment construire le neuf si on n’a plus personne pour s’occuper du vieux?

L’appel à l’aide désespéré de la PDG de la SQI

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Des documents internes que Radio-Canada a pu consulter montrent bien l’inquiétude grandissante au sein de la SQI. Depuis le début de l’année 2024, la PDG, dont on n’entend pas souvent parler, multiplie les communications auprès du Conseil du Trésor. Elle ne demande pas la lune, elle demande simplement le droit de remplacer des gens clés. Des postes de première ligne, j’imagine, ceux qui gèrent vraiment le quotidien.La peur est réelle : elle craint de ne pas pouvoir accomplir la mission de l’organisation si l’on ne pourvoit pas ces dizaines de postes. On lui a accordé des dérogations, heureusement, mais est-ce que ça suffit vraiment quand les responsabilités augmentent à cette vitesse?

La santé et sécurité compromises par le manque de bras

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C’est probablement l’aspect le plus sensible pour nous, les citoyens. Quand on parle d’infrastructures, on pense souvent aux gros chantiers, mais la SQI gère surtout le maintien des actifs existants. On parle de 994 immeubles mis à la disposition des ministères et organismes. Ça, c’est le patrimoine de l’État!

L’impossibilité de remplacer certains employés essentiels compromet directement la capacité de la SQI à gérer efficacement tout ce parc immobilier. Plus grave, cela met en danger ses obligations de propriétaire, notamment sur la question de la santé et de la sécurité des occupants. Elle a dû solliciter une dérogation pour 16 postes dédiés au maintien des actifs rien qu’en avril. À ce jour, 11 postes ont été dotés. C’est un début, mais on se demande vraiment comment ils peuvent s’assurer que tout tienne bon avec si peu de marge de manœuvre.

Des mandats qui s’ajoutent sans effectif additionnel

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Ce qui rend la situation encore plus tendue, c’est l’accumulation de nouveaux mandats qui arrivent sur le bureau de la SQI, sans que l’effectif suive. Pensez-y : ils doivent maintenant s’occuper de l’exploitation du site de l’Hôpital Royal Victoria depuis 2023. Ils doivent aussi mettre en œuvre le grand Plan d’optimisation des espaces et des loyers du gouvernement. Sans oublier l’exploitation de tous les nouveaux immeubles acquis et les projets de transformation des milieux de travail. C’est beaucoup trop pour les équipes actuelles!La PDG a calculé que tous ces nouveaux mandats demandent 57 postes équivalents temps complet (ETC). Or, en même temps, elle prévoit qu’en raison des cibles budgétaires imposées, 223 employés auront été retranchés d’ici mars 2026. On passe de l’obligation de faire plus à la contrainte de faire moins avec moins de monde. C’est illogique.

Un portefeuille de projets qui explose à 40 milliards

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Il faut se rappeler l’ampleur de ce que gère la SQI. La dernière approbation du Conseil du Trésor s’était faite sur la base d’un portefeuille de projets de 30 milliards de dollars. Aujourd’hui? Il dépasse les 40 milliards de dollars, et ça n’inclut même pas tous les projets qui sont encore à l’étude. On parle de chantiers colossaux, comme le nouvel hôpital de Vaudreuil-Soulanges, un projet à 2,6 milliards de dollars, ou le nouveau pavillon cliniques-écoles au Cégep Édouard-Montpetit, prévu pour 2029.Dans son dernier rapport annuel, l’organisation mentionnait 145 projets majeurs en gestion. C’est une machine immense. Comment peut-on sérieusement augmenter la charge de travail de 30% tout en demandant à l’équipe de réduire son personnel?

Inquiétude de l’opposition et la pression sur les TI

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Évidemment, l’opposition s’empare de ce dossier. Pour Filomena Rotiroti, porte-parole libérale en matière d’infrastructures, c’est « quand même inquiétant ». Elle critique ces coupes « mur à mur », faites sans évaluation réelle des besoins. Elle y voit carrément la conséquence du « gaspillage du gouvernement » et de la mauvaise gestion des finances publiques de la CAQ. Je suppose qu’elle n’a pas tout à fait tort quand on voit les chiffres qui s’entrechoquent.

Il n’y a pas que le béton et le verre qui souffrent; la technologie aussi est sous pression. La PDG rappelait en juillet que la croissance force une accélération de la transformation numérique. Près de 60 employés avaient été internalisés pour bien maîtriser les ressources informatiques, surtout pour optimiser la gestion des actifs (le projet GDA, pour l’entretien planifié, la gestion des demandes, etc.). Or, le resserrement budgétaire met ce secteur stratégique en péril. C’est dommage, car ces outils sont essentiels pour, justement, gagner en efficacité!

Un risque de dilution des priorités

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En fin de compte, toute cette histoire nous ramène à la même question : est-ce que le Québec peut vraiment se permettre le luxe d’avoir des plans d’infrastructures ambitieux s’il n’offre pas les moyens humains pour les réaliser et surtout, pour les maintenir? Le fait que la SQI doive batailler pour pourvoir 16 postes pour le maintien des actifs, pendant que des milliards sont annoncés pour les nouveaux projets, est un signal d’alarme très fort.Si l’on ne peut pas garantir le personnel nécessaire pour la santé et la sécurité de nos immeubles existants, les nouvelles constructions risquent de n’être que des vitrines coûteuses. Il est impératif, comme le soulignent les opposants, que l’on procède à une évaluation beaucoup plus fine et non « mur à mur » des besoins, pour éviter de diluer la qualité de la gestion et le sérieux de l’entretien de nos biens publics. Les discussions se poursuivent, nous dit la SQI, mais l’horloge tourne, et les bâtiments ne s’entretiennent pas tout seuls.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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