Le homard des Maritimes pris dans les filets du marché noir : un fléau qui menace l’avenir de la pêche
Adam David - 2025-11-08 09:43
credit : lemorning.ca (image IA)
Le rêve lucratif gâché par la contrebande

La question qui hante les esprits, c’est celle-ci : en permettant ce pillage, sommes-nous en train de sacrifier l’avenir d’une de nos pêches les plus rentables au Canada?
L’ampleur du marché noir : le blanchiment d’argent et les stocks non déclarés

« La pêche est devenue tellement lucrative, » explique M. Richard, « qu’elle est utilisée carrément comme un mécanisme pour blanchir de l’argent sale. » Cela veut dire que des fonds provenant de l’extérieur de la région, possiblement liés au crime organisé, sont réintégrés dans l’économie via le homard non déclaré. C’est sérieux, non?
L’Association de M. Richard a été la première à alerter le gouvernement. Et les documents internes du ministère des Pêches et des Océans (MPO) confirment l’étendue du problème : le MPO reconnaît que jusqu’à un tiers des stocks pourraient ne pas être déclarés. Même si ces prises ne sont pas toutes aux mains du grand banditisme, le chiffre reste ahurissant et montre une faille béante dans notre système.
Le journal de bord électronique : une solution trop lente?

Le capitaine Marc-André Guignard, qui pêche à Miscou, utilise l’outil électronique sur son cellulaire pour déclarer ses prises directement au MPO. Pour lui, c’est clairement un effort pour « essayer de contrôler le marché noir dans le homard ». Il fait sa part pour assurer la pérennité de la ressource, mais d’autres sont beaucoup plus sceptiques.
Pour Nathanaël Richard, cet outil ne règle rien du tout. « Tout ce que ça fait, c’est qu’on continue d’avoir des données qui sont fausses, incomplètes, beaucoup plus rapidement, » lance-t-il, un brin exaspéré. Le fond du problème, on dirait, n’est pas l’outil, mais la volonté de tricher.
Comment fonctionne la fraude : l’art de la sous-déclaration

Gilles Thériault, qui a une demi-siècle d’expérience dans l’industrie, confirme cette technique. Il donne un exemple très parlant : « Prenons l’exemple d’un pêcheur qui va pêcher pour une valeur de 300 000 $. Il déclare qu’il a pris du homard pour 200 000 $. Alors, il y a 100 000 $ de revenus non déclarés. C’est payant! »
Mais, qui a les moyens de payer 100 000 $ de homards en argent comptant, comme ça? C’est là que M. Richard soupçonne fortement l’intervention du crime organisé, qui cherche justement à se débarrasser de ses « sources de cash ». Heureusement, tous les pêcheurs ne sont pas de cet avis. Marc-André Guignard, en rigolant, assure qu’il préfère rester loin de ce monde clandestin : « Je suis assez *bad lucky* : si je me prends du cash, je vais me faire pogner tout de suite. Ha! Ha! »
Le conflit des priorités : pêche autochtone versus fraude commerciale

Plusieurs membres de l’UPM s’inquiètent que des pêcheurs autochtones vendent des prises effectuées en dehors des saisons commerciales, craignant que cela nuise au futur de la ressource. Notre équipe a même confirmé qu’il y a effectivement vente de homards durant la pêche dite alimentaire, grâce à un complice, un faux acheteur nommé Tommy, qui a infiltré le marché noir. Ce genre de découverte, pour l’UPM, « prouve justement qu’il y a une surpêche qui est en train de se faire, il faut arrêter l’abus ».
Mais cette focalisation met en colère d’autres acteurs clés. Nathanaël Richard trouve la démarche de l’UPM « vraiment hypocrite » : selon lui, on n’a pas besoin de « discuter des pêcheurs autochtones » quand on a un problème structurel si grave du côté des pêcheurs commerciaux.
Qui ose pointer du doigt le vrai problème?

Il va même plus loin en attaquant directement l’Union des pêcheurs : « Ils n’osent pas se prononcer sur le plus gros problème parce que ce sont leurs membres qui font ça. » Ouch. C’est une accusation très sérieuse, qui met en lumière un conflit d’intérêts majeur au sein de l’industrie.
Interrogé sur cette critique, Martin Mallet de l’UPM répond qu’il demande simplement au gouvernement fédéral de faire respecter les règles déjà en place, qu’elles concernent les Autochtones ou les non-Autochtones. Une réponse qui peut sembler éluder le fond du problème soulevé par ses détracteurs.
Un problème systémique et l’inaction du gouvernement

Gilles Thériault, lui aussi, interpelle directement le pouvoir en place. Selon lui, le problème vient du « gouvernement canadien qui ne met pas ses culottes ». Cette inaction crée un effet boule de neige. Puisque personne ne fait respecter les règles, d’autres pêcheurs, pourtant honnêtes au départ, finissent par s’embarquer dans ces pratiques illicites. C’est devenu un véritable fléau, paraît-il.
Et comme pour confirmer l’inaction reprochée, la ministre des Pêches et des Océans, Joanne Thompson, en visite au Nouveau-Brunswick, a carrément refusé de nous accorder une entrevue. Son équipe a même demandé à l’UPM de nous faire quitter le stationnement où elle était attendue, menaçant d’annuler une rencontre. Une ministre en cavale, on pourrait dire.
Conclusion : la traçabilité comme bouée de sauvetage

Au quai de Stonehaven, le pêcheur Marc Thériault n’y va pas par quatre chemins : « J’ai zéro confiance en la ministre des Pêches, soupire-t-il. Comment veux-tu qu’un ministre fasse sa job comme il faut et connaisse l’industrie quand c’est un différent ministre tous les ans? » Mme Thompson est, après tout, la septième ministre à ce poste en dix ans. Il y a de quoi douter de la constance politique.
Pour les experts, la solution est claire et urgente : l’instauration d’un système complet de traçabilité, allant du bateau jusqu’à l’assiette. Les libéraux s’y étaient engagés en 2019, mais cinq ans plus tard, le programme pour contrer la pêche illicite et non déclarée n’est toujours pas là. Si rien ne bouge, M. Thériault craint que ses deux jeunes fils, qu’il aimerait voir reprendre le flambeau de ce « très bon métier », n’héritent d’un océan vidé de son précieux homard.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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