Le cri du cœur des travailleurs de la Côte-Nord : entre tempête sociale et forêt résiliente
Adam David - 2025-11-08 11:46
credit : lemorning.ca (image IA)
Quand le recul politique laisse place à l’incertitude locale

Pour comprendre cette réalité complexe, nous avons pris la route de la Côte-Nord, là où le bois est plus qu’un métier; c’est une vie. Le reste de la province s’est déchiré sur l’avenir de cette industrie pendant des mois, et il était crucial d’aller écouter ceux qui la font vivre au quotidien, loin des débats sur les réseaux sociaux.
Cinq heures du matin, au milieu des épinettes noires

Par la fenêtre de la camionnette, le spectacle est lent mais magnifique : les silhouettes des épinettes noires se dessinent doucement sur un ciel qui commence à bleuir. Puis, au détour d’un chemin, les phares aveuglants des abatteuses apparaissent, preuves qu’elles ont bossé toute la nuit. L’odeur de sapinage, puissante et entêtante, nous frappe immédiatement en sortant du véhicule. Elle témoigne, sans équivoque, du travail accompli.
Joyce Dionne, propriétaire et homme de terrain

Son entreprise, c’est trois abatteuses et trois transporteurs – des engins qui coûtent près d’un million de dollars l’unité. C’est la haute technologie! Joyce nous fait monter à bord et on réalise la facilité déconcertante avec laquelle ces chenilles avancent sur ce qui était encore récemment une forêt vierge. J’ai été stupéfié : la tête de l’abatteuse empoigne, coupe, ébranche et tronçonne un arbre en trois billots en moins de 15 secondes.
Pour que ce soit rentable, Joyce explique qu’il faut que chaque machine fonctionne en permanence, ne s’arrêtant que pour son entretien quotidien. Il souligne, en coupant sans relâche, que la régénération de ce secteur prouve la résilience et la capacité de la forêt à se rétablir après une coupe.
La violence des réseaux sociaux : être traité de « saccageur »

Téléphone à la main, il nous lit quelques commentaires récents, crus et insultants : « Dans pas long tu vas tomber en vacances indéterminées… Du ravage ils en font, c’est laissé en cochon… Ce tabarnak-là qui détruit la forêt. »
« Ils nous perçoivent comme des débâtisseurs de forêt, des saccageurs », nous dit-il. C’est vrai que, juste après la récolte, quand les branches ont jauni, ce n’est pas le paysage le plus idyllique. « Mais quand tu reviens au bout de sept ou huit ans, ça commence à être pas mal beau. C’est ça que le monde ne perçoivent pas, ils voient juste le négatif », déplore-t-il. On sent une profonde injustice dans ses propos.
Pris en otage par le conflit

Le nœud du problème était le projet de loi 97, qui prévoyait de donner à l’industrie un pouvoir accru pour permettre une exploitation plus intensive sur certaines parties des forêts publiques. Joyce considère que les entrepreneurs comme lui ont été, disons, *pris en otages* dans ce conflit, utilisés comme un levier pour mettre la pression sur le gouvernement.
Il garde espoir. Il souhaite sincèrement une reprise rapide des discussions entre tous les acteurs. « Je pense qu’il y a moyen de s’harmoniser tout le monde ensemble, j’y crois. Je vais tout le temps y croire. […] Si tout le monde travaille de la même façon, tu peux revirer le monde de bord, puis quand le monde se chicane, tu fais juste reculer dans la vie. » C’est simple, mais tellement vrai.
Sacré-Cœur : un village qui vit grâce au bois

Elle déplore évidemment que le gouvernement ait abandonné sa réforme. Cette réforme devait, semble-t-il, solutionner bon nombre des irritants actuels. Sans nouveau régime, les vieux problèmes persistent. Mais, pour être honnête, les ennuis ici, c’est presque de la routine. Aujourd’hui, ce sont les tarifs douaniers américains. Cet été, c’était les blocus. Et il y a un an, c’était la possibilité d’un décret fédéral pour protéger le caribou qui menaçait l’approvisionnement. C’est un cycle sans fin, dirait-on.
Boisaco, née d’une crise et d’un blocus historique

Aujourd’hui, Boisaco génère près de 600 emplois, sans compter tous ceux qui en découlent. C’est pour cela que la mairesse s’inquiète. Si la scierie venait à disparaître, Sacré-Cœur devrait se trouver une autre vocation, mais, comme elle le dit : « Ce n’est pas facile. Ici, la forêt, c’est notre vie. »
Le besoin pressant d’une vision collective
Selon lui, l’erreur de départ fut de faire signer des ententes de confidentialité aux industriels lors des consultations. C’était « peut-être justement illusoire de penser qu’il va y avoir des ententes de confidentialité, qu’on pouvait faire un processus comme ça de manière très hermétique au lieu de faire ça de manière plus ouverte. »
Ce dont le Québec a besoin, c’est d’une vision collective, insiste M. St-Gelais. Il souhaite de nouvelles discussions pour mettre en place une réforme de la foresterie qui soutiendra toutes ces municipalités qui dépendent de la forêt. « Pour nous, ce qu’on espère, c’est qu’on va réussir à développer un projet de société autour de la forêt », conclut-il, soulignant que ce projet doit nécessairement passer par un réel dialogue à l’échelle de toute la province et de tous les acteurs impliqués.
Conclusion : Dialogue et résilience sont les clés de l’avenir

Entre les menaces sur les réseaux sociaux subies par des travailleurs acharnés comme Joyce Dionne et l’appel du président de Boisaco à une discussion franche et ouverte, le message est clair : la forêt est un bien commun qui exige un projet de société global. L’industrie est prête à tendre la main, mais cela ne fonctionnera que si tous les acteurs — Premières Nations, industriels, citoyens et gouvernement — acceptent de mettre de côté la chicane pour avancer ensemble. L’avenir de dizaines de municipalités québécoises en dépend.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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