Comment des armes canadiennes atterrissent dans une zone de conflit
credit : lemorning.ca (image IA)C’est une nouvelle plutôt troublante qui nous parvient via l’équipe d’enquêtes de CBC News : des armes, fabriquées juste ici, en Colombie-Britannique, se sont retrouvées, on ne sait trop comment, entre les mains des Forces de soutien rapide (FSR) au Soudan. Franchement, qui aurait cru qu’une entreprise d’Abbotsford, une ville tranquille de la vallée du Fraser, pourrait être indirectement impliquée dans un conflit aussi sanglant ?Ce groupe paramilitaire, les FSR, est malheureusement tenu responsable de massacres horribles contre des civils. Des organisations de défense des droits de la personne lancent d’ailleurs l’alarme, pressant le gouvernement canadien d’agir, de stopper net les exportations vers les Émirats arabes unis, qui semblent servir de boîte aux lettres géante dans ce trafic d’armes. Il faut absolument comprendre comment cette chaîne d’approvisionnement, longue et opaque, fonctionne.
L’identification des armes de sterling cross defense systems
credit : lemorning.ca (image IA)C’est grâce aux réseaux sociaux – oui, même en pleine guerre civile, les combattants partagent des images – que la preuve est apparue. Des photos et vidéos, dont certaines datent de 2023, montrent très clairement des membres des FSR au Soudan brandissant des carabines. L’examen minutieux de ces images a permis de confirmer la présence du logo bien distinctif de Sterling Cross Defense Systems. Cette entreprise, basée à Abbotsford, fabrique des armes à feu et des munitions.Plus spécifiquement, les enquêteurs ont reconnu des modèles, comme la carabine XLCR, qui arbore l’emblème de la compagnie juste au-dessus du puits de chargeur. La même marque, au même endroit. C’est quand même troublant, non ? Voir une carabine d’ici utilisée à des milliers de kilomètres pour commettre des atrocités.
La guerre civile au soudan : nettoyage ethnique et crise humanitaire
credit : lemorning.ca (image IA)Il faut se rappeler que ce n’est pas un petit accrochage. La guerre civile soudanaise, qui a commencé le 15 avril 2023, a ravagé le pays. On parle d’une des crises humanitaires les plus graves au monde. Les chiffres font froid dans le dos : on estime à 150 000 le nombre de morts et plus de 12 millions de civils ont été déplacés à l’intérieur même du Soudan. Imaginez le chaos.Les FSR, ce groupe paramilitaire, ont notamment assiégé et pris la ville d’El-Fasher, au Darfour, en octobre 2023. Les experts, sans mâcher leurs mots, assimilent leurs actions à du nettoyage ethnique. Et il faut savoir que les FSR ne sont que les héritiers des djandjawids, responsables du génocide de 2003-2005. Les groupes canadiens d’origine soudanaise réclament depuis des mois que le Canada impose des sanctions sévères. Curieusement, si les États-Unis ont déjà qualifié ces violences de génocide, le Canada n’a jamais franchi ce pas.
Qui est sterling cross et son rôle d’intermédiaire ?
credit : lemorning.ca (image IA)Sterling Cross Defense Systems, c’est une entreprise qui a vu le jour en 2008. Elle est installée dans un bâtiment commercial on ne peut plus banal d’Abbotsford. Au départ, en 2013, leur PDG expliquait qu’ils agissaient surtout comme courtier pour les forces armées internationales, un peu comme des « agents immobiliers » pour l’armement, a-t-il dit. Ils achetaient des produits ailleurs pour les revendre à des agences militaires.Dès 2011, ils ont créé leur propre branche pour produire des carabines (comme la fameuse XLCR) et des munitions, en faisant de la publicité pour les chasseurs canadiens. Mais ils ont gardé des liens commerciaux à l’étranger, surtout au Moyen-Orient. Il faut noter qu’ils ont même déjà eu des contrats avec le gouvernement canadien – un contrat de munitions de près de 190 000 $ qui a pris fin en 2017. Mais de là à ce que leurs XLCR se retrouvent aux mains des FSR… L’entreprise, par la voix de sa directrice des opérations, a simplement affirmé que ses politiques sont « conformes à celles d’Affaires mondiales Canada ». On s’en doute, mais ça ne dit pas le fin mot de l’histoire.
Le transit obligatoire par les émirats arabes unis
La question n’est pas de savoir si Sterling Cross a vendu directement aux FSR, ce qui serait illégal étant donné l’embargo de 2004 sur le Soudan. La véritable énigme, c’est par où les armes sont passées. Et là, les experts pointent du doigt, sans surprise, les Émirats arabes unis (EAU).Le Canada exporte pour des millions de dollars d’armes vers les EAU. Et selon Emadeddin Badi, chercheur à Toronto, ce pays n’a pas une industrie de défense assez robuste pour armer tous les groupes paramilitaires qu’ils soutiennent. Badi soutient donc que les EAU approvisionnent les FSR, et ont déjà détourné du matériel canadien dans le passé. C’est un peu un tuyau percé, si vous voulez.
D’ailleurs, l’organisme Canadiens pour la justice et la paix au Moyen-Orient (CJPMO) demande ni plus ni moins qu’Ottawa suspende toutes les exportations vers les EAU. Il ne faut pas oublier le cas de Streit Group, une autre entreprise fondée au Canada, mais installée aux EAU depuis 2012. L’ONU avait déjà accusé cette firme et les EAU d’avoir servi d’intermédiaires pour vendre des véhicules blindés aux FSR il y a dix ans déjà. Ce n’est pas la première fois qu’on voit ça, malheureusement.
Les lacunes du contrôle canadien et la nécessité de transparence
credit : lemorning.ca (image IA)Tout ceci met en lumière de graves lacunes structurelles dans notre système de traçabilité des exportations d’armes. Quand le Canada s’appuie sur des intermédiaires, comme les Émirats, la chaîne d’approvisionnement devient totalement opaque, c’est le chercheur Badi qui le dit. Et il a bien raison.Un autre problème majeur, c’est la transparence des données. Contrairement aux États-Unis, le Canada ne publie pas de données commerciales détaillées sur ce qu’il vend et à qui. Mike Kanko, PDG d’ImportGenius, insiste sur le fait que ces données sont pourtant essentielles pour responsabiliser le pays. Comment savoir où aboutissent nos armes si on ne rend pas public le trajet qu’elles empruntent?
En l’absence de ces informations, il est difficile de faire pression efficacement pour que ces armes, qu’elles soient américaines, britanniques ou canadiennes, cessent d’arriver entre les mains des FSR.
Conclusion : l’appel pressant à l’enquête et la responsabilité
credit : lemorning.ca (image IA)Les organisations de défense des droits humains ont été claires : il faut que le gouvernement Carney enquête immédiatement sur ce détournement d’armes. Nous devons cesser d’exporter vers les Émirats arabes unis, du moins tant que nous n’avons pas la garantie absolue que ces armes ne sont pas réexpédiées vers des zones de conflit comme le Soudan, où le risque de massacres de civils est permanent. L’urgence est réelle, car la ville d’El-Fasher, notamment, a vu l’aide humanitaire bloquée suite à sa chute.En définitive, la présence de ces carabines fabriquées en Colombie-Britannique au Soudan est un rappel brutal que notre politique d’exportation d’armes a besoin d’un sérieux ménage. La transparence et la traçabilité ne sont pas de simples détails administratifs ; ce sont des outils essentiels pour éviter que le Canada ne contribue, même indirectement, aux pires atrocités de la planète.