Guerre en Iran : le dangereux calcul politique de Donald Trump

Guerre en Iran : le dangereux calcul politique de Donald Trump credit : The White House, Wikimedia Commons (Public domain)

Une guerre déjà impopulaire

La décision de Donald Trump d’engager les États-Unis dans une guerre contre l’Iran se heurte à une impopularité historique. Pourtant, le président semble avoir développé un attrait pour ce qu’on pourrait qualifier d’aventurisme militaire. Dès les premières bombes, une question s’est imposée : pourquoi ? Face à cette interrogation, Donald Trump et ses porte-parole ont offert une série de réponses fluctuantes, souvent perçues comme invraisemblables et contradictoires les unes avec les autres.

Cette cacophonie dans les justifications officielles est l’une des raisons probables du rejet de ce conflit par l’opinion publique américaine. Certains observateurs avancent une autre hypothèse : l’unique motivation derrière cette initiative militaire ne serait autre que l’attrait que représente l’exercice du pouvoir pour le principal intéressé. Un pouvoir exercé sans les contraintes habituelles.

Une opposition massive dans les sondages

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette désapprobation. L’Américain moyen est-il devenu systématiquement hostile à toute initiative présidentielle ? A-t-il pris conscience que les promesses de paix passées étaient vaines ? Ou est-il simplement lucide quant à l’immense difficulté de renverser le régime solidement implanté d’un pays comptant 90 millions d’habitants ? Toutes ces pistes sont plausibles.

Les chiffres des sondages confirment cette tendance de fond. Une solide majorité d’Américains désapprouve l’implication de leur pays dans cette guerre. Le taux d’approbation plafonne à environ 40 %. C’est un chiffre historiquement bas, inférieur au soutien enregistré au début de tous les autres conflits majeurs pour lesquels des données comparables existent. L’histoire récente a d’ailleurs montré que le soutien populaire à une guerre tend à s’éroder immanquablement lorsque le conflit s’éternise sans victoire claire.

Le cas de la guerre en Irak est à ce titre éclairant. Le niveau d’approbation actuel pour le conflit iranien est comparable au creux de popularité qui avait, à l’époque, précipité le désengagement américain d’Irak. Si la guerre en Iran venait à durer, elle pourrait donc se transformer en un énorme boulet politique pour Donald Trump et le parti républicain, d’autant plus si ses effets économiques dévastateurs continuent de s’aggraver.

Le spectre de « Wag the Dog » et les scandales

Face à ce manque de soutien, quelle pourrait être l’utilité politique d’une telle guerre pour le président ? Depuis le début des hostilités, une référence culturelle revient fréquemment : le film « Wag the Dog » (ou « Des hommes d’influence » en français), sorti en 1997. Le scénario met en scène une Maison-Blanche qui invente une guerre de toutes pièces afin de détourner l’attention du public d’un scandale sexuel impliquant le président.

La méthode n’est pas étrangère à Donald Trump, qui a souvent eu pour habitude de faire oublier un scandale en en déclenchant un autre. L’affaire Epstein, par exemple, pourrait faire exception à cette règle, bien qu’elle n’ait pas complètement disparu de l’actualité. Cependant, cette explication par la simple distraction ne semble pas suffisante pour tout justifier.

L’aventurisme militaire, un outil de pouvoir ?

Une autre lecture suggère que l’aventurisme militaire est devenu pour Donald Trump le moyen privilégié de concrétiser sa vision d’un pouvoir présidentiel sans limites. Il a déjà épuisé une grande partie de son arsenal de décrets présidentiels et ne peut plus compter sur le Congrès pour faire avancer ses projets. Une guerre, en revanche, offre des prérogatives exceptionnelles au commandant en chef.

Dans cette optique, si l’opération en Iran ne produit pas les résultats escomptés, il pourrait simplement tenter sa chance ailleurs. Dans le cas où le conflit actuel continuerait de s’envenimer, certains analystes n’excluent pas un scénario où Trump annoncerait subitement la fin de la guerre et déclarerait victoire, même si rien n’est réglé sur le fond. L’objectif serait alors de passer rapidement à autre chose.

Et après l’Iran, quelle sera la prochaine cible ?

Mais vers quoi se tourner ensuite ? L’état de guerre pourrait lui fournir un prétexte, celui de l’état d’urgence, pour tenter d’influencer les élections de novembre. Quelle serait alors la prochaine aventure du commandant en chef Trump ? Depuis plusieurs semaines, des signaux semblent indiquer son intention de s’attaquer à un autre dossier qui irrite de longue date les faucons de la droite américaine : le régime castriste de Cuba.

Cette stratégie du mouvement perpétuel, passant d’une crise à l’autre sans jamais rien résoudre, rappelle les paroles d’une chanson de Jacques Brel. Comme il le chantait : « Au suivant ! ».

Selon la source : journaldemontreal.com