Iran : ce mot que l’administration Trump refuse absolument de prononcer

Iran : ce mot que l’administration Trump refuse absolument de prononcer credit : The White House, Wikimedia Commons (Public domain)

Un débat sémantique sous haute tension

Dans le bras de fer qui oppose les États-Unis à l’Iran, les mots ont leur importance. L’administration Trump semble ainsi se livrer à un exercice de sémantique calculé pour décrire la situation, en évitant soigneusement un terme en particulier : celui de « guerre ». Un choix qui, selon un expert en politique internationale, vise avant tout à sauver la face.

La manœuvre est apparue au grand jour ce mercredi, lorsque le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, a pris la parole. Il a alors affirmé sans détour que les États-Unis « n’étaient pas en guerre ». Pour qualifier les événements en cours, il a préféré parler d’une « mission » et d’une « opération spéciale ».

Le piège diplomatique de Donald Trump

Pour comprendre cette prudence verbale, il faut remonter à la stratégie initiale de Donald Trump. C’est l’analyse de Romuald Sciora, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), qui s’est exprimé auprès de TVA Nouvelles. Selon lui, le président américain est tombé dans un piège qu’il a lui-même tendu.

L’expert détaille le mécanisme : « Trump s’est lui-même mis dans ce piège, c’est-à-dire qu’il a d’abord tout fait pour obtenir un deal du nucléaire iranien, qu’il savait très bien ne pas pouvoir être aussi bon que celui qu’il avait lui-même déchiré, le fameux deal de 2015 ». Pour parvenir à ses fins, l’administration a exercé une pression maximale. « Pour appuyer ces pressions, il a déployé une armada qu’on n’avait pas vue depuis 20 ans », explique M. Sciora.

Face à l’insuccès de cette démarche diplomatique avec l’Iran, Donald Trump se serait retrouvé contraint de se justifier auprès de son électorat. La seule issue, d’après l’analyste, était alors de passer à l’action militaire.

Une stratégie américaine plongée dans l’incertitude

Cette décision de passer à l’action a ouvert la porte à une situation aux multiples inconnues. « Il se retrouve aujourd’hui avec une guerre très incertaine », souligne Romuald Sciora. L’expert en politique américaine soulève une série de questions qui illustrent le flou stratégique actuel. « Les scénarios sont multiples, est-ce que ça va durer plusieurs semaines ? Est-ce qu’il faudrait à terme, si on voulait vraiment faire tomber le régime iranien et obtenir ce qu’il veut, envoyer des troupes au sol ? »

Le spécialiste poursuit son questionnement sur les issues possibles du conflit : « Pourra-t-il passer un deal un peu plus tôt avec ce qui demeure du régime ? ». Cette absence de cap clair a des conséquences directes sur la communication de l’exécutif américain. « C’est plein d’incertitudes, la stratégie américaine n’est pas définie et donc effectivement, il faut rassurer le peuple américain, surtout ne pas prononcer le mot “guerre” », ajoute-t-il.

Le spectre des promesses de 2016

L’hésitation à nommer le conflit est également liée à l’un des engagements fondateurs de la présidence Trump. Romuald Sciora rappelle en effet qu’en 2016, le candidat Donald Trump avait conquis une partie de l’électorat sur une promesse forte : celle de ne plus engager les États-Unis dans des conflits internationaux interminables.

Il s’était alors positionné en opposition aux interventions précédentes, citant en exemple la guerre en Irak ou celle en Afghanistan. Cette rhétorique du non-interventionnisme a été un pilier de sa campagne. Se retrouver aujourd’hui aux commandes d’une nouvelle escalade militaire au Moyen-Orient représente donc un paradoxe politique majeur pour le président.

Ne pas nommer la guerre pour rassurer l’opinion

La réalité sur le terrain contraste fortement avec la prudence sémantique de Washington. Des vies américaines ont déjà été perdues. « Et là aujourd’hui, on se retrouve dans une guerre où il y a déjà des soldats américains qui sont morts, le président prévient qu’il devrait y en avoir d’autres », constate l’expert.

C’est ce décalage qui rend le choix des mots si crucial pour le pouvoir en place. En l’absence d’une vision claire sur les buts et l’échéancier de l’intervention, le silence sur la nature du conflit devient un outil politique. « On n’a aucune certitude sur les objectifs et la durée potentielle de cette guerre ou opération spéciale. Donc on évite pour l’instant de prononcer ce mot », conclut Romuald Sciora dans son analyse.

Selon la source : journaldequebec.com