Melania Trump à l’ONU : ce geste historique qui divise
Adam David - 2026-03-03 12:19
credit : The White House, Wikimedia Commons (Public domain)
Un marteau pour la paix, en pleine guerre
C’est une image pour le moins inattendue. Lundi, Melania Trump a présidé un Conseil de sécurité de l’ONU bondé. Un rôle inédit pour une Première dame, qui a profité de cette tribune pour défendre la cause des enfants pris au piège des guerres à travers le globe. L’événement s’est déroulé dans un contexte international particulièrement tendu, seulement deux jours après le déclenchement d’une offensive israélo-américaine contre l’Iran.
Devant les diplomates du monde entier, elle a livré un message d’espoir et de soutien. « Les États-Unis sont aux côtés de tous les enfants à travers le monde. J’espère que, bientôt, la paix sera avec vous », a-t-elle déclaré. Ses mots résonnaient avec une gravité particulière compte tenu du calendrier militaire.
La Première dame a également eu une pensée pour les militaires engagés, alors que les premières pertes américaines dans la guerre au Moyen-Orient venaient d’être annoncées. « Aux familles qui ont perdu leurs héros qui ont sacrifié leur vie pour la liberté, leur courage et dévouement ne seront pas oubliés », a-t-elle affirmé.
Une première dame « dans l’Histoire »
La surprise avait été totale lorsque, la semaine dernière, les services de Melania Trump avaient annoncé qu’elle s’apprêtait à entrer « dans l’Histoire » en tenant le marteau de cette réunion. Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la présidence du Conseil de sécurité, assurée par les États-Unis durant tout le mois de mars. L’événement a donc été soigneusement orchestré pour marquer les esprits.
Selon les Nations unies elles-mêmes, le caractère historique de cette présidence est avéré. C’est en effet la toute première fois que l’épouse ou l’époux d’un chef d’État en exercice dans le monde préside une réunion de cette importance au sein de l’organisation. Un précédent qui a été suivi avec une attention toute particulière par les observateurs et les diplomates.
Le protocole a été scrupuleusement respecté. Juste après l’intervention de la Première dame, l’ambassadrice grecque Aglaia Balta a pris la parole en s’adressant à elle par son titre du jour : « Merci, Madame la présidente ». Une formule qui a officialisé ce rôle pour le moins singulier.
Hommages et éloges au sein du Conseil
Pour cette réunion, les États-Unis avaient choisi un thème cher à Melania Trump : les enfants, la technologie et l’éducation durant les conflits. Un sujet sur lequel elle s’est personnellement investie, ayant notamment négocié avec Moscou pour obtenir la libération d’enfants ukrainiens qui avaient été enlevés par la Russie. L’accueil qui lui a été réservé par les membres du Conseil fut, de manière générale, chaleureux.
Rosemary DiCarlo, sous-secrétaire générale de l’ONU, a tenu à rendre « hommage » à la Première dame américaine. Elle a salué « son engagement personnel » pour réunir ces enfants avec leur famille. De son côté, l’ambassadeur français Jérôme Bonnafont a vu dans sa présence un « encouragement ». Il l’a comparée à une autre figure historique, évoquant « comme le fut voici quelques décennies la contribution d’une autre première dame, Eleanor Roosevelt, à l’élaboration de la Déclaration universelle des droits de l’Homme ».
Même la délégation russe, souvent en opposition avec la diplomatie américaine, a tenu à marquer le coup. Le représentant de Moscou a ainsi « salué » la présence de Melania Trump à la tête de cette séance. Une unanimité de façade qui contrastait fortement avec les tensions sous-jacentes.
Une façade diplomatique qui se fissure
Cette opération de communication suffira-t-elle à faire oublier les critiques récurrentes de l’administration de Donald Trump contre l’ONU ? Le président américain a lui-même récemment répété que l’organisation avait « un grand potentiel », mais qu’il ne l’avait « jamais réalisé ». Une critique à peine voilée, renforcée par des propos bien plus directs de son ambassadeur aux Nations unies, Mike Waltz.
Samedi, ce dernier s’en est pris violemment au Conseil de sécurité, le jugeant incapable de faire respecter ses multiples résolutions concernant l’Iran. Il a qualifié la présence de l’ambassadeur iranien à la réunion d’urgence, quelques heures seulement après le début des frappes, de mascarade qui « tourne cet organe en dérision », déplorant un « manque de clarté morale » de la part de l’ONU.
La réponse iranienne n’a pas tardé. S’adressant à la presse, l’ambassadeur iranien à l’ONU, Amir Saeid Iravani, a fustigé la démarche américaine. « Il est profondément honteux et hypocrite qu’au premier jour de leur présidence, […] les États-Unis aient convoqué » cette réunion sur les enfants, « alors qu’en même temps, ils ont lancé des missiles qui ont frappé des villes iraniennes et des écoles, tuant des enfants ».
Entre discours et réalité, un fossé politique et financier
Après avoir frappé un dernier coup de marteau pour clore la séance, Melania Trump a souhaité aux membres du Conseil « force et détermination pour préserver la paix dans le monde ». Pourtant, pour certains experts, cette visite ne change rien à la politique américaine. Daniel Forti, analyste pour l’International Crisis Group, avait prévenu l’AFP avant la réunion que cela allait « seulement renforcer les contradictions inhérentes à la politique américaine sur la guerre et la paix ».
Les observateurs pointent du doigt plusieurs faits concrets qui semblent contredire le message de la Première dame. Depuis un an, les États-Unis se sont retirés de l’UNESCO, l’agence de l’ONU responsable de l’éducation, de la science et de la culture. Ils ont également décidé de ne plus collaborer avec la représentante spéciale de l’ONU pour les enfants dans les conflits armés. De plus, la création par le président américain d’un « Conseil de paix » est perçue par certains comme une tentative de court-circuiter le Conseil de sécurité.
Enfin, la question financière pèse lourdement sur les relations entre Washington et l’ONU, qui traverse une crise budgétaire. Malgré un paiement récent de 160 millions de dollars, les arriérés de paiement américains restent colossaux. Selon les chiffres des Nations unies, ils s’élèvent à plus de 4 milliards de dollars, répartis entre le budget général et celui du maintien de la paix.
Selon la source : ici.radio-canada.ca