Guerre en Iran : Trump n’exclut pas les troupes au sol, le bilan américain s’alourdit

Guerre en Iran : Trump n’exclut pas les troupes au sol, le bilan américain s’alourdit credit : The White House, Wikimedia Commons (Public domain)

Une intervention justifiée par une « menace imminente »

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Le conflit avec l’Iran entre dans une nouvelle phase. Alors que les combats s’étendent sur de multiples fronts, le président des États-Unis, Donald Trump, n’écarte plus l’option d’une guerre prolongée, ni même le déploiement de troupes américaines sur le terrain. Une déclaration qui intervient au moment où le bilan des soldats américains tués dans l’opération « Fureur épique » a été revu à la hausse, atteignant désormais six morts.

L’administration américaine justifie son entrée en guerre, lancée il y a trois jours aux côtés d’Israël, par la nécessité d’anticiper une riposte iranienne. Le secrétaire d’État, Marco Rubio, a ainsi évoqué une « menace imminente ». Selon lui, des représailles de Téhéran à une offensive israélienne, devenue « inéluctable », auraient mis en péril les forces américaines dans la région. Une logique d’action préventive qui engage Washington dans une spirale guerrière aux conséquences encore incertaines.

La parole présidentielle, une escalade assumée

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Profitant des premières minutes d’une cérémonie de remise de médailles, Donald Trump a affirmé lundi que les États-Unis continueraient à attaquer l’Iran aussi longtemps que nécessaire. « Nous triompherons facilement. Dès le début, nous avions prévu de quatre à cinq semaines, mais nous avons la capacité d’aller bien au-delà. Nous le ferons », a-t-il lancé, marquant une rupture avec sa posture habituelle de « l’Amérique d’abord » et son opposition aux guerres menées par ses prédécesseurs. « Nous sommes déjà nettement en avance sur nos prévisions, mais peu importe le temps que cela prendra, c’est OK. On fera ce qu’il faudra », a-t-il ajouté, avant d’évoquer la future salle de bal de la Maison-Blanche sans prendre de questions des journalistes. C’était sa première intervention publique filmée sur le conflit.

Cette posture offensive a été confirmée dans plusieurs entretiens. Au New York Post, celui qui a engagé son pays dans les hostilités sans l’aval du Congrès a refusé de fermer la porte à un déploiement terrestre. « Je n’ai pas d’appréhension à propos des troupes au sol, comme tous les présidents [américains] qui disent : ‘Il n’y aura pas de troupes au sol.’ Moi, je ne dis pas ça. Je dis plutôt : ‘On n’en aura probablement pas besoin, [ou il y en aura] si c’est nécessaire.' » Sur CNN, il a promis une escalade : « On leur donne une méchante volée », a-t-il affirmé, ajoutant que les frappes se passaient « très bien ». Il a même averti : « Nous n’avons pas encore commencé à les frapper fort. La grosse vague n’est même pas encore arrivée. La grosse [vague] s’en vient bientôt. »

Ces propos ont été relayés par le secrétaire d’État Marco Rubio en fin de journée, avant une réunion avec le « Groupe des huit », composé de hauts responsables du Congrès des deux partis. « Les frappes les plus violentes sont encore à venir », a-t-il confirmé aux journalistes depuis la colline du Capitole.

Des objectifs de guerre enfin clarifiés

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Après plusieurs jours d’explications fluctuantes, Donald Trump a finalement exposé les buts de l’offensive lors de son allocution. Selon lui, cette opération représente « notre dernière meilleure chance de mener des frappes – ce que nous faisons actuellement – et d’éliminer les menaces intolérables que représente ce régime malade et sinistre. Et ils sont effectivement malades et sinistres. » Il a ensuite énuméré ce qu’il a présenté comme quatre objectifs « clairs » de l’intervention israélo-américaine.

Ces objectifs sont les suivants :

  • « détruire les capacités balistiques de l’Iran »
  • « anéantir » sa marine
  • empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire
  • s’assurer que le régime iranien ne peut plus « financer et diriger des armées terroristes », en référence à des groupes comme le Hamas palestinien, le Hezbollah libanais et les Houthis du Yémen.

Fait notable, alors qu’il avait appelé les Iraniens à renverser leur régime depuis samedi, le président n’a pas mentionné le changement de régime dans cette liste. Ce week-end, il avait aussi déclaré que Téhéran pouvait atteindre les États-Unis avec des missiles, une affirmation contredite par les services de renseignement américains.

La ligne officielle : une action « préventive », pas un « bourbier »

La justification officielle de l’administration repose sur l’idée d’une frappe préventive. Le secrétaire d’État Marco Rubio a expliqué que les États-Unis avaient agi en fonction des décisions imminentes d’Israël. « Nous savions qu’une action israélienne était imminente, qu’elle provoquerait une attaque contre nos forces, et que, si nous ne les devancions pas avant qu’ils ne lancent leurs frappes, les conséquences seraient bien pires », a-t-il déclaré. Il a ajouté : « Le président a donc pris la décision très avisée de frapper en premier. » Pour lui, la riposte iranienne qui a suivi prouve le bien-fondé de cette analyse.

De son côté, le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a tenu à rassurer sur la nature de l’engagement. S’il a affirmé qu’il n’y avait pas de plan pour des troupes au sol, il a refusé de s’engager sur l’avenir, jugeant « stupide » d’entrer « dans les détails de ce que nous ferons ou non ». Il a surtout martelé que les États-Unis n’étaient pas en train de s’engager dans un nouveau « bourbier ». « Aux médias et à la gauche qui crient ‘guerres sans fin!’, [je vous dis :] arrêtez. Ce n’est pas l’Irak. Ce n’est pas [une guerre] sans fin. » Il a poursuivi : « Nous n’avons pas besoin d’envoyer 200 000 personnes et de rester pendant 20 ans. » Aux côtés de Pete Hegseth, le chef d’état-major interarmées, le général Dan Caine, a indiqué que les États-Unis allaient renforcer leurs effectifs militaires au Moyen-Orient.

Un lourd bilan humain et des fractures politiques

Sur le terrain, le bilan humain s’alourdit. Le commandement central des États-Unis (CENTCOM) a annoncé que six militaires américains avaient été tués depuis samedi. Les restes de deux soldats portés disparus ont été récupérés, s’ajoutant aux quatre décès précédents. Le CENTCOM a précisé que les trois premiers militaires tués dimanche ont « vraisemblablement [été] victimes de tirs amis » de la défense aérienne du Koweït. Donald Trump a prévenu que le bilan serait « probablement appelé à augmenter ».

Du côté iranien, les frappes ont tué le guide suprême, Ali Khamenei, âgé de près de 87 ans, ainsi que des membres de sa famille et d’autres figures du régime. Fait surprenant, Donald Trump a déclaré à ABC News que les leaders potentiels identifiés par Washington pour le remplacer avaient aussi été tués : « L’attaque a été tellement efficace qu’elle a éliminé la plupart des candidats », a-t-il dit. Le Croissant-Rouge iranien annonce de son côté 555 morts, tandis que Téhéran fait état, sans vérification indépendante possible, de 168 morts dans le bombardement d’une école.

À Washington, l’offensive divise. Le président républicain de la Chambre, Mike Johnson, soutient l’administration, tandis que le chef démocrate du Sénat, Chuck Schumer, juge la rencontre avec Marco Rubio insatisfaisante, estimant qu’elle a « soulevé plus de questions qu’elle n’a offert de réponses ». Le représentant démocrate Joaquin Castro a accusé Israël d’avoir « mis les forces américaines en danger ». Le Congrès doit examiner cette semaine des résolutions visant à limiter l’action militaire du président. Parallèlement, le département d’État a exhorté les Américains à quitter une douzaine de pays et territoires de la région : Iran, Israël, Gaza, Cisjordanie, Bahreïn, Égypte, Irak, Jordanie, Koweït, Liban, Oman, Qatar, Arabie saoudite, Syrie, Émirats arabes unis et Yémen.

Selon la source : ici.radio-canada.ca