Iran : la stratégie inattendue de Donald Trump face au régime

Iran : la stratégie inattendue de Donald Trump face au régime credit : Donald J. Trump, Wikimedia Commons (Public domain)

Une main tendue en pleine crise

Donald Trump cherche-t-il réellement à provoquer la chute du régime iranien ? La question se pose avec acuité. Contre toute attente, un dimanche, l’ancien président américain a lancé une ouverture en direction des nouveaux dirigeants iraniens, ceux-là mêmes qui ont pris la place des responsables tués par les forces américaines. Une manœuvre qui ressemble moins à une déclaration de guerre totale qu’à une partie d’échecs à l’échelle mondiale.

Le message envoyé par Washington est d’une clarté redoutable. En substance, il propose un choix binaire aux nouvelles têtes du pouvoir à Téhéran : soit accepter l’ensemble des conditions imposées par les États-Unis, soit se préparer à subir de nouvelles destructions. Une autre menace, plus insidieuse, plane : celle de voir la propre population iranienne, excédée, se retourner contre ses dirigeants.

L’objectif prioritaire : désarmer Téhéran

Au cœur de la stratégie de Donald Trump se trouve un objectif non négociable : la neutralisation complète de l’armée iranienne. L’attention se porte tout particulièrement sur le programme nucléaire que le pays est activement en train de développer. C’est le point de friction majeur, la ligne rouge que Washington refuse de voir franchir.

Pour tout le reste, la porte à la discussion semble ouverte. L’approche s’apparenterait à un modèle « à la vénézuélienne », suggérant que de nombreux aspects de la relation entre les deux pays pourraient faire l’objet de tractations, une fois la menace militaire écartée. Cette méthode combine pression maximale et possibilité de négociation sur des points secondaires.

Pourquoi un soulèvement populaire reste improbable

L’idée que la population iranienne pourrait renverser son propre gouvernement, qualifié par certains d’horrible et totalitaire, semble peu probable. Trois raisons majeures expliquent ce scepticisme. D’abord, la société iranienne est étroitement contrôlée par un réseau dense d’islamistes. Face à ce bloc, l’opposition apparaît profondément divisée. La figure du fils de l’ancien Shah, actuellement en exil, est loin de faire l’unanimité parmi les dissidents, ce qui affaiblit toute tentative de front commun.

Le deuxième facteur est d’ordre militaire. La population civile n’est pas armée. À l’inverse, les Gardiens de la révolution et les autres organisations islamistes disposent d’un arsenal et d’une puissance de feu considérables, créant un déséquilibre des forces insurmontable. Enfin, la dimension idéologique du conflit est une variable que Washington semble ignorer complètement, comme souvent. Pour remporter une victoire sur ce terrain, le gouvernement Trump aurait dû s’attaquer au fanatisme religieux. Or, pour des motifs liés à sa politique intérieure et à son électorat, il adopte la stratégie inverse.

Deux perceptions d’une même guerre

Pour l’instant, Donald Trump parvient à projeter une image de leader victorieux, au moins aux yeux de son propre électorat. Il apparaît comme celui qui a remporté la première manche et qui, dans un geste de magnanimité, offre une seconde chance à ses adversaires pour trouver un accord. C’est ainsi que la confrontation avec l’Iran est perçue par une large partie de l’opinion américaine qui le soutient.

Cette vision est loin d’être partagée dans le monde musulman. Là-bas, la lecture des événements est radicalement différente. Pour beaucoup, les États-Unis agissent pour le compte d’Israël, transformant le conflit en une guerre entre le monde chrétien et le monde musulman. Une autre conviction répandue est que l’Amérique cherche avant tout à s’emparer des ressources naturelles iraniennes. Ce dernier point, bien que perçu comme partiellement vrai, doit être nuancé. La menace nucléaire iranienne devenait en effet de plus en plus concrète, les militaires ayant franchi le seuil critique de 60 % d’enrichissement d’uranium, tandis que la portée de leurs missiles ne cessait d’augmenter.

Une victoire encore loin d’être acquise

Malgré les succès apparents, les États-Unis n’ont pas encore gagné la guerre contre l’Iran. Le régime de Téhéran est certes très affaibli. Fait encore plus grave pour lui, ses alliés dans les pays voisins n’ont pas pris les armes pour le défendre, contrairement à ce que les dirigeants iraniens espéraient. Cette solitude diplomatique et militaire est un coup dur.

La confrontation n’a pas non plus déclenché le chaos redouté au Proche et au Moyen-Orient, même si ses conséquences se font sentir. Le trafic aérien et maritime dans la région est très affecté. Sur l’échiquier international, la Chine et la Russie se retrouvent pour le moment discréditées, leurs armements n’ayant pas démontré une capacité à rivaliser avec la technologie américaine. Reste alors l’arme de la propagande. Vladimir Poutine, par exemple, répète à qui veut l’entendre que la guerre contre l’Iran est à la fois immorale et illégale, un domaine sur lequel il est souvent perçu comme ayant une expertise particulière.

Selon la source : journaldemontreal.com