Guerre en Ukraine : quatre ans après, Zelensky et Poutine s’opposent sur le bilan du conflit
Mathieu Gagnon - 2026-02-24 12:39
credit : President of Ukraine from Україна, Wikimedia Commons (Public domain)
Quatre ans après l’invasion : le bilan inflexible de Volodymyr Zelensky
Ce mardi marque une date fatidique : cela fait exactement quatre ans, jour pour jour, que la Russie a lancé son invasion de l’Ukraine. À cette occasion, le président Volodymyr Zelensky a diffusé une vidéo dans laquelle il dresse un bilan sans concession de l’offensive menée par Moscou. Selon le chef d’État ukrainien, Vladimir Poutine « n’a pas atteint ses objectifs » de guerre, pas plus qu’il n’a « brisé les Ukrainiens » ou « gagné cette guerre ». Il a tenu à souligner la résilience de sa nation en affirmant : « Nous avons préservé l’Ukraine ».
Ce conflit, qui s’impose comme le plus sanglant sur le sol européen depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a débuté par une offensive massive. L’objectif initial de la Russie était de renverser le gouvernement ukrainien en l’espace de quelques jours seulement. Cependant, ce plan s’est heurté à une résistance farouche de la part de la population et de l’armée ukrainiennes. Depuis lors, les combats n’ont cessé de se poursuivre, engendrant un bilan humain tragique qui se compte désormais en centaines de milliers de morts et de blessés.
La réponse du Kremlin : des objectifs partiellement atteints
La réaction du Kremlin aux déclarations du président ukrainien ne s’est pas fait attendre. Dmitri Peskov, le porte-parole de la présidence russe, a admis en effet que « les objectifs [de la Russie n’étaient] pas encore atteints, et c’est pourquoi l’opération militaire spéciale se poursuit » sur le territoire ukrainien. Toutefois, il a tenu à nuancer ce constat en affirmant que « beaucoup » des objectifs fixés par le Kremlin avaient été remplis. Il a précisé à ce titre que « le but principal » de Moscou demeurait d’assurer « la sécurité des personnes » résidant dans l’est de l’Ukraine.
Il convient de rappeler que la stratégie militaire russe a évolué au fil du conflit. Après n’être pas parvenue à prendre Kyiv au printemps 2022, l’armée russe a redirigé ses efforts pour tenter de s’emparer du Donbass. Ce territoire de l’est de l’Ukraine, composé des régions de Donetsk et de Louhansk, fait l’objet d’une revendication d’annexion par le Kremlin.
L’Europe à Kyiv : soutien affiché et demande d’adhésion
Sur le plan diplomatique, le soutien européen s’est manifesté physiquement ce mardi par l’arrivée à Kyiv de la cheffe de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et du président du Conseil européen, António Costa. Cette visite intervient dans un contexte où l’invasion russe a incité de nombreux pays européens à entamer un processus de réarmement, anticipant un possible affrontement direct avec Moscou. Sur la plateforme X, Mme von der Leyen a déclaré souhaiter « envoyer un message clair au peuple ukrainien et à l’agresseur : nous ne céderons pas tant que la paix ne sera pas rétablie ».
De son côté, Volodymyr Zelensky a profité de cette visite pour exhorter l’Union européenne à fixer une « date claire » concernant l’adhésion de son pays. Il a mis en garde ses partenaires : faute d’un calendrier précis, Vladimir Poutine « trouvera le moyen de bloquer l’adhésion de l’Ukraine pour des décennies ».
Traumatisme civil et coût de la reconstruction
Au-delà des discours politiques, l’invasion et les violences continues ont laissé un immense traumatisme au sein de la population. À Irpin, ville de la banlieue de Kyiv qui fut au cœur des combats au début de l’invasion, Olena Ponomariova, directrice adjointe d’un jardin d’enfants, a confié mardi à l’AFP : « Seules les horreurs restent dans ma mémoire ». Elle témoigne d’une transformation profonde de la société : « Tout a changé, tous les Ukrainiens ont changé. Ils sont devenus unis et résilients ». Elle note également que sa relation avec sa famille vivant en Russie a « changé à 100 % », tout comme « leur attitude envers nous ».
La vie quotidienne reste marquée par les bombardements quotidiens de Moscou sur les zones civiles et les infrastructures. Ces attaques ont récemment provoqué la pire crise énergétique dans le pays depuis 2022, alors que l’Ukraine traverse un hiver particulièrement glacial. Vadym Borodaï, membre du conseil municipal d’Irpin dont le fils est mort au front, a livré une analyse poignante à l’AFP : Vladimir « Poutine ne se bat pas pour des territoires. Il se bat pour détruire notre existence en tant qu’État. Donc, nous avons déjà gagné ».
Les conséquences matérielles sont tout aussi vertigineuses. Selon un rapport commun publié lundi par Kyiv, la Banque Mondiale, l’UE et l’ONU, la reconstruction de l’Ukraine après le conflit coûtera quelque 588 milliards de dollars sur la prochaine décennie.
Impasse militaire et diplomatique
Sur le terrain, l’armée russe occupe actuellement environ 20 % du territoire ukrainien. Bien qu’elle subisse de lourdes pertes, elle continue une progression lente. Une analyse des données de l’Institut pour l’étude de la guerre (ISW) réalisée par l’AFP révèle que les forces russes se sont emparées de plus de territoires lors de cette quatrième année de conflit que durant les 24 mois précédents. Parallèlement, les négociations en cours sous médiation américaine restent bloquées. Le point d’achoppement principal réside dans l’exigence de Moscou de voir les troupes ukrainiennes abandonner la région de Donetsk, une condition que Kyiv rejette catégoriquement.
Le président français Emmanuel Macron s’est d’ailleurs dit « très sceptique » mardi quant à la possibilité d’aboutir à une « paix à court terme ». Dans un entretien accordé vendredi à l’AFP, le président Zelensky avait précisé sa position : il souhaite d’abord obtenir des garanties de sécurité de la part de Washington ainsi qu’un cessez-le-feu avant de « parler de compromis », y compris territoriaux, avec les Russes. Parmi ces garanties, l’Ukraine demande notamment le déploiement de troupes européennes sur son sol, une option que Moscou exclut totalement.
La détermination affichée de Vladimir Poutine
Face à cette situation diplomatique figée, Vladimir Poutine a averti à plusieurs reprises qu’il n’hésiterait pas à poursuivre ses objectifs par la force si la voie diplomatique venait à échouer. Le président russe maintient une rhétorique ferme sur la légitimité de son action.
Lundi, à l’occasion de la journée des « défenseurs de la patrie », célébrée le 23 février, le chef du Kremlin a assuré que les soldats russes engagés en Ukraine protégeaient « les frontières » de la Russie. Il a ajouté qu’ils assuraient « la parité stratégique » entre les puissances et qu’ils combattaient pour « l’avenir » de leur pays.
Selon la source : lapresse.ca
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