Tensions avec l’Iran : Donald Trump brise un tabou et évoque un changement de régime
Simon Kabbaj - 2026-02-14 12:49
credit : Gage Skidmore from Peoria, AZ, United States of America, Wikimedia Commons (CC BY-SA 2.0)
Un virage stratégique assumé par la Maison Blanche
C’est une déclaration qui marque une rupture potentielle dans la stratégie américaine. Vendredi, Donald Trump a ouvertement évoqué la possibilité d’un renversement du pouvoir en Iran. Cette sortie intervient alors que le dialogue entre Washington et Téhéran, portant sur les capacités nucléaires et balistiques de la République islamique, traverse une zone de fortes turbulences. Le président américain oscille désormais entre la promesse d’une issue négociée et la menace d’une action militaire directe.
Interrogé par des journalistes sur l’éventualité d’un « changement de régime », le locataire de la Maison Blanche n’a pas éludé la question. « Il semble que ce serait la meilleure chose qui puisse arriver », a-t-il affirmé. Cette prise de position survient peu après la confirmation par le président de l’envoi « très bientôt » d’un deuxième porte-avions américain dans la région, renforçant ainsi la pression militaire sur le Golfe.
Le dirigeant républicain s’est exprimé alors qu’il quittait la base militaire de Fort Bragg, située en Caroline du Nord, dans le sud-est du pays. Il a justifié sa position en déplorant la longueur et l’inefficacité des échanges diplomatiques passés. « Depuis 47 ans, ils parlent et parlent et parlent. Et pendant ce temps nous avons perdu beaucoup de vies », a-t-il ajouté, soulignant l’impatience de son administration face au statu quo.
Négociations au point mort et spectre d’une guerre
Sur le front diplomatique, la situation demeure précaire. Des négociations entre les deux pays ennemis ont bien repris le 6 février à Oman, mais leur issue reste incertaine tant le fossé entre les parties semble infranchissable. Washington, avec le soutien affiché d’Israël, exige non seulement des garanties sur le nucléaire, mais souhaite également limiter le programme de missiles balistiques de l’Iran et mettre un terme à son soutien aux groupes armés régionaux.
De son côté, Téhéran refuse d’élargir le spectre des discussions. La République islamique n’entend parler que du programme nucléaire et maintient une ligne rouge : elle insiste pour conserver ses capacités de raffinage d’uranium. Face à ce blocage, Donald Trump a menacé jeudi le pays de conséquences « traumatisantes » en l’absence d’accord. Il a rappelé à cet effet le bombardement par les États-Unis de sites nucléaires iraniens survenu lors d’une guerre de 12 jours, déclenchée par Israël en juin dernier.
Cette rhétorique belliqueuse contraste avec les hésitations passées du président américain. À l’époque du conflit de juin, il avait évoqué en termes confus un possible changement de pouvoir, avant de rejeter l’idée en estimant que cela ne ferait qu’apporter du « chaos ». Aujourd’hui, la menace militaire se précise de nouveau, Donald Trump utilisant ce levier pour tenter de forcer la main aux négociateurs iraniens.
Déploiement naval et inquiétudes de l’AIEA
La pression militaire américaine se matérialise par un déploiement naval d’envergure. Après l’arrivée en janvier dans la région du Golfe du porte-avions USS Abraham Lincoln et de ses navires d’escorte, un second bâtiment de guerre, le Gerald Ford, doit les rejoindre. Si la date précise de cette jonction reste incertaine, le message envoyé à Téhéran est clair, même si les cibles potentielles d’une intervention américaine demeurent floues.
Dans ce contexte de haute tension, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) tente de maintenir un canal technique ouvert. Rafael Grossi, son secrétaire général, a indiqué vendredi qu’un accord entre l’agence et Téhéran concernant les inspections du programme nucléaire restait « possible ». Il a toutefois nuancé son propos en qualifiant la tâche de « terriblement difficile ».
La méfiance règne, d’autant plus que l’Iran avait refusé en novembre dernier que l’AIEA inspecte ses différents sites qui avaient été bombardés en juin. Cette opacité continue d’alimenter les suspicions de la communauté internationale et complique davantage la reprise d’un dialogue serein sur le contrôle des activités nucléaires iraniennes.
L’opposition en exil appelle à la mobilisation générale
Parallèlement aux tensions géopolitiques, la contestation politique s’organise depuis l’étranger. Reza Pahlavi, le fils exilé du dernier chah d’Iran, a lancé un appel aux Iraniens pour de nouvelles actions de protestation. Installé aux États-Unis et n’ayant pas foulé le sol de son pays natal depuis la Révolution islamique de 1979, il tente de fédérer l’opposition après la vague de mobilisation du début du mois de janvier, qui a été violemment réprimée.
L’héritier du trône a appelé à des manifestations ce samedi dans plusieurs grandes villes occidentales, notamment à Munich, Toronto et Los Angeles, pour réclamer une action internationale ferme contre le régime iranien. Il cherche ainsi à maintenir la pression sur Téhéran en mobilisant la diaspora et l’opinion publique mondiale.
Reza Pahlavi s’est également adressé directement à la population restée au pays. Dans un message publié sur le réseau social X, il a exhorté les Iraniens de l’intérieur à s’associer à ce mouvement de contestation. Il leur a demandé de scander des slogans depuis leurs fenêtres et leurs toits, samedi et dimanche, afin de marquer leur opposition au pouvoir en place sans s’exposer directement dans la rue.
Le lourd bilan humain de la répression
La situation des droits humains en Iran reste au cœur des préoccupations internationales. Le président américain avait d’ailleurs brandi la menace d’une intervention militaire en réponse à la répression des manifestations qui, selon diverses ONG, a causé la mort de milliers de personnes. Les chiffres avancés par les organisations de défense des droits humains témoignent de l’ampleur de la violence.
Selon le groupe Human Rights Activists News Agency (HRANA), basé aux États-Unis, au moins 7 008 personnes ont été tuées lors des protestations début janvier, la plupart étant des manifestants. L’organisation rapporte également que plus de 53 000 personnes ont été arrêtées depuis le début du mouvement. Si quelques figures du courant réformateur ont été libérées, l’ONG Iran Human Rights (IHR) alerte sur le sort de centaines de personnes toujours poursuivies pour des chefs d’accusation liés aux manifestations, risquant pour beaucoup la condamnation à mort.
Les autorités iraniennes, quant à elles, présentent un bilan sensiblement différent. Elles reconnaissent que les manifestations ont fait plus de 3 000 morts, mais affirment qu’il s’agit en grande majorité de membres des forces de sécurité ou de simples passants. Cette guerre des chiffres illustre la difficulté d’obtenir un bilan incontesté dans un pays où l’information est strictement contrôlée.
Selon la source : journaldemontreal.com
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