Déneigement à Montréal : entre critiques citoyennes et machinerie à bout de souffle

Déneigement à Montréal : entre critiques citoyennes et machinerie à bout de souffle credit : lemorning.ca (image IA)

Une tâche colossale sous le feu des critiques

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C’est une réalité qu’on oublie souvent, bien au chaud dans nos salons. Dehors, dans la nuit montréalaise, ce sont près de 3000 employés qui s’activent pour mener à bien les opérations de chargement de la neige. Une fourmilière humaine et mécanique. Le journaliste Patrice Roy est allé à leur rencontre, et ce qu’il en ressort est assez… poignant, disons-le. Il y a de la fierté, bien sûr, mais aussi beaucoup d’amertume face au regard des autres.

« Les gens ne savent pas ce que c’est », « ils n’ont pas conscience de ce qu’on fait »… Ce sont des phrases qui reviennent en boucle. Pour ces travailleurs, l’impatience des citoyens est devenue une sorte de bruit de fond constant et franchement désagréable. La tâche est immense, les obstacles sont partout, et pourtant, on a l’impression que le public ne voit que ce qui cloche. C’est ce sentiment d’injustice qui domine.

Prenez Marie-Claude Gagnon, par exemple. C’est une cheffe d’équipe, une vétérane qui travaille pour la Ville depuis plus de 25 ans et qui est au chargement de la neige depuis 1999. Elle aime son métier, vraiment. Mais quand elle entend les commentaires négatifs, ça lui fait mal au cœur. Elle confie même que c’est devenu « gênant » de dire qu’on est col bleu par les temps qui courent. C’est triste, non ? « C’est fâchant d’entendre les gens dire qu’on ne fait pas notre travail comme il faut », déplore-t-elle, en rappelant que tout le monde, ou presque, a son travail à cœur malgré la fatigue qui s’accumule après de longues heures.

Quand les citoyens et la météo compliquent tout

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Ce n’est pas seulement une question de volume de neige. À bord de sa voiture de patrouille, Marie-Claude Gagnon pointe du doigt un problème bien humain : nous, les Montréalais. Eh oui, on a notre part de responsabilité. Elle explique que les gens attendent souvent la toute dernière minute pour bouger leur auto. Ils guettent par la fenêtre, et c’est seulement quand ils voient les gyrophares qu’ils s’habillent pour descendre. Résultat ? Ça crée des délais inutiles, encore et encore.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Steve Tremblay, un remorqueur croisé sur le terrain, raconte qu’il doit déplacer entre 15 et 20 voitures par soir. Chaque remorquage, c’est un retard de 5 à 10 minutes. Faites le calcul… Sur l’ensemble du territoire, lors de la première opération de chargement, on parle d’une moyenne de 91 véhicules remorqués toutes les heures. C’est énorme. Comme le dit si bien le remorqueur : « Si les citoyens ne nous aident pas, au bout de la ligne, on ne pourra pas faire un travail productif ».

Et ce n’est pas tout. Il y a aussi ces comportements, disons, maladroits. Les poubelles et les bacs de recyclage mal placés les jours de collecte, par exemple. Les équipes essaient de les contourner, mais souvent, il faut descendre de la machine pour les tasser. Ça casse le rythme. Marie-Claude soulève aussi un point plus délicat, plus sombre de notre époque : les campements de personnes en situation d’itinérance. Ils peuvent bloquer le passage. Les travailleurs doivent être hyper vigilants, car ces personnes se réchauffent parfois avec des chandelles ou d’autres moyens précaires dangereux. « Ça fait partie des embûches », soupire-t-elle.

Ajoutez à cela les caprices de la météo moderne. Avec les changements climatiques, on a droit à un cocktail difficile : redoux, pluie, puis chute brutale de température. Ça crée de la glace, beaucoup de glace. Et la glace, c’est l’ennemi juré de la mécanique. Ça complique le déneigement et ça brise le matériel.

Des machines à bout de souffle et un combat mécanique

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Justement, parlons-en, du matériel. C’est peut-être là que le bât blesse le plus. Les chiffres sont inquiétants : sur les 1285 équipements déployés pour le déneigement, pas moins de 300 sont en mauvais état. On parle de près du quart de la flotte ! « Il y a beaucoup de machines qui brisent, qui tombent au combat », résume un employé.

Durant la soirée, l’équipe tombe d’ailleurs sur une machine en panne. Pas le choix, il faut réparer sur place, directement dans la rue. Pourquoi ? Parce que l’engin est trop lourd pour être transporté au garage sans perdre un temps fou. Francis, un mécanicien rencontré le nez dans le moteur, explique avec philosophie que ces machines travaillent « extrêmement fort » contre la neige et la glace. C’est inévitable que ça casse.

Cependant, tout n’est pas noir. Il faut nuancer. Daniel Paquet, un opérateur de tracteur-chargeur qui a vu neiger – c’est le cas de le dire – depuis presque 38 ans, trouve que la gestion est quand même meilleure qu’à ses débuts. « C’est mieux aujourd’hui », assure-t-il. Il note qu’il y a plus d’équipements et plus d’opérateurs qu’avant. Comme quoi, l’expérience apporte un autre éclairage.

Mais quand on demande à Marie-Claude Gagnon ce que les politiques pourraient faire pour aider, sa réponse est simple, presque un appel à l’aide : les dirigeants doivent écouter les employés, surtout concernant le matériel. Pour elle, la solution est collective. C’est « un petit peu de tout le monde » qui fera la différence.

L’aveu politique : « Un problème majeur d’équipement »

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Du côté de l’Hôtel de Ville, le constat est lucide, voire sévère. En entrevue au Téléjournal 18 h, la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, n’a pas cherché à nier l’évidence. Elle reconnaît l’existence d’un problème majeur d’équipement. Elle confirme le chiffre qui circule : « Il y a 25 % des équipements qui manquent ».

Les exemples qu’elle donne font froid dans le dos. Dans l’arrondissement de Montréal-Nord, imaginez-vous que les quatre saleuses sont hors service. Toutes. Et pour les nids-de-poule ? Sur quatre véhicules, seulement deux fonctionnent. « À un moment donné, tu ne peux pas donner des services aux citoyens avec des équipements qui n’existent pas », lâche-t-elle. Elle parle d’un véritable problème de fiabilité et d’entretien.

Mais, comme c’est souvent le cas en politique, la question de la responsabilité arrive vite sur le tapis. Mme Martinez Ferrada pointe du doigt l’administration précédente de Valérie Plante. Selon elle, il n’y a pas eu le « travail de fond » nécessaire avec les arrondissements pour sécuriser les investissements. C’est un héritage lourd à porter.

Alors, quelle est la suite ? L’élue promet que ça ira mieux… l’hiver prochain. Pour l’instant, son urgence, c’est de « passer à travers l’hiver » actuel. Elle compte faire la tournée des arrondissements pour redresser la barre, mais pour cette année, il faudra faire avec les moyens du bord.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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