Minneapolis : Quand les sifflets et l’entraide citoyenne défient la peur
Adam David - 2026-01-26 11:35
credit : lemorning.ca (image IA)
Un bruit strident pour briser le silence

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Vous entendez ce bruit ? C’est le son de la résistance qui résonne en ce moment même dans les rues de Minneapolis. Depuis plusieurs semaines, ce ne sont pas des oiseaux que l’on entend chanter, mais des sifflets. Une multitude de sifflets. C’est devenu l’arme – pacifique, bien sûr – des citoyens pour signaler la présence de la police fédérale de l’immigration, l’ICE. Ils se rassemblent devant cet imposant édifice fédéral en périphérie de la ville, transformé en quartier général pour les opérations d’expulsion.
Pour les habitants, ce petit objet en métal est bien plus qu’un accessoire. Comme me l’expliquait Ellie, une manifestante croisée sur place, le sifflet symbolise la solidarité, la protection mutuelle… la communauté, tout simplement. Elle s’en sert même pour émettre le code morse S.O.S., un appel à l’aide déchirant dans une ville encore traumatisée. On ne peut pas oublier que cette mobilisation survient après les morts tragiques de Renee Nicole Good et d’Alex Pretti, tous deux décédés aux mains de l’ICE. C’est lourd, très lourd à porter pour le voisinage.
Mais les gens refusent de baisser les bras face aux quelque 3000 agents fédéraux déployés par l’administration Trump. La colère s’est transformée en organisation. C’est assez impressionnant à voir, cette volonté de ne pas se laisser faire, de rester debout malgré la peur qui rôde.
Le jeu du chat et de la souris : surveillance et ruses

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Juste à côté des siffleurs, j’ai remarqué une dame dans la cinquantaine, l’air très affairé. Elle ne lâche pas son téléphone d’une semelle. Son objectif ? Photographier systématiquement les plaques d’immatriculation des véhicules qui sortent du parking de l’ICE. Elle m’a accordé quelques mots entre deux clichés, me disant qu’elle était « très occupée ». Et on la comprend.
Ces numéros de plaques, ils ne restent pas dans son téléphone. Ils sont partagés à la vitesse de l’éclair sur des groupes de discussion en ligne. L’idée, c’est de repérer les voitures banalisées qui circulent en ville pour alerter les quartiers vulnérables. « Nous essayons simplement d’aider tout le monde », m’a confié cette femme qui préfère rester anonyme – on se doute bien pourquoi, la peur des représailles est réelle. Elle raconte que beaucoup de gens sont terrifiés, qu’ils n’osent même plus sortir de chez eux.
C’est une véritable partie de cache-cache, ou plutôt… un jeu du chat et de la souris assez sinistre. Les stratégies évoluent sans cesse. Tenez-vous bien : elle affirme même que certains policiers de l’immigration se sont déguisés en travailleurs de la construction pour passer incognito ! Incroyable, non ?
Pendant ce temps, d’autres citoyens comme Lisa, une enseignante, sont là tous les jours. Ils sont prêts à aider ceux qui viennent d’être libérés par les autorités. « Ils les relâchent dans la rue et ils ont besoin de rentrer chez eux », explique-t-elle simplement. Autour d’elle, c’est une petite ruche : on sert des boissons chaudes, une femme formée aux premiers soins se tient prête… C’est ça, pour eux, la manière de vivre américaine : se battre et s’entraider. D’ailleurs, on voit maintenant des observateurs en vestes jaunes un peu partout, même devant les épiceries latinos, pour guetter l’ICE. C’est triste à dire, mais Renee Nicole Good faisait partie de ce genre d’effort citoyen quand elle a été tuée au volant de sa voiture.
Un cercle de protection autour des églises

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L’inquiétude a gagné tous les lieux, même les plus sacrés. Je me suis rendu à l’église Sacred Heart de Saint Paul, tout près de Minneapolis. C’est l’heure de la messe en espagnol. À l’intérieur, le recueillement ; à l’extérieur, la vigilance. Une douzaine de résidents patrouillent les rues, le regard aux aguets.
L’homme derrière cette initiative s’appelle Peter Rachleff. Il appelle ça un « cercle de protection ». Sa promesse est forte : s’interposer physiquement entre l’ICE et ses voisins immigrants. Et ce n’est pas une parole en l’air. Au moment où nous discutions, des agents fédéraux ont été signalés dans le quartier. Immédiatement, ses troupes se sont précipitées sur le parvis pour avertir les fidèles qui sortaient de l’office.
La détresse est palpable. J’ai vu Jessica Romero se diriger vers sa voiture avec la peur au ventre. Elle m’a avoué avoir prié avant même de franchir le seuil de sa maison, alors que ses papiers sont pourtant en règle ! « Nous avons peur d’aller faire les courses, peur d’être arrêtés simplement à cause de la couleur de notre peau », dit-elle. C’est terrible de vivre ainsi.
Et puis, il y a Silvia Leone. Elle vit aux États-Unis depuis 30 ans, elle est citoyenne américaine… et pourtant, elle pleurait à chaudes larmes à la sortie de l’église. Elle craint la violence, l’imprévisible. La voix nouée, elle m’a dit : « On y pense la nuit et on se réveille le matin en se demandant ce qui va se passer ». Cette communauté ne connaît plus la paix, c’est un épuisement émotionnel constant.
De l’aide là où on ne l’attendait pas : le « sex-shop » solidaire

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Vous allez sourire, mais la solidarité se niche parfois dans les endroits les plus improbables. À Minneapolis, c’est une boutique érotique, The Smitten Kitten sur l’avenue Lyndale, qui est devenue un pilier de l’aide aux sans-papiers. Oui, vous avez bien lu.
Depuis des semaines, l’équipe du magasin collecte et distribue de la nourriture et des produits d’hygiène. Anne Lehman, la gérante, raconte avec un brin d’amusement que certaines personnes venues chercher de l’aide mettaient un moment avant de réaliser qu’elles étaient entourées de jouets pour adultes ! Mais le fond de l’histoire est sérieux : les besoins sont immenses. Ils organisent aussi des levées de fonds pour payer les frais d’avocats de ceux qui tentent de régulariser leur situation.
Cependant, la prudence est de mise. L’équipe a dû déplacer la distribution des denrées dans un autre lieu. Pourquoi ? Parce qu’ils soupçonnent des agents de l’ICE d’avoir suivi des clients à la trace, espérant cueillir des personnes en situation irrégulière. C’est dire la pression qui règne.
À l’entrée de la boutique, on trouve désormais une étagère un peu spéciale : masques, lunettes de protection, sachets chauffants… et bien sûr, des sifflets. Anne Lehman a même transformé deux de ces sifflets en boucles d’oreilles. Une façon originale, je suppose, de garder l’espoir – et le bruit de la résistance – tout contre soi.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
Créé par des humains, assisté par IA.