Pourquoi le Groenland est-il sous pavillon danois ? Une histoire mouvementée

Pourquoi le Groenland est-il sous pavillon danois ? Une histoire mouvementée credit : lemorning.ca (image IA)

Quand la Maison-Blanche convoite la Terre verte

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On pourrait croire à une blague, mais l’histoire est très sérieuse. Donald Trump a récemment secoué la diplomatie mondiale avec ses vues, disons, très insistantes sur le Groenland. Même s’il semble avoir fait marche arrière depuis, l’incident a laissé des traces et surtout une grande interrogation : comment cette île immense, la plus grande du monde, se retrouve-t-elle rattachée au Danemark, ce petit pays européen ? C’est d’autant plus d’actualité que la tension est palpable. Imaginez la scène : le 17 janvier 2026, à Nuuk, près d’un tiers de la population locale est descendue dans la rue. Des pancartes « Le Groenland n’est pas à vendre ! » flottaient au-dessus de la foule pour protester contre les projets américains.

Le président américain, fidèle à son style direct, a même envoyé des textos au premier ministre norvégien, remettant en cause la légitimité danoise. Selon lui, le fait que des Danois aient débarqué là-bas avec un bateau il y a 500 ans ne constitue pas un titre de propriété. Il insiste : « Il n’y a pas de documents écrits, c’est juste qu’un bateau y a accosté il y a des centaines d’années, mais nous avons aussi eu des bateaux qui ont accosté là-bas. » L’argument prête à sourire par son ironie, surtout quand on connaît l’histoire coloniale de l’Amérique du Nord, mais il est surtout historiquement bancal. Contrairement à ce qu’il affirme, la présence scandinave remonte à bien plus loin que les années 1500.

Des drakkars aux kayaks : Vikings et Inuit

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Pour comprendre, il faut remonter le temps, bien avant les frontières modernes. Entre la fin des années 700 et l’an 1000, les Vikings ont la bougeotte. À bord de leurs drakkars, ils quittent la Scandinavie, direction l’aventure et le pillage. Ils sèment la terreur en France, en Angleterre, mais colonisent aussi l’Est jusqu’en Russie. Danny Lake-Giguère, chargé de cours à l’Université de Montréal, nous rappelle que ces explorateurs manquaient de terres fertiles chez eux. Poussés par l’appât du gain et la nécessité, ils vont toujours plus à l’ouest. C’est là qu’entre en scène une famille au casier judiciaire chargé. Vers 960, Thorval Ásvaldsson est banni de Norvège pour meurtre et file en Islande. Son fils, le célèbre Erik le Rouge, a hérité du tempérament paternel : banni à son tour pour meurtre, il part vers l’inconnu en 983 et s’installe sur une terre inexplorée. Avec un sens du marketing précoce, il la baptise « Groenland » (Terre verte) pour attirer les colons, même si 80 % du territoire est glacé.

Cependant, cette première colonie européenne va finir par s’éteindre doucement au début du 15e siècle. Entre-temps, le fils d’Erik, Leif Erikson, aurait même poussé jusqu’à Terre-Neuve (le Vinland), une présence confirmée par les fouilles de L’Anse aux Meadows. Mais ils n’étaient pas seuls. Aujourd’hui, 89 % de la population est Kalaallit. Ce peuple inuk est arrivé au nord de l’île entre 1200 et 1300. Contrairement aux Vikings, les Inuit étaient parfaitement adaptés au froid. Louis-Jacques Dorais, professeur d’anthropologie, explique qu’ils étaient des experts de la chasse à la baleine. Quand le climat s’est refroidi aux 14e et 15e siècles, les Inuit ont survécu et migré vers le sud, rencontrant parfois les Vikings. Les sagas et la tradition orale parlent de ces contacts : des batailles, des disputes, mais probablement aussi des mariages et des adoptions.

Le retour du Danemark et la quête d’autonomie

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Faisons un saut dans le temps. En 1721, le Groenland est un peu tombé dans l’oubli en Europe, mais les légendes vikings persistent. C’est un missionnaire luthérien, Hans Egede, qui va tout relancer. Persuadé qu’il reste des descendants de Vikings là-bas, il obtient des fonds de la Couronne scandinave (à l’époque, Danemark, Norvège et Suède étaient unis sous le drapeau de 1397). Il débarque avec l’espoir de retrouver ses lointains cousins, mais après des mois de recherche… personne. Pas un seul Viking survivant. Pragmatique, Egede change son fusil d’épaule : il décide d’évangéliser les Inuit et de lancer le commerce. Le Groenland redevient une colonie gérée par Copenhague. Même lors du divorce entre le Danemark et la Norvège en 1814, c’est le Danemark qui garde la mainmise sur l’île, imposant un monopole commercial jusqu’aux années 1950.

Les choses ont bien changé depuis. Les Groenlandais ont soif de liberté et l’ont fait savoir. Ils ont obtenu un premier niveau d’autonomie en 1979, puis une autonomie quasi complète en 2009. Comme le souligne M. Dorais, ils sont reconnus en droit international comme un peuple disposant du droit à l’autodétermination. Aujourd’hui, ils gèrent presque tout eux-mêmes, sauf deux gros morceaux qui restent à Copenhague : la défense et la politique internationale.

Un enjeu stratégique majeur et conclusion

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On pourrait se demander pourquoi tout le monde s’intéresse à ce bloc de glace. La réponse se trouve souvent dans les livres d’histoire militaire. Le 9 avril 1940, quand l’Allemagne envahit le Danemark en quelques heures, l’alarme sonne à Washington et Ottawa. La peur ? Que les nazis utilisent l’Islande et le Groenland comme des marches d’escalier pour atteindre l’Amérique du Nord. Stéphane Roussel, de l’École nationale d’administration publique, rappelle que la chute de la France donnait aux Allemands un accès direct à l’Atlantique. Résultat : les États-Unis ont occupé l’île et construit des bases, dont celle de Thulé, qui reste l’installation américaine la plus au nord. De plus, le sol groenlandais regorgeait de cryolite, un minéral indispensable à l’époque pour produire l’aluminium des avions de guerre.

Finalement, Donald Trump a peut-être paraphrasé Voltaire en parlant de glaces, mais il a tort sur le fond. Le Groenland est bien plus qu’un désert blanc ; c’est un carrefour humain, historique et stratégique vital. Entre les revendications des grandes puissances et la volonté d’indépendance des Kalaallit, l’avenir de la Terre verte n’a pas fini de faire couler de l’encre.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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