Le « Conseil de paix » de Trump : Vers une privatisation de la diplomatie mondiale ?
Adam David - 2026-01-24 11:30
credit : lemorning.ca (image IA)
De Gaza à une ambition planétaire

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On pensait avoir tout vu avec Donald Trump, mais sa dernière sortie à Davos, ce 22 janvier, prouve qu’il a encore quelques tours dans son sac. Le président américain y a dévoilé la charte de son fameux « Conseil de paix ». Au départ, si on remonte à deux mois, quand le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté le plan américain le 17 novembre, tout le monde s’imaginait que cette structure ne servirait qu’à gérer le bourbier de la bande de Gaza. C’était la mission officielle : gérer le cessez-le-feu, reconstruire et faire parler Israéliens et Palestiniens.
Sauf que voilà, les choses changent vite. Au cours du week-end des 17 et 18 janvier, le masque est tombé. On a découvert que l’ambition de Trump dépasse largement ce petit territoire meurtri. Ce n’est plus juste une mission temporaire, c’est une structure permanente qu’il veut mettre en place. Une sorte d’alternative à l’ONU, qu’il juge inefficace.
Dans le préambule de la charte envoyée aux dirigeants pour les recruter, le ton est donné : le Conseil de paix se veut une organisation internationale agile, là pour promouvoir la stabilité et une « gouvernance fiable » dans les zones de conflit. Le texte tape dur sur les institutions actuelles (suivez mon regard vers New York et l’ONU) qui ont « trop souvent échoué ». En gros, Trump dit au monde : ayez le courage de lâcher l’ancien système pour venir dans le mien. Même s’il jure avoir toujours vanté le potentiel des Nations unies, c’est clairement une tentative de substitution.
Un club très sélect à un milliard le ticket d’entrée

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Alors, à quoi ressemble ce nouveau jouet diplomatique ? La structure est pyramidale. Tout en haut, le « Conseil de paix » présidé par Donald Trump lui-même. Autour de lui, pas n’importe qui : des responsables américains très loyaux, de riches hommes d’affaires et l’ancien premier ministre britannique Tony Blair. Ce petit groupe chapeaute un « Conseil exécutif » plus large, qui lui-même supervise une équipe de technocrates palestiniens — le Comité national pour l’administration de Gaza. C’est bureaucratique, mais ça verrouille le pouvoir au sommet.
Le lancement officiel s’est fait en grande pompe ce jeudi au Forum économique de Davos, en Suisse. Trump n’était pas seul, il avait ramené sa liste de « pays fondateurs ». Accrochez-vous, la liste est hétéroclite : Arabie saoudite, Argentine, Arménie, Azerbaïdjan, Bahreïn, Bulgarie, Égypte, Émirats arabes unis, États-Unis, Hongrie, Indonésie, Jordanie, Kazakhstan, Kosovo, Maroc, Mongolie, Pakistan, Paraguay, Qatar, Turquie et Ouzbékistan.
Mais attention, on ne rentre pas comme dans un moulin. Pour être membre permanent, il faut passer à la caisse : un milliard de dollars américains. Si tu ne payes pas, tu ne sièges que trois ans. C’est assez… direct, comme méthode. La Maison-Blanche affirme qu’environ 35 dirigeants ont dit oui sur la cinquantaine d’invitations envoyées. Le premier ministre israélien a accepté mercredi, même s’il n’était pas physiquement à Davos. Par contre, petit couac de communication : Trump a claironné en arrivant que Vladimir Poutine avait accepté. Moscou a immédiatement démenti en disant qu’ils étaient seulement en train « d’étudier la proposition ». Gênant.
Et puis il y a ceux qui ont dit « non merci ». La France, le Royaume-Uni, la Norvège et la Slovénie ont décliné. Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a été plus virulent, accusant Trump de vouloir s’ériger en « maître » d’une « nouvelle ONU ». Quant au Canada… c’est une autre histoire. Le premier ministre Mark Carney avait montré de l’intérêt, mais Trump a finalement retiré son invitation. Un camouflet diplomatique assez rare.
Une « Riviera » sur un cimetière : l’analyse choc des experts

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Mais au-delà du faste de Davos, que vaut ce plan pour Gaza ? François Audet, directeur de l’Institut d’études internationales de Montréal (IEIM), n’y va pas par quatre chemins. Pour lui, cette structure n’a aucune légitimité. Les technocrates palestiniens ? Ils n’ont aucun pouvoir. C’est une forme « d’occupation » et d’impérialisme économique américain. Audet voit en Trump un « mégalomane » obsédé par la possession — on se souvient de ses vues sur le Groenland ou le Venezuela. « Il y a un vrai désir d’enfant de la possession », dit-il. Pour lui, c’est un scénario d’échec annoncé, comme en Afghanistan ou en Irak.
Rachad Antonius, auteur de La conquête de la Palestine, fait un parallèle historique glaçant. Il compare ce Conseil de paix au mandat britannique de 1920, qui avait pour but de marginaliser les Palestiniens. Sauf qu’ici, l’ambition est de remplacer l’ONU. Le Conseil de sécurité, en validant cela, aurait « trahi ses propres principes » et abandonné ses responsabilités, laissant l’UNRWA se faire démanteler.
Le plus troublant, selon Antonius, c’est la vision mercantile du projet. Il ne s’agit pas d’aider les humains, mais de faire de l’argent. Il parle d’indécence. Tout le monde sait que Gaza est actuellement un immense cimetière, avec des milliers de corps encore sous les décombres. Et le projet ? Construire une sorte de « riviera » pour les riches, un nouveau Dubaï ou Abou Dhabi, mais sans les Palestiniens. On efface la mémoire et l’identité pour du béton et des investissements.
Conclusion : L’ONU face à la jungle

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Est-ce la fin des Nations unies ? François Audet pense que l’institution ne va pas mourir de cette initiative, elle a vu d’autres crises. Mais il admet que la fin du mandat de Trump sera très rude pour l’organisation. C’est une approche privée et élitiste qui affaiblit le système multilatéral. Cependant, il note une résistance, notamment dans les discours d’Emmanuel Macron et de Mark Carney à Davos. Si l’ONU survit à ça, elle devra passer par une réforme majeure.
De son côté, Rachad Antonius craint une marginalisation de l’ONU. Il voit le monde glisser sur une pente dangereuse. Des pays comme le Canada commencent à réaliser que si on continue comme ça, on risque de transformer la scène internationale en une véritable « jungle » où seule la loi du plus fort — ou du plus riche — règne.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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