La grande fuite vers le Nord : quand la peur pousse les migrants à tout quitter pour le Canada
Simon Kabbaj - 2026-01-23 10:10
credit : lemorning.ca (image IA)
Un climat de terreur orchestré sur les ondes

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Imaginez un instant. Vous êtes en voiture, vous allumez la radio pour écouter un peu de musique, et là, entre deux chansons, une voix glaciale vous prend à la gorge. C’est celle de Kristi Noem, la responsable du département de la Sécurité intérieure. Son message ? Il est brutal, sans détours : « Si vous travaillez ici illégalement, vous serez le prochain ».
C’est effrayant, non ? C’est pourtant le quotidien aux États-Unis en ce moment. Ces messages tournent en boucle, de San Diego jusqu’à Miami. On ne parle pas de simples avertissements, mais de menaces directes, orchestrées par le bras droit de Donald Trump. On vous promet, d’un ton grave, de vous trouver et de vous expulser.
Le pire, c’est que ça ne s’arrête pas à la radio. À la télévision, on voit cette même Kristi Noem s’adresser aux migrants au statut irrégulier. « Partez maintenant », lance-t-elle, alors que défilent des images d’arrestations musclées de l’ICE, la police de l’immigration, montrant des criminels menottés qu’on force à monter dans des avions. C’est une véritable guerre psychologique.
Et si vous refusez de partir ? Eh bien, la narratrice est claire : vous serez arrêtés et jetés en détention. On retrouve ces publicités partout, même sur les réseaux sociaux ou entre deux épisodes sur Netflix. Ils vont même jusqu’à proposer un marché cynique : un vol gratuit et un chèque de 1 000 $ US pour ceux qui acceptent de se livrer eux-mêmes. On marche sur la tête.
Vivre caché : le quotidien brisé de Maude et Soinise

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Face à cette machine à broyer, il y a des humains, des vrais. J’ai eu Maude au téléphone… Je peux vous dire que sa voix tremblait. C’est une mère de famille haïtienne de 38 ans qui vit en Georgie, au sud de Washington. Enfin, « Maude », c’est un nom d’emprunt, vous comprenez ? Elle est tellement terrorisée par l’idée d’être pourchassée par l’ICE qu’elle n’ose même plus utiliser son vrai nom.
Elle m’a confié, en pleurs : « Dès que je mets un pied dehors, je ne peux plus respirer. Je n’amène même plus ma fille à l’école ». C’est terrible d’en arriver là. Elle fait référence à cette citoyenne américaine tuée par balle par un agent de l’ICE à Minneapolis… Maude ne veut pas être la prochaine. Elle ne sort plus, même pas pour ses courses ou jeter les poubelles. Elle vit dans la privation totale.
Un peu plus au sud, j’ai rencontré Soinise dans son petit studio du quartier de la Petite Haïti, au nord de Miami. Cette couturière a les larmes aux yeux quand elle en parle. « Tout le monde a peur », insiste-t-elle. Elle me raconte que des voisins appellent eux-mêmes l’ICE pour dénoncer les Haïtiens. Vous imaginez l’ambiance ?
Soinise est arrivée en 2020 avec un statut de protection temporaire, le fameux TPS. Le problème, c’est que ce statut expire le 3 février. Ça concerne entre 350 000 et 500 000 Haïtiens, sans compter les centaines de milliers d’autres nationalités menacées par l’administration Trump. Pour Soinise, c’est bien réel : « Je connais des personnes qui sont allées au marché, et puis l’ICE est venu. On a pris ces gens, on les a mis dans une prison et dans un avion ». C’est brutal.
Little Haiti devenu ville fantôme et la fuite vers le Canada

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Le quartier de la Petite Haïti, d’habitude si vivant, ressemble aujourd’hui à un « cimetière abandonné ». C’est un vieux commerçant du coin qui me le dit, affalé sur son comptoir, le visage marqué. Il chuchote presque, de peur d’être entendu : « C’est grave ce qu’il se passe avec ce king ». Les boutiques ont baissé le rideau. Même le dimanche, jour de messe, les rues sont vides. Seuls quelques coqs et le bruit de la circulation lointaine brisent le silence.
Le pasteur Walder Jules confirme ce climat de terreur. Il me raconte que, la veille, chez le coiffeur, on parlait d’une descente imminente de l’ICE. Lui, il a choisi son camp : il aide ceux qui veulent partir. Son église finance même des billets d’autobus pour la frontière canadienne. « Au Canada, il n’y a pas la police après vous à longueur de journée », justifie-t-il.
Pour Maude, la décision est prise. Retourner en Haïti ? « C’est un suicide », dit-elle. La zone de ses parents est aux mains des bandits. Alors, malgré ses diplômes juridiques et son travail d’aide-soignante, elle va fuir vers le nord. Elle sait que c’est dangereux. La Gendarmerie royale du Canada (GRC) prévient que la traversée est périlleuse, surtout avec le froid. On a retrouvé des gens en hypothermie sévère récemment. Mais Maude résume tout en une phrase bouleversante : « Je vais prendre le risque le moins élevé pour ma fille et moi ».
Les passeurs : un business florissant sur la misère humaine

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Mais comment partir ? C’est là que les vautours entrent en scène. Contrairement aux cartels mexicains qui s’affichent sur les réseaux sociaux, les passeurs haïtiens fonctionnent au bouche-à-oreille. C’est plus discret. La GRC confirme une recrudescence des passages. Tenez, l’été dernier, un réseau turc basé à Montréal a fait passer plein de monde. Le scandale a éclaté dans la nuit du 2 au 3 août 2025, quand un camion de déménagement a été intercepté près de la frontière avec 44 personnes entassées dedans ! Six passeurs ont été arrêtés, mais l’enquête continue.
J’ai voulu voir comment ça se passait. On a contacté un passeur somalien en se faisant passer pour un père de famille. Sa réponse ? « Peux-tu venir à Minneapolis le 6 décembre ? ». Tout simplement. Il propose une marche d’environ 1 h 25 dans les bois du Minnesota, vers le Manitoba. Le tarif est standard : 1 500 dollars américains par personne.
Le plus fou, c’est que ces passeurs connaissent la loi canadienne sur le bout des doigts. Depuis 2023, on renvoie la plupart des demandeurs d’asile à la frontière, sauf s’ils sont là depuis 14 jours. Alors, notre passeur promet une cachette à Winnipeg pendant… 14 jours, pile poil. C’est cynique, mais c’est bien rodé.
Conclusion : La dernière carte à jouer

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Pour des gens comme Maude, ces passeurs représentent le dernier espoir, aussi risqué soit-il. Elle me l’a dit avec une lucidité qui fait froid dans le dos : « Je joue ma dernière carte ». C’est ça ou rien.
Elle ne voit plus d’avenir là où elle est. « Vivre sans espoir, c’est ne plus vivre », m’a-t-elle confié avant de raccrocher. Pour elle, l’équation est terrible mais simple : rester aux États-Unis, c’est l’enfer ; retourner en Haïti, c’est la mort. Alors, le Canada reste la seule lueur. « Si je n’entre pas au Canada, je vais mourir. Il faut tenter le tout pour le tout ».
Selon la source : ici.radio-canada.ca
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.