Entre les murs de la Citadelle : Carney, l’unité nationale et l’ombre de Trump
Adam David - 2026-01-23 10:08
credit : lemorning.ca (image IA)
Une forteresse contre les menaces… quelles qu’elles soient

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Il y a quelque chose d’un peu théâtral, vous ne trouvez pas ? Mark Carney, notre premier ministre, fraîchement débarqué de l’étranger, qui choisit la Citadelle de Québec pour parler d’unité. On est jeudi, il fait froid, et le voilà dans cette forteresse bâtie par les Britanniques au début du XIXe siècle — ironiquement pour se protéger d’une invasion américaine — qui sert aujourd’hui de base militaire et de résidence secondaire à la gouverneure générale. Le symbole est fort, peut-être même un peu lourd.
De retour d’une mission qui l’a mené à Davos, M. Carney est à Québec pour une retraite ministérielle de deux jours. Mais avant de s’enfermer avec son cabinet, il a tenu un discours sur le besoin impératif d’unité canadienne face aux menaces extérieures. « Au Canada, c’est lorsque nous sommes unis que nous sommes les plus forts », a-t-il lancé. C’est le genre de phrase qu’on entend souvent, mais dans le contexte actuel, avec les sondages qui s’agitent, ça résonne différemment. Il a même pris le temps de saluer Bonhomme Carnaval, la mascotte du festival d’hiver. Faut bien soigner l’image locale, j’imagine.
L’histoire revisitée et la riposte des indépendantistes

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Carney n’y est pas allé de main morte avec les références historiques. Il a fait l’éloge de la Confédération, rappelant que ce pays repose sur trois peuples : autochtone, français et britannique. Il a lourdement insisté sur l’importance du Québec, évoquant ces deux fois où la province a voté « non » à l’indépendance par référendum. Pour lui, ce pacte a été renouvelé sous Wilfrid Laurier (qui gouvernait un pays ayant conquis son peuple, a-t-il souligné), puis avec le bilinguisme officiel, et enfin par le choix des Québécois de rester. Il admet qu’il y a des « frustrations », mais estime que le partenariat mérite d’être renforcé.
Évidemment, ça n’a pas plu à tout le monde. Paul St-Pierre Plamondon, le chef du Parti québécois (PQ) — qui, rappelons-le, est en tête des sondages et promet un référendum dans un premier mandat —, a bondi. Sur les réseaux sociaux, il a accusé Carney de « tabler sur la peur » et de falsifier l’histoire, promettant une réplique détaillée dimanche lors du congrès de son parti. D’ailleurs, on sait depuis décembre, via Radio-Canada, que le gouvernement Carney panique un peu et cherche comment contrer le discours péquiste.
Et puis, il y a Yves-François Blanchet du Bloc québécois. Lui, il a sorti l’artillerie lourde sur X, avec ce ton sarcastique qu’on lui connait : « Après avoir été louangé et presque déclaré sauveur du Monde, le voilà sauveur du Canada ». Il a rappelé que les Anglais ont essayé de conquérir la Nouvelle-France pendant 130 ans, puis d’assimiler les Français depuis… quoi, 265 ans ? Pour lui, présenter la Conquête comme un « geste de collaboration », c’est un peu fort de café.
Le bras de fer avec Trump et le tour du monde diplomatique

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Mais l’unité nationale n’est pas le seul souci de Carney. Il y a l’éléphant dans la pièce : Donald Trump. Il y a deux jours, à Davos, Carney a fait un discours remarqué appelant les « puissances moyennes » à résister aux forces hégémoniques. Ça a visiblement piqué au vif l’ancien président américain. Trump a répliqué le lendemain en affirmant que « Le Canada existe grâce aux États-Unis ». Rien que ça.
Depuis Québec, Carney ne s’est pas laissé démonter. Sa réponse ? « Le Canada ne vit pas grâce aux États-Unis. Le Canada prospère parce que nous sommes Canadiens. » Il a admis que le monde est dangereux, divisé, que les alliances cassent, et a mentionné le renforcement des capacités militaires le plus important depuis la Seconde Guerre mondiale. On sent la tension.
D’ailleurs, ce n’est pas comme si Carney chômait sur le front international. Avant de venir geler à Davos et Québec, il était à Pékin le vendredi 16 janvier. Il y a rencontré Xi Jinping. Le deal ? Une réduction des droits de douane chinois sur nos produits agricoles contre… un accès accru pour les véhicules électriques chinois. C’est un pari risqué, non ? Il est aussi passé par le Qatar pour signer des accords sur la défense et le commerce. Bref, il essaie de placer ses pions partout.
Retour sur terre : Économie et cuisine parlementaire

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Pendant que les grands discours fusent, la réalité, c’est que le cabinet est en retraite pour parler de choses terre-à-terre : économie, abordabilité, sécurité. La grosse pièce, c’est la renégociation de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) prévue cette année. François-Philippe Champagne, aux Finances, joue la carte de la prudence : on travaille avec les voisins, mais on diversifie. « Dans ce nouvel ordre économique mondial, on a avantage à diversifier nos partenariats », qu’il dit. Traduction : ne mettons pas tous nos œufs dans le panier américain.
Et puis, il y a la rentrée parlementaire lundi. Le gouvernement libéral est sur la corde raide : il leur manque deux sièges pour la majorité. Ils ont récupéré deux conservateurs cet automne (surprise !), mais ont perdu Chrystia Freeland, la députée torontoise, partie plus tôt ce mois-ci. Ça change la donne.
Sur le plan législatif, c’est le grand ménage. Le budget a passé la Chambre en novembre, mais il faut encore faire passer la loi d’exécution (projet de loi C-something… ah oui, le truc omnibus) qui doit aller en comité puis au Sénat. Et n’oublions pas les projets de loi « justice » déposés cet automne qui traînent encore :
- Projet de loi C-9 : nouvelles infractions pour intimidation et entrave.
- Projet de loi C-14 : durcissement de la liberté sous caution et cumul des peines.
- Projet de loi C-16 : rétablissement des peines minimales obligatoires.
Bref, la semaine prochaine s’annonce chargée à Ottawa, si tout ce beau monde arrive à s’entendre.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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