Une grande voix s’éteint : Dan David, le père du journalisme autochtone, nous a quittés

Une grande voix s’éteint : Dan David, le père du journalisme autochtone, nous a quittés credit : lemorning.ca (image IA)

Un départ qui laisse un grand vide

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C’est avec une certaine émotion que nous apprenons le décès d’un homme qui a, sans aucun doute, changé le visage de l’information au Canada. Dan David, journaliste mohawk respecté de tous et fondateur du service d’information d’APTN (le Réseau de télévision des peuples autochtones), n’est plus. C’est sa sœur, Marie David, qui a eu la lourde tâche d’annoncer la nouvelle : il s’est éteint le 12 janvier dernier. Il avait 73 ans.

On sait que la maladie ne fait pas de distinction; Dan a mené un long et difficile combat contre le cancer avant de nous quitter. Pour ceux qui l’ont connu, comme Karyn Pugliese, animatrice et productrice à APTN, ce n’est pas juste la perte d’un collègue, c’est le départ d’un mentor. Elle a confié lors d’une entrevue dimanche que sa disparition est une perte immense pour des dizaines de journalistes autochtones. Il les a accompagnés, guidés, et a souvent aidé à lancer leurs carrières.

Pour Karyn Pugliese, c’est simple : « Nous le considérons comme le père d’APTN Nouvelles ». C’était bien plus qu’un patron ou un fondateur, c’était une figure emblématique. Il incarnait le journalisme autochtone au pays et a profondément influencé la manière dont on réfléchit ce métier. C’est tout un héritage qu’il laisse derrière lui.

La crise d’Oka : L’étincelle d’une révolte journalistique

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Pour comprendre la flamme qui animait Dan David, il faut sans doute revenir en arrière, à l’été 1990. Vous vous souvenez sûrement de la crise d’Oka? C’est là que tout a basculé pour lui. À l’époque, il a vu comment les médias grand public racontaient ce qui se passait dans sa propre communauté de Kanesatake, dans les Laurentides. Et franchement, ce qu’il voyait ne lui plaisait pas du tout. Il trouvait que les reportages étaient déformés.

Rappelons les faits : pendant 78 jours, ce fut un face-à-face tendu. D’un côté, des manifestants mohawks; de l’autre, la Sûreté du Québec, la Gendarmerie royale du Canada et même l’armée canadienne. Tout ça pour quoi? Au départ, c’était au sujet de l’agrandissement d’un terrain de golf et d’autres projets immobiliers sur des terres contestées. Ce conflit a malheureusement fait deux morts.

Dan David travaillait alors pour la Société Radio-Canada. Mais voilà, on l’a écarté. On l’a empêché de couvrir le conflit. Pourquoi? Parce que des membres de sa famille étaient impliqués dans la protection des terres. Karyn Pugliese l’a bien expliqué : « Dan, avec tous ses contacts et toutes ses sources, n’a pas été autorisé à couvrir l’événement, car on le jugeait partial ». Une situation frustrante, c’est le moins qu’on puisse dire.

Son amie Loreen Pindera, journaliste à CBC News, se souvient qu’il était particulièrement agacé. Il ne supportait pas de voir les médias traditionnels alimenter ces vieux stéréotypes présentant les Autochtones comme dangereux, tout en ignorant le fond de la cause des militants. Il était passionné et, disons-le, il avait de très grandes attentes envers les journalistes. C’est cette colère constructive qui l’a poussé, en l’an 2000, à contribuer à la fondation d’APTN Nouvelles (qui s’appelait alors InVision News) pour enfin transformer la façon dont ces histoires sont racontées.

De l’Afrique du Sud à l’héritage canadien

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La vie réserve parfois des détours étonnants. Peu après ses déboires durant la crise d’Oka, Dan David a reçu une proposition inattendue. Son supérieur et mentor à la CBC l’a sollicité pour une mission bien particulière : participer au lancement de la South African Broadcasting Corporation (SABC). On était alors dans l’Afrique du Sud de l’après-apartheid, un moment historique.

Là-bas, l’expérience fut marquante. Imaginez un peu : il travaillait avec des journalistes de tous les horizons, y compris des gens qui, quelques mois plus tôt, étaient dans des camps opposés à cause de l’apartheid. Loreen Pindera raconte que cela l’a profondément touché. C’est là-bas qu’il a acquis les compétences et la vision nécessaires pour créer plus tard le service d’information d’APTN.

Mme Pugliese se rappelle qu’il en parlait encore des années plus tard, surtout lorsqu’il formait la relève à APTN. Il croyait fermement que le journalisme devait être « au service du peuple ». Et force est de constater qu’il avait raison. L’évolution de la couverture médiatique des enjeux autochtones par les grands médias, c’est en grande partie grâce à l’influence d’APTN, et donc, l’héritage direct de Dan.

Au total, sa carrière aura duré près de 50 ans. Un demi-siècle consacré à l’information. Il ne s’est pas arrêté au terrain : il a aussi transmis son savoir en tant que président du comité de la diversité à l’Université métropolitaine de Toronto et a enseigné à l’Université de Toronto. Un parcours exceptionnel pour un homme qui n’a jamais cessé de vouloir rétablir la vérité.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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