Venezuela : quand la fièvre de l’or et du pétrole étouffe les terres autochtones

Venezuela : quand la fièvre de l’or et du pétrole étouffe les terres autochtones credit : lemorning.ca (image IA)

Une voix perdue dans le fracas géopolitique

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« En ce moment, nous n’avons ni voix ni vote. » C’est brutal, n’est-ce pas ? Ce sont les mots de Lisa Henrito. Elle ne mâche pas ses mots au téléphone. Cette militante autochtone et ancienne autorité de la communauté de Maurak, située dans la Gran Sabana au sud-est du Venezuela, lance ce qui ressemble à un véritable cri d’alarme. Elle ne nous parle pas de grande diplomatie, non. Elle nous parle de survie. De son territoire.

On se retrouve ici face à un paradoxe assez cruel. Les peuples autochtones ne représentent qu’à peine 3 % de la population vénézuélienne. C’est peu, me direz-vous. Sauf qu’ils occupent des zones absolument stratégiques : les frontières, les bassins énergétiques et cette fameuse Amazonie qui regorge d’or. Ils sont minoritaires en nombre, mais omniprésents là où ça compte. C’est là que se jouent les interventions américaines pour le pétrole et les manœuvres de Caracas.

Lisa Henrito le dit très bien : « La majorité d’entre nous est à la frontière. Et dans nos territoires, il y a beaucoup de richesses : les minéraux, l’eau, la biodiversité. » C’est précisément pour cela qu’ils subissent de plein fouet les invasions et les occupations illégales. Ils sont aux premières loges d’un conflit qui, franchement, les dépasse complètement.

La ruée vers l’or et l’effondrement d’un équilibre fragile

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Regardons la carte un instant. C’est une géographie des marges. Le cœur de ce territoire autochtone, c’est l’Amazonie (les États d’Amazonas, Bolívar, Delta Amacuro), mais on trouve aussi des communautés dans le Zulia, l’Apure, le Monagas ou encore Sucre. Des zones où l’État brille souvent par son absence. Selon l’IWGIA (International Work Group for Indigenous Affairs), on parle d’environ 700 000 Autochtones répartis en 51 peuples, sur près de la moitié du pays. C’est immense.

Maria Teresa Quispe, une sociologue qui dirige l’ONG Wataniba (active sur le terrain depuis 2005), nous explique quelque chose d’intéressant. Pendant longtemps, l’Amazonie vénézuélienne était mieux conservée que chez les voisins. Pas par conscience écologique, non… simplement parce que tout le monde regardait vers le pétrole au nord. Mais cet équilibre est rompu. Avec l’effondrement de l’économie pétrolière et les sanctions, le gouvernement s’est tourné vers l’or pour survivre. « L’or est devenu une ressource de survie économique », explique-t-elle.

Le résultat ? Une déforestation qui grimpe en flèche depuis 10 ans. Des rapports sortis dès 2016 décrivent une « phase de prédation accélérée ». On voit apparaître des routes clandestines, des camps miniers partout. Prenez le cas de Yapacana, dans l’Amazonas. C’est une montagne sacrée, un parc national. Aujourd’hui ? C’est le symbole de l’occupation minière anarchique par des groupes armés, des narcotrafiquants et des mineurs illégaux, le tout sous le regard permissif des autorités. Maria Teresa Quispe nous rappelle que défendre ces terres, ce n’est pas juste une question de frontières, c’est voir le territoire comme un « système vivant ».

Une violence lente : maladies, mercure et désintégration sociale

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Ce n’est pas seulement une histoire de coups de feu, c’est aussi une violence insidieuse, biologique. La pollution au mercure et la contamination des eaux ravagent les communautés. Dans l’État du Zulia, Lusbi Portillo, une figure historique de la défense autochtone, dresse un tableau sanitaire effrayant. Il nous parle de tuberculose liée à la faim, de leishmaniose et d’un retour en force du paludisme. Le pire ? « Les hôpitaux manquent de médicaments. »

Dans la Sierra de Perijá, imaginez que des malades doivent parfois faire des centaines de kilomètres pour atteindre Maracaibo dans l’espoir d’un traitement. C’est le parcours du combattant. Lisa Henrito observe la même chose au sud. Les communautés sont coincées face à trois options, toutes terribles : travailler dans la mine (ce qu’elle appelle une forme d’« esclavage moderne »), fuir vers le Brésil ou la Colombie, ou alors finir sous les ponts des villes dans une misère totale. « Avant, ce n’était pas comme ça », soupire-t-elle.

Même le lac de Maracaibo, jadis fierté pétrolière, est aujourd’hui une zone de pollution chronique qui tue les moyens de subsistance des pêcheurs autochtones. Et face à tout ça ? Le silence. Lisa Henrito a cette phrase terrible : « En ce moment, nous n’existons pas pour les autorités. » Les consultations obligatoires ? Contournées. Les données officielles ? Gelées ou inexistantes, ce qui rend le travail des ONG dangereux et difficile.

Conclusion : L’incertitude de 2026 et la quête de souveraineté

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Alors, que nous réserve l’avenir ? Pour les peuples autochtones, les grands bouleversements politiques – l’attaque américaine, la situation de Maduro – ne sont pas des concepts abstraits. Ça change tout, tout de suite, sur le terrain. Lusbi Portillo reste pragmatique mais inquiet : si les États-Unis interviennent, il faut qu’ils aident vraiment les gens, sinon « la situation devient encore plus impossible pour les pauvres ». Il est catégorique : « Le président Nicolás Maduro ne s’intéresse pas aux peuples autochtones. Ce mépris, nous l’avons vécu concrètement. »

Lisa Henrito, elle, est plus prudente. « Aujourd’hui, ce gouvernement dépouille nos territoires sans contrôle. Si un autre arrive, nous verrons. » Elle garde un maigre espoir, celui de peut-être « récupérer notre voix ». Pas forcément être écoutés, nuance-t-elle, mais au moins avoir une voix.

À l’approche de 2026 et d’une transition politique floue, tout le monde s’accorde sur une chose. La vraie bataille du pétrole, de l’or et du charbon ne se joue pas dans les bureaux climatisés des chancelleries. Elle se joue dans les villages pemón, yanomami, wayuu ou yukpa. Lusbi Portillo craint même une réforme constitutionnelle qui affaiblirait encore leurs droits. Au final, la question reste entière et vitale : qui décide de l’avenir du territoire ? Tant que la réponse viendra de loin, sans consulter ceux qui vivent et meurent sur ces terres, tout le reste ne sera que du décor.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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