Bilan environnemental de l’ère Legault : l’économie d’abord, le climat ensuite ?
Simon Kabbaj - 2026-01-17 11:18
credit : lemorning.ca (image IA)
Des débuts chaotiques à une prise de conscience pragmatique

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Je n’oublierai jamais ce moment, c’était presque douloureux à voir. Nous étions en décembre 2018, à Katowice en Pologne, pour la COP24. Marie-Chantal Chassé, la toute première ministre de l’Environnement de la CAQ, m’accordait sa première entrevue. Elle avait ce regard inquiet, presque paniqué. Il faut dire qu’elle avait été parachutée là à la dernière minute, à peine cinq semaines après son assermentation. Elle, une élue sans expérience politique, se retrouvait à devoir défendre un plan climatique inexistant. C’était, disons-le franchement, un cadeau empoisonné de la part de son patron.
L’entrevue a d’ailleurs tourné court. Une responsable des relations internationales a mis fin à l’échange après quelques minutes, prétextant un rendez-vous, alors que la ministre marchait visiblement sur des œufs. Cette anecdote illustre parfaitement le peu d’intérêt que François Legault portait à l’écologie à ses débuts. Pour lui, confier ce ministère complexe à une néophyte n’était pas un problème. Mais bon, M. Legault est un politicien pragmatique. Il a fini par corriger le tir, affirmant plus tard qu’il ne pourrait pas regarder ses deux fils dans les yeux s’il n’agissait pas. Pourtant, même avec les années, le message est resté clair : la protection de l’environnement ne doit jamais nuire au développement économique. C’est sa ligne directrice, sa marque de commerce.
Entre virage énergétique et cibles difficiles à atteindre

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Il faut quand même rendre à César ce qui est à César. François Legault a eu quelques bons coups, parfois même surprenants. Rappelez-vous qu’en 2018, il parlait encore de relancer le gaz de schiste ! Mais il a complètement changé son fusil d’épaule. En 2021, à la COP26 de Glasgow, la CAQ a fermé la porte à l’exploration pétrolière et gazière, rejoignant même la Beyond Oil and Gas Alliance (BOGA), que le Québec copréside aujourd’hui avec le Danemark. C’est un revirement majeur, verrouillé par une loi en 2022.
Autre point positif, ou du moins rassurant : le Québec a réussi à découpler sa croissance économique de ses émissions de GES. En gros, on s’enrichit sans polluer davantage. L’intensité carbone a baissé de moitié depuis 1990. C’est bien, mais l’Ontario fait un peu mieux (-56 %), bien qu’ils aient eu la tâche plus facile en remplaçant le charbon par le nucléaire. Chez nous, avec l’hydroélectricité, la marche est plus haute. Le hic, c’est que ce rythme est trop lent. On vise une réduction de 37,5 % d’ici 2030, mais les mesures actuelles ne nous mèneront, selon les propres chiffres du gouvernement, qu’à 60 % de cet objectif. C’est inquiétant.
Par contre, Legault laissera probablement sa marque avec le nouveau souffle donné à Hydro-Québec. Le Plan d’action 2035 est colossal : 200 milliards de dollars pour de nouvelles centrales et le triplement de l’éolien, incluant le projet géant de Chamouchouane (3000 mégawatts). Sans oublier l’espoir d’une entente avec Terre-Neuve pour Churchill Falls et Gull Island. Ah, et on a enfin vu le prolongement de la ligne bleue du métro se concrétiser. Tout n’est donc pas noir.
L’obsession de la vitesse et les dérapages contrôlés

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C’est ici que le bât blesse. L’héritage de Legault restera sans doute entaché par cette obsession du troisième lien à Québec. Un dossier devenu purement politique, où l’avis des experts a été royalement ignoré. Même quand la Caisse a dit que ça n’améliorerait pas la mobilité, il n’a pas bronché. C’est probablement le boulet de son règne. Et parlant de transport, c’est là que le gouvernement a le plus échoué. On sait que 45 % de nos GES viennent de là. Les scientifiques le disent : il faut densifier, améliorer le transport collectif. Mais la promesse de rééquilibrer les budgets ? Oubliez ça. Bon an mal an, c’est toujours 70 % pour les routes et 30 % pour le transport en commun, même dans le Plan québécois des infrastructures 2025-2035.
Et que dire de l’affaire Northvolt ? François Legault, l’homme pressé, a tout fait pour éviter le BAPE, contournant l’évaluation socioéconomique qui nous aurait peut-être avertis de la fragilité financière de l’entreprise suédoise (qui a déclaré faillite peu après le début des travaux). Cette impatience a terni son image. C’est la même logique qui a poussé Bernard Drainville à vouloir « faire le ménage » dans les règles environnementales avec le projet de loi 5, inspiré du fédéral, pour accélérer les projets. Mais aller vite, ça ne marche pas toujours. Regardez la réforme du régime forestier (loi 97) : le gouvernement a tellement voulu précipiter les choses, en ignorant les scientifiques et les Autochtones, que même l’industrie s’y est opposée et le projet a dû être abandonné.
Conclusion : Un bilan en demi-teinte pour la nature

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Au-delà des grands projets industriels, il y a la protection pure et simple du territoire, et là, le constat est amer. Les milieux humides, nos filtres naturels contre les inondations, ont été malmenés. La commissaire au développement durable a jugé en 2023 que le gouvernement avait échoué à les protéger. L’exemple de l’agrandissement du dépotoir de déchets toxiques de Stablex à Blainville, sur un terrain pourtant protégé, en dit long. Même chose pour la biodiversité : on a beaucoup chialé contre le plan d’Ottawa pour le caribou forestier, mais Québec n’a pas mis en place de véritable stratégie, alors qu’il ne reste que 35 caribous en Gaspésie.
En somme, François Legault suit une tendance qu’on voit un peu partout en Occident : un certain désengagement face à l’urgence climatique. La question qui reste pour ses successeurs est lourde de sens : l’environnement sera-t-il enfin vu comme un moteur de développement, ou continuera-t-on de le percevoir comme un frein agaçant à la croissance du PIB ?
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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