Rire pour mieux pleurer : Gabriel Morin brise le silence sur le suicide avec une humanité désarmante
Mathieu Gagnon - 2026-01-16 11:11
credit : lemorning.ca (image IA)
Une pièce nécessaire au Théâtre Denise-Pelletier

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On dit souvent que le temps apaise les blessures, mais il faut parfois un sacré courage pour rouvrir certaines portes. Dix-sept ans… C’est le temps qu’il a fallu au comédien et dramaturge Gabriel Morin pour trouver la force, et surtout les mots justes, afin de parler du départ de son frère. Son frère qui s’est enlevé la vie.
C’est un sujet lourd, on ne va pas se le cacher. Pourtant, Gabriel a décidé d’en faire quelque chose de lumineux avec sa pièce Merci d’être venus. Actuellement à l’affiche à la Salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier à Montréal, et ce jusqu’au 31 janvier, cette œuvre n’est pas qu’une pièce de théâtre. C’est un mélange. Un peu d’autofiction, un peu de monologue, un peu de conférence… c’est difficile à classer, mais c’est fait pour briser ce tabou tenace qui entoure le suicide.
L’objectif ? Raconter ce que vivent ceux qui restent. Sans voyeurisme, sans tomber dans le sensationnalisme facile. Juste la vérité crue : l’impuissance, la colère, l’incompréhension et cette tristesse infinie. Gabriel Morin l’explique mieux que personne : il voulait rendre visible le vécu des endeuillés, parce que ces émotions contradictoires, il ne les voyait nulle part, ni à la télé, ni sur scène.
Entre rires et larmes : l’art de dédramatiser l’insoutenable

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Je sais ce que vous pensez. Une heure et demie sur le suicide ? Ça peut faire peur, ça peut même rebuter. Et pourtant… C’est là toute la magie de ce spectacle. Gabriel Morin est là, sur scène, vêtu de noir, à côté de l’urne funéraire de son frère. L’image est forte. Mais voilà que l’urne se transforme soudainement en… jarre à biscuits. Oui, vous avez bien lu.
Et ce n’est pas tout. On entend même la chanson Le petit chihuahua de François Pérusse. C’est surprenant, non ? « Oui, mon frère s’est enlevé la vie et c’est triste », confie l’acteur, « mais à la base, je suis une personne qui aime beaucoup rire ». Ces touches d’humour ne sont pas là par hasard ou pour manquer de respect, bien au contraire. Elles sont là pour nous donner de l’air.
Gabriel le dit très bien : chaque rire est gagné, c’est comme une bouée de sauvetage. Quand la tension monte, quand l’émotion devient trop vive, une blague permet au public de reprendre son souffle avant de replonger. C’est une danse délicate entre la douleur et la joie de vivre, une façon d’atténuer la tension dans une société qui, soyons honnêtes, a souvent peur de regarder la mort en face.
Transformer la souffrance en force : un héritage familial

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Il lui aura fallu plus de 15 ans. Écrire ça deux ans après le drame ? Impossible, impensable. Gabriel se souvient des mots d’un autre comédien qui l’avait aidé à préparer une audition pour un rôle de prêtre suicidaire — ironie du sort, n’est-ce pas ? Cet homme avait comparé ce travail émotionnel à l’entraînement au gym. Au début, c’est dur, ça demande un effort colossal, mais à force de tractions, le muscle se développe.
C’est exactement ce qui s’est passé pour Gabriel. « Ma souffrance a été utile », souligne-t-il avec une sérénité touchante. Aller toucher cette vulnérabilité soir après soir, c’est devenu sa force. Et cette force, il en a besoin, car l’histoire de sa famille est marquée par d’autres suicides, à des époques où on ne parlait pas de santé mentale, où les mots manquaient cruellement.
Avec Merci d’être venus, il a l’impression de porter un flambeau. Il fait le travail que les générations précédentes n’ont pas pu faire. Son espoir est simple, mais puissant : si lui est capable d’en parler pendant 90 minutes sur une scène, peut-être que les gens dans la salle pourront enfin en parler, ne serait-ce que cinq minutes, autour de la table du souper. Juste briser le silence.
Sécurité et bienveillance : une tournée sous haute protection

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Parler du suicide, c’est protecteur, mais ça reste délicat. Ça peut remuer des choses, fragiliser certaines personnes. C’est pourquoi la pièce est présentée en partenariat avec l’Association québécoise de la prévention du suicide. Ce n’est pas un détail technique, c’est le cœur du dispositif : à chaque représentation, un intervenant spécialisé est présent dans la salle.
Pour Gabriel Morin, c’est non négociable : « S’il n’y a pas d’intervenant, il n’y a pas de spectacle ». C’est une sécurité pour le public, mais aussi pour lui. Parfois, l’intervenant monte même sur scène pour échanger. L’idée est géniale : montrer que derrière un « centre de prévention », il n’y a pas un bâtiment gris et austère, mais des humains, chaleureux, prêts à écouter.
Après Montréal, la pièce prendra la route. En février, elle visitera Val-d’Or, Amos, Rouyn-Noranda et Ville-Marie, avant de s’arrêter en mars à Joliette et Drummondville. C’est une mission qui dépasse le théâtre.
Si jamais ces lignes ou ce sujet vous touchent, ou si vous vous inquiétez pour un proche, sachez que de l’aide existe, vraiment. Des intervenants sont là en tout temps :
- Par téléphone : 1 866 APPELLE (1 866 277-3553)
- Par texto : 535353
- Par clavardage : suicide.ca
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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