16 ans après le séisme en Haïti : quand la terre tremble, les souvenirs restent à vif
Mathieu Gagnon - 2026-01-12 11:01
credit : lemorning.ca (image IA)
Une cicatrice qui ne se referme jamais vraiment

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C’est une date qui revient, inlassablement, comme pour nous rappeler notre fragilité. Aujourd’hui, cela fait exactement 16 ans que le sol s’est dérobé sous les pieds d’Haïti en 2010. Pour beaucoup, ce n’est pas juste une page du calendrier qu’on tourne, c’est une mémoire vive, presque physique. Cette commémoration réveille forcément des douleurs enfouies, non seulement pour ceux qui ont vécu l’enfer de Port-au-Prince, mais aussi pour ceux marqués par d’autres tragédies sismiques, que ce soit au Maroc, en Turquie ou au Japon. De Sudbury jusqu’à Tokyo, des survivants brisent le silence pour raconter ce traumatisme qui colle à la peau, tout en célébrant cette incroyable capacité humaine à se relever, malgré tout.
Prenons l’exemple de Patrice St-Vil, un résidant de Sudbury. Au moment du drame, il était juste à côté, en République dominicaine, alors qu’il étudiait la physiothérapie. Sa famille ? Elle était là-bas, en Haïti. On imagine l’angoisse… Il confie avec un regret palpable : « Si j’étais là, c’est sûr j’allais apporter mon aide par rapport à ma capacité physique, mes connaissances ». Seize ans plus tard, la tristesse est toujours là, intacte, surtout quand il évoque la mort d’un jeune footballeur de son quartier dont la famille parle encore aujourd’hui.
Et puis, il y a ceux qui l’ont vécu dans leur chair, comme Michelet Joseph, d’Ottawa. Il n’avait que 17 ans. Pour lui, ce n’est pas un simple souvenir, c’est une « cicatrice dans l’âme et dans le cœur ». Il se rappelle avoir vacillé entre quatre murs, manquant de tomber dans les escaliers. C’est une cicatrice éternelle, dit-il, pointant du doigt les failles sociales qui ont, selon lui, alourdi le bilan. Même son de cloche pour Jean Paul Joseph, de Montréal, qui se trouvait à Cange. Sa maison familiale a été complètement détruite. Il avoue que c’est l’événement le plus traumatisant de sa vie : « On revit ces émotions-là » lors des conversations en famille, comme si le temps s’était figé sur ces ruines.
L’angoisse de la distance et la terreur du Maroc

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Il y a aussi cette douleur particulière, celle d’être loin quand tout s’effondre. Le séisme d’Al Haouz au Maroc, survenu en septembre 2023, est encore douloureusement frais dans les mémoires de la diaspora. À Toronto, Younes Labbar s’est retrouvé rongé par l’inquiétude pour ses parents âgés restés à Marrakech. C’est terrible, ce sentiment d’impuissance. « Je ne pouvais ni les guider ni les protéger… j’étais réduit à attendre », raconte-t-il, évoquant une culpabilité qui ne dit pas son nom. On se sent inutile, je suppose.
Pour Samir El Aker, qui vit à Hamilton, la réalité l’a frappé de plein fouet alors qu’il était en route vers l’aéroport de Casablanca. En voyant l’armée se diriger vers Marrakech, il a eu un déclic effrayant : « Alors je dis : oh, c’est sérieux ». Chaque année, surtout en septembre, ça lui revient en mémoire. « Ça reste », glisse-t-il sobrement.
Et ceux qui étaient sur place ? Ilham Bouchgourn, de Toronto, était là-bas avec son fils. La peur… elle la décrit comme la sensation que la mort était « très proche ». Son réflexe a été purement maternel : « Je l’ai pris très fort dans mes bras… j’ai commencé à prier ». Pendant des semaines après le choc, le moindre bruit la faisait sursauter, la replongeant instantanément dans l’horreur. Heureusement, au milieu du chaos, l’humain reprend ses droits. Younes Labbar tient à souligner cette culture de l’entraide marocaine : « Même face à une catastrophe, on ne laisse pas quelqu’un seul ».
Japon, Turquie et le bilan implacable des chiffres

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Si la peur est universelle, la préparation, elle, est culturelle. Au Japon, c’est presque une seconde nature. Akiko Takahashi, de Toronto, nous explique que la sécurité est une norme sociale apprise dès l’enfance. Sa mère a toujours un sac d’urgence prêt à l’emploi. « Des annonces arrivent très vite dans toutes les plateformes média », précise-t-elle, ce qui permet aux gens de décider en une fraction de seconde s’il faut évacuer. Yoko Hirota, qui partage sa vie entre Sudbury et Kobe, renouvelle ses provisions chaque année et connaît par cœur les refuges.
Mais parfois, même la préparation ne suffit pas face au choc visuel. Amy Nault, résidente de Sudbury et témoin du tsunami de 2011, a vu Tokyo se transformer. Elle raconte avoir vu cette ville, d’habitude si bruyante et lumineuse, devenir calme, sombre, à la lumière tamisée. « J’ai réalisé à quel point une société entière peut changer soudainement », confie-t-elle, marquée aussi par l’accident nucléaire. En Turquie, c’est le même traumatisme persistant pour Seyma Pinar Uslu, de Sudbury. Elle a vu des bâtiments s’effondrer et un cadavre dans la mer de Marmara lors du séisme de 1999 à Istanbul. Pour elle, la guérison semble impossible, d’autant que le séisme de 2023 a ravivé ses angoisses : la maison de sa tante s’est effondrée. Elle vit désormais avec une anxiété constante lors de ses visites.
D’un point de vue plus technique, la Terre ne s’arrête jamais vraiment de bouger. Michal Kolaj, sismologue à Ressources naturelles Canada, nous livre un bilan pour l’année 2025 qui force à la réflexion. Selon lui, 16 séismes de magnitude 7 ou plus ont été enregistrés cette année-là. Le plus violent ? Un monstre de magnitude 8,8 qui a frappé le Kamchatka, en Extrême-Orient russe. Au Canada, la secousse la plus forte a été mesurée à 4,7 à Sechelt, en Colombie-Britannique, au mois de février. M. Kolaj précise aussi que 24 événements ont été classés « jaunes » et 7 « rouges », ce dernier niveau indiquant des risques graves de dommages et de décès. Il note d’ailleurs que si les microséismes de magnitude 1 sont détectés par le réseau, ceux qui surviennent loin des stations peuvent passer inaperçus, sans pour autant présenter de danger.
Conclusion : Parler pour ne pas oublier

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Au final, que reste-t-il après la poussière et les débris ? La mémoire. C’est peut-être notre outil le plus précieux. Ces témoignages, aussi douloureux soient-ils, sont nécessaires. Comme l’explique très justement Nafissa Ismail, professeure à l’École de psychologie de l’Université d’Ottawa et titulaire de la chaire de recherche sur le stress, partager ces souvenirs peut être transformateur.
« Ça fait du bien d’avoir cette reconnaissance qu’on a vécu un traumatisme important », analyse-t-elle. Se remémorer ces événements ensemble, c’est réaliser qu’on n’est pas seul à avoir traversé l’enfer. Elle insiste sur un point crucial : avoir des séquelles à long terme ne fait pas de nous des personnes faibles. « Ça nous permet aussi en quelque sorte de guérir de tout ça », conclut-elle. Respecter son propre rythme de guérison, c’est peut-être là que commence la véritable reconstruction.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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