Nouveau guide alimentaire aux États-Unis : un bond de 25 ans en arrière qui inquiète nos experts
Simon Kabbaj - 2026-01-11 10:33
credit : lemorning.ca (image IA)
Un « guide spectacle » qui fait sourciller

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C’est une nouvelle qui a fait l’effet d’une bombe cette semaine, et franchement, il y a de quoi être perplexe. Le secrétaire à la Santé des États-Unis, Robert F. Kennedy Jr., a décidé de jeter un véritable pavé dans la mare en dévoilant les nouvelles recommandations alimentaires américaines. Son mot d’ordre ? « Mangez de vrais aliments ». Jusque-là, ça sonne bien, n’est-ce pas ? Sauf que ces directives, qui vont influencer ce qu’on sert dans les écoles, les hôpitaux, les prisons et les programmes d’aide pour les cinq prochaines années, semblent sortir d’une autre époque.
Dès qu’on ouvre le document, on tombe sur une image qui choque un peu par rapport à ce qu’on connaît ici au Canada : une pyramide inversée. Et devinez ce qui trône tout en haut, en majesté ? Des dessins de côte de bœuf, de fromage, de poulet et de cartons de lait. Les grains entiers, eux, sont relégués tout en bas. C’est le monde à l’envers.
La nutritionniste Stéphanie Côté n’y est pas allée par quatre chemins pour décrire ça. Pour elle, c’est « spectaculaire », mais pas dans le bon sens du terme. Elle confie avoir eu l’impression de faire un bond de 25 ans en arrière en voyant réapparaître cette fameuse pyramide. Visuellement, on sait pourtant depuis longtemps que ce n’est pas ce qui aide les gens à savoir quoi mettre concrètement dans leur assiette. À son avis, on est face à un « guide spectacle », un document plus idéologique que scientifique. En fouillant un peu les recommandations de l’équipe Trump, on réalise vite que la science a été laissée au vestiaire. On dirait bien que les idéologies personnelles ont pris le pas sur des décennies de preuves scientifiques accumulées.
Le grand retour de la viande rouge et l’obsession des protéines

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Tenez-vous bien, car c’est là que le bât blesse le plus. Après des années à nous dire, à juste titre, de limiter la viande rouge, voilà que nos voisins du Sud sont encouragés à en manger de bon cœur. Le document va même jusqu’à suggérer de cuisiner avec du beurre ou du suif de bœuf ! Et ce, malgré l’absence totale de preuves scientifiques pour appuyer ces conseils d’un autre temps.
Le cardiologue Martin Juneau, de l’Institut de cardiologie de Montréal, trouve ça complètement « aberrant ». Ça fait plus d’une quinzaine d’années qu’on sait qu’il vaut mieux y aller mollo sur le bœuf. Pourquoi ? Parce qu’une consommation élevée est associée à une hausse significative des maladies cardiovasculaires, qui restent, rappelons-le, la première cause de décès dans le monde selon l’OMS. Le Dr Juneau explique que les protéines animales contiennent des acides aminés pro-inflammatoires favorisant l’athérosclérose, le vieillissement cellulaire et même certains cancers.
Et je ne vous parle même pas de l’environnement… ou plutôt si, parlons-en. L’élevage pèse pour environ 14,5 % des gaz à effet de serre liés aux humains. La nutritionniste Catherine Lefebvre le soulignait samedi à l’émission Les faits d’abord : si on regarde les données du GIEC, on est à l’opposé total de ces nouvelles directives américaines. Partout dans le monde, en Asie ou en Afrique, on n’exclut pas la viande, mais là, les Américains sont complètement ailleurs.
Ce nouveau guide s’inscrit dans la mouvance « Make America Healthy Again » (MAHA) de M. Kennedy. L’idée fixe ? Les protéines. On recommande désormais d’en avaler entre 1,2 et 1,6 gramme par kilo de poids corporel chaque jour. C’est une hausse énorme par rapport à avant. Pour le Dr Juneau, le gouvernement s’attaque à un problème imaginaire. Vous serez peut-être surpris, mais la plupart des Nord-Américains, nous inclus, mangent déjà trop de protéines. Environ 25 % des Canadiens consomment même le double de la dose recommandée ! De plus, ce guide ne fait aucune distinction entre protéines animales et végétales. Stéphanie Côté rappelle pourtant que les protéines végétales, avec leurs précieuses fibres alimentaires, manquent cruellement dans nos assiettes.
La guerre au « tout-préparé » et la réalité du portefeuille

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Bon, il ne faut pas être de mauvaise foi, tout n’est pas à jeter. Il y a un point sur lequel l’administration américaine n’a pas tout faux, c’est sa lutte contre les aliments ultratransformés. Robert F. Kennedy Jr. promettait de les combattre, et le document recommande effectivement d’éviter tout ce qui est hautement transformé, emballé, trop salé ou sucré, comme les chips, les biscuits et les bonbons.
L’Association médicale américaine a d’ailleurs salué ces passages, affirmant que l’alimentation est un remède. Le Dr Juneau précise que ce n’est pas juste une histoire de sel ou de sucre : il y a tous ces additifs, les émulsifiants et édulcorants qui abîment notre microbiome. Les chiffres font peur : aux États-Unis, ces produits représentaient 53 % des calories consommées par les adultes entre août 2021 et 2023. Chez nous, au Canada, on était à 46 % de l’apport énergétique quotidien selon des données de 2015.
Cependant, Catherine Lefebvre soulève un point très juste : il y a une déconnexion entre ce discours et la réalité des gens. C’est bien beau de dire de manger des « vrais aliments », mais ce n’est pas accessible à tous. Quand on voit les données sur l’insécurité alimentaire… ça ne va pas bien. Il faut avoir le temps de cuisiner, il faut être équipé. Si vous cumulez deux emplois à temps plein juste pour joindre les deux bouts, le temps de mijoter des petits plats, il ne reste plus grand-chose, n’est-ce pas ?
Conclusion : Faut-il craindre une contagion au Canada ?

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Avec tout ça, on peut légitimement se demander : est-ce que ces recommandations américaines vont déteindre sur nous ? Historiquement, ce qui se passe chez nos voisins finit souvent par traverser la frontière. Mais Stéphanie Côté se veut rassurante : elle n’a pas l’impression que ça arrivera cette fois. Notre Guide alimentaire canadien, revu en 2019, a complètement écarté les lobbys pour se baser uniquement sur les découvertes scientifiques récentes.
Le Dr Martin Juneau est du même avis, mais il garde un œil inquiet sur un autre vecteur d’influence : les réseaux sociaux. Il observe un mouvement lié au masculinisme qui encourage les jeunes hommes à se gaver de viande pour « être un vrai homme » et avoir des muscles. C’est une aberration totale, martèle-t-il, rappelant qu’on peut très bien faire de la musculation et gagner des concours en étant végane. Le risque, c’est que ces nouvelles directives américaines confortent cette frange de la population dans leurs croyances. Mais à part eux, l’impact au Canada devrait rester limité. Espérons-le, du moins.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.