Dette d’Haïti : quand le passé colonial de la France refait surface, 200 ans plus tard
Adam David - 2026-01-11 10:37
credit : lemorning.ca (image IA)
Une manifestation parisienne chargée d’histoire et d’inquiétude

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C’était un samedi après-midi, près du parc Monceau à Paris. Si vous étiez dans le coin, vous avez sûrement remarqué ces drapeaux bleu et rouge qui flottaient au vent. C’étaient ceux d’Haïti. Quelques dizaines de membres de la diaspora haïtienne vivant en France s’y étaient donné rendez-vous. L’ambiance était… comment dire… lourde de sens. Ils étaient là pour exprimer une inquiétude viscérale, celle concernant la sécurité de leurs proches restés au pays, un pays qui, comme vous le savez peut-être, est en partie sous le contrôle de gangs criminels.
Une manifestante racontait d’ailleurs quelque chose qui vous glace le sang : « Le matin, dès qu’on se réveille, la première chose à faire, c’était de regarder si on n’a pas un message annonçant que quelqu’un a été tué par balle ». Terrible routine, n’est-ce pas ? Mais attention, il ne faudrait pas croire que les gangs expliquent tout. Loin de là. Un autre manifestant a tenu à rappeler une vérité souvent oubliée. Il pointait du doigt la responsabilité de la classe politique haïtienne, certes, mais surtout celle de l’ancienne puissance coloniale : la France.
Pour lui, c’est clair comme de l’eau de roche : « C’est un acte qui a de longues conséquences sur la situation financière du pays ». Il parlait, bien entendu, de cette dette colossale imposée par Paris à Port-au-Prince il y a deux siècles. Une histoire vieille de 200 ans qui, je pense, hante encore les mémoires.
1825 : L’année où tout a basculé avec la « double dette »
Faisons un petit saut dans le passé, si vous le voulez bien. Nous sommes en 1825. Sous les ordres du roi Charles X, pas moins de douze navires de guerre français viennent jeter l’ancre près de Port-au-Prince. L’objectif ? Mettre la pression, littéralement, sur la jeune république haïtienne qui avait arraché son indépendance en 1804. La France voulait être dédommagée, ainsi que les anciens propriétaires d’esclaves chassés par la révolte. On marche sur la tête, non ?
Paris exige alors la somme astronomique de 150 millions de francs-or. Pour vous donner une idée, ça équivaut à plusieurs milliards d’euros d’aujourd’hui. Même si la somme a été réduite à 90 millions quelques décennies plus tard, c’était un fardeau gigantesque pour une si jeune nation. Et c’est là que le terme « double dette » prend tout son sens : pour rembourser, Haïti a dû emprunter… à des banques françaises ! Incroyable mais vrai, le pays a payé jusqu’en 1947. Cet argent a même servi, indirectement, à financer de grands projets chez nous, comme le chantier de notre iconique tour Eiffel.
Jean-Marc Ayrault, l’ancien premier ministre français et actuel président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, ne mâche pas ses mots. Pour lui, « c’est une histoire qui est quand même très peu glorieuse ». Il parle d’humiliation, du fait de sacrifier les capacités d’un peuple à se développer. Il avoue même que c’était tellement « infâme » que la classe politique française a préféré enfouir ça dans l’histoire, un peu comme on cache la poussière sous le tapis.
Un devoir de mémoire et une prise de conscience tardive

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Heureusement, les choses bougent, doucement. En juin 2025, la structure présidée par Jean-Marc Ayrault a organisé un concours d’éloquence sur ce thème précis. La question posée aux participants était directe : « La France doit-elle quelque chose à Haïti ? ». Salem, l’un des participants, confiait qu’il n’avait jamais entendu parler de ça sur les bancs de l’école. Il estime qu’il y a un « devoir de justice » pour ne pas ignorer ce morceau de l’histoire de France.
C’est un sentiment partagé par Ruth Pierre, une entrepreneure française d’origine haïtienne. Elle aussi déplore ce vide dans le cursus scolaire. Elle n’a appris les détails de cette « double dette » qu’en 2019, lors d’un voyage en Haïti et via la diaspora. « Comment on a pu accepter de payer ça ? Pourquoi la France n’en parle pas ? », s’insurge-t-elle. Et pourtant, ce n’est pas faute de preuves ! Frantz Voltaire, qui préside le CIDIHCA (Centre international de documentation et d’information haïtienne, caribéenne et afro-canadienne), le confirme : les rapports existent.
Dans ses locaux du Vieux-Montréal, il possède des documents numérisés montrant les demandes de dédommagement des anciens propriétaires d’esclaves. Son équipe a d’ailleurs aidé à la recherche pour de grands projets journalistiques, comme un long article du New York Times en 2022 et un documentaire français. Comme le dit M. Voltaire, il fallait que ce soit « publicisé », car le grand public français n’est pas vraiment au courant. Ce n’est pas vraiment sa « tasse de thé », je suppose.
Conclusion : Entre reconnaissance politique et débat sur les réparations

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Tous ces efforts ont fini par payer, semble-t-il. Le 5 juin 2025, les députés de l’Assemblée nationale ont adopté une résolution demandant la reconnaissance officielle de cette injustice liée à l’ordonnance du 17 avril 1825. Ruth Pierre, présente ce jour-là, se souvient : « J’en ai pleuré ». La résolution suggère aussi d’étudier le remboursement. Ce n’est pas nouveau, le président Aristide l’avait déjà réclamé en 2003. Mais attention, le sujet divise. Le député du Rassemblement national, Emeric Salmon, y voit un risque de « précédents dangereux » pour l’équilibre mondial.
Ruth Pierre, elle, reste pragmatique. Elle ne demande pas forcément un « chèque en blanc », ce qui serait peut-être inconsidéré vu la situation. Elle pense plutôt à des projets d’infrastructures sanitaires ou éducatives, portés par des acteurs locaux. De son côté, Emmanuel Macron a annoncé le 17 avril 2025, pour le 200e anniversaire, une commission mixte franco-haïtienne pour bâtir une relation renouvelée. Comme le conclut Jean-Marc Ayrault, Haïti est un symbole pour les peuples opprimés. Le message de la France est écouté partout, en Afrique comme en Amérique.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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