Manifestations à Minneapolis après la mort d’une femme tuée par la police de l’immigration
Adam David - 2026-01-09 11:14
credit : lemorning.ca (image IA)
Une mort tragique qui enflamme l’Amérique
Les États-Unis sont à nouveau secoués par la mort d’une personne lors d’une intervention policière, et ce sentiment, hélas, commence à devenir terriblement familier. Cette fois, c’est à Minneapolis, la ville où George Floyd avait été tué, que la tragédie s’est produite. Renee Nicole Good, une Américaine de 37 ans et mère de trois enfants, a été abattue mercredi matin, le 8 janvier 2026, par des agents de la police de l’immigration, l’ICE. Je dois dire, c’est une histoire qui fait froid dans le dos. La Maison-Blanche parle de « légitime défense », mais sur le terrain, des milliers de personnes, jeudi, ont manifesté leur colère et leur incompréhension. C’est comme si on rejouait un mauvais film, avec les mêmes tensions, les mêmes discours qui s’opposent. Et comme pour jeter de l’huile sur le feu, un incident séparé à Portland, dans l’Oregon, où deux personnes ont été blessées par des tirs de la police aux frontières, est venu rappeler à quel point le climat est tendu.
Deux versions de la vérité qui s’affrontent
Alors, que s’est-il passé exactement ? La version officielle, martelée par l’administration Trump, est claire. Le vice-président J.D. Vance s’est exprimé jeudi avec force à la Maison-Blanche. Il a défendu l’agent, affirmant qu’il a agi pour protéger sa vie et celle de ses collègues alors que la conductrice tentait de les renverser avec son VUS. C’est le récit qu’on nous sert. Mais à Minneapolis, personne n’y croit, ou du moins, pas les élus démocrates locaux. Le maire, Jacob Frey, n’a pas mâché ses mots, qualifiant cette version de « conneries ». Ils s’appuient sur des vidéos filmées par des témoins, montrant la scène sous plusieurs angles.
Ces images, racontées par les journalistes, montreraient le VUS de Renee Nicole Good bloquant le passage d’un convoi de l’ICE. Des agents demandent à la femme de sortir du véhicule. L’un d’eux tente même d’ouvrir la portière. Puis, alors que la voiture redémarre, semble-t-il pour s’éloigner, un policier placé à l’avant-gauche du véhicule ouvre le feu à plusieurs reprises. C’est un détail crucial. La voiture s’éloigne-t-elle ou fonce-t-elle sur les agents ? C’est toute la question. Le FBI a pris la main sur l’enquête, ce qui est peut-être une bonne chose pour tenter d’y voir plus clair.
Et puis il y a l’autre affaire, à Portland. Le département de la Sécurité intérieure affirme que lors d’un contrôle, les deux occupants d’une voiture, dont un passager présenté comme un sans-papiers vénézuélien lié au gang Tren de Aragua, ont tenté de rouler sur les policiers, qui ont répliqué. La gouverneure démocrate de l’Oregon, Tina Kotek, s’est dite très inquiète et a demandé une enquête approfondie sur cet usage de la force. L’administration fédérale a fourni un récit similaire à celui de Minneapolis, comme un mantra qui se répète.
Manifestations, colère et un climat de peur palpable

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Sur le terrain, la réaction n’a pas tardé. Dès jeudi, des milliers de personnes se sont rassemblées à Minneapolis
À Minneapolis, ça n’a pas été sans heurts. Devant un bâtiment fédéral, des affrontements entre protestataires et policiers ont conduit à plusieurs arrestations. Mais il y a aussi eu des moments de recueillement très forts, très émouvants. Sur les lieux mêmes des tirs, un mémorial improvisé a été dressé sur la neige: des bougies, des dizaines de bouquets de fleurs. Une affiche discrète, écrite à l’encre verte, disait : « La haine ne nous rend pas grands. » Des photos de Renee Nicole Good, cette mère blonde et souriante, ont été collées dans les rues avec l’inscription « Assassinée par ICE ». Une cagnotte pour soutenir sa famille a déjà dépassé le million de dollars, vous imaginez ?
Ce qui est frappant, c’est le climat de peur que ces opérations de l’ICE instillent, même chez les citoyens américains. Abdinasir Abdullahi, 38 ans, d’origine éthiopienne et Américain depuis quinze ans, a raconté à l’AFP qu’il ne sort plus sans son passeport. « Ils ne me croient pas si je dis que je suis Américain. Ils ne veulent pas vous croire », confie-t-il. Shanda Copeland, 62 ans, manifestante à Minneapolis, résume bien le sentiment : « Ça ne peut plus continuer ainsi. Je ne peux pas rester chez moi à regarder sans rien faire. » C’est tout un pays qui semble à bout.
Pendant ce temps, à Washington, la Maison-Blanche contre-attaque sur le plan politique. Elle a dénoncé un « mouvement de gauche dangereux » qui mènerait, selon elle, un assaut organisé à travers le pays contre les forces de l’ordre. Le fossé se creuse un peu plus.
Conclusion : Une ville marquée et une question qui persiste

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Le parallèle avec le passé est inévitable et pèse lourd. La mort de Renee Nicole Good s’est produite à moins de deux kilomètres de l’endroit où George Floyd a été tué en 2020. Ce détail, à lui seul, en dit long sur les plaies qui ne se sont jamais refermées à Minneapolis et dans tout le pays. L’incident de mercredi s’est déroulé alors que l’ICE menait une vaste série d’opérations, et cela soulève des questions sur leurs méthodes. On apprend d’ailleurs que ces derniers mois, plusieurs personnes sont mortes, souvent accidentellement, en fuyant des contrôles de l’ICE, et que des agents ont déjà tiré sur des conducteurs, faisant au moins un mort à Chicago en septembre dernier.
Alors, meurtre ou légitime défense ? La réponse n’appartient pas aux commentateurs, mais aux enquêteurs du FBI. Ce qui est certain, c’est que ces événements révèlent une Amérique profondément divisée, où la confiance entre une partie de la population et les forces de l’ordre fédérales est plus que rompue. Les manifestations de jeudi ne sont probablement qu’un début. On a l’impression d’assister à un nouveau chapitre douloureux d’une histoire qui se répète, avec les mêmes ingrédients : une mort, deux vérités, et une nation qui ne sait plus comment se regarder en face.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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