L’ICE, ce bras armé de la politique migratoire de Trump sous les projecteurs
Mathieu Gagnon - 2026-01-09 11:32
credit : lemorning.ca (image IA)
Une agence au cœur du tumulte

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C’est une histoire qui a malheureusement pris un tour tragique. Après le décès d’une citoyenne américaine, abattue mercredi par un agent de la police fédérale de l’immigration, l’ICE, dans une rue de Minneapolis, tout le monde se demande : mais c’est quoi, au juste, cette agence ?
Les projecteurs sont braqués sur elle depuis un bon moment déjà, surtout depuis le retour au pouvoir de Donald Trump. Le département de la Sécurité intérieure, lui, parle d’un « acte de légitime défense ». Une version que le maire de Minneapolis contredit, et pas qu’un peu. On sent que les esprits s’échauffent.
Alors voilà, pour y voir plus clair, plongeons-nous dans les rouages de cette organisation, devenue le partenaire majeur de l’ancien, et actuel, président pour faire appliquer ses politiques migratoires, souvent décrites comme très musclées. Un budget record, un recrutement intensif, des expulsions massives, des publicités chocs… le tableau est complet, et il mérite qu’on s’y attarde.
Les fondements de l’ICE : créée après le 11 septembre, armée par Trump

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Alors, l’ICE, c’est l’acronyme d’« Immigration and Customs Enforcement ». En français, on dirait la police fédérale de l’immigration aux États-Unis. Beaucoup pensent que c’est une invention de Donald Trump, mais ce n’est pas le cas. Pour être tout à fait précis, elle a été créée dans la foulée des attaques du 11 septembre 2001. Ça remonte.
Elle dépend du département de la Sécurité intérieure, au même titre que les agents frontaliers qui surveillent les frontières avec le Mexique et le Canada. Mais sa mission est différente. L’ICE, elle, s’occupe de l’intérieur du pays. Son boulot ? Faire appliquer les lois sur l’immigration, ce qui signifie arrêter et expulser les personnes qui n’ont plus de statut légal sur le territoire américain.
Donald Trump, lui, en a fait son bras armé. Dès sa campagne, il promettait la plus grande opération d’expulsion de l’histoire des États-Unis. Et il a tenu parole, ou du moins, il a essayé de s’en donner les moyens. Avec une loi budgétaire adoptée en juillet 2025, le One Big Beautiful Act, il a carrément triplé le budget de l’ICE.
On parle de chiffres qui donnent le tournis. Un budget annuel d’environ 10 milliards de dollars américains, auquel s’ajoutent des fonds supplémentaires colossaux de 75 milliards sur 4 ans. Cet argent sert notamment à construire de nouveaux centres de détention et à intensifier les opérations d’expulsion. Avec ce pactole, l’ICE est devenue la première force de police fédérale du pays, son budget dépassant même largement celui du célèbre FBI. C’est dire l’importance qu’on lui donne.
L’impact sur le terrain : qui est visé et des méthodes controversées

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Mais alors, qui est vraiment dans le collimateur ? Tessa Petit, directrice de FLIC, une coalition floridienne d’une centaine d’organisations, est assez claire là-dessus. « Ils s’attaquent à tous les immigrants et particulièrement aux immigrants latinos et aux immigrants noirs », estime-t-elle. Elle ajoute, et c’est une phrase qui frappe : « Leur but n’est pas vraiment d’expulser les criminels, mais d’expulser tous les immigrants. » Un point de vue qui, bien sûr, n’est pas partagé par l’administration.
Dans les faits, l’administration Trump a mis fin à plusieurs programmes protecteurs. Le statut de protection temporaire (TPS) de centaines de milliers de personnes a été révoqué. Par exemple, près d’un demi-million d’Haïtiens pourraient devoir quitter les États-Unis d’ici le 3 février prochain. Quelque 300 000 Vénézuéliens ont, eux, perdu leur statut légal le 3 octobre 2025.
Et ce n’est pas tout. Le « visa Biden », une mesure phare de l’ancien président démocrate, a été jeté à la poubelle l’an passé. Ce programme avait permis à environ 530 000 personnes originaires de Cuba, d’Haïti, du Nicaragua et du Venezuela d’obtenir un permis de travail. Du jour au lendemain, ils sont devenus « indésirables ». Vous imaginez le climat de peur que ça crée ? Des familles entières vivent recluses, cachées, par crainte d’être interceptées.
Et les chiffres des expulsions sont vertigineux. L’administration se vante d’avoir forcé le départ de plus de 2,5 millions d’étrangers en situation irrégulière. Sur un an seulement, plus de 605 000 personnes ont été expulsées, selon le département de la Sécurité intérieure, qui affirme cibler « les plus dangereux des criminels ». Mais Tessa Petit conteste ça aussi, en disant que la grande majorité des personnes arrêtées ne sont pas des criminels.
Près de 1,9 million d’autres ont « volontairement » quitté le pays depuis janvier 2025. Pour les y encourager, l’équipe Trump a créé une application, CBP Home1000 dollars américains (près de 1400 dollars canadiens). Le message est sans équivoque : « partez maintenant ou vous en subirez les conséquences ».
Les rafles se multiplient dans les grandes villes. À Minneapolis, l’opération Metro Surge au début de janvier a mené à l’arrestation de plus de 1500 étrangers, dit l’ICE, dont des meurtriers, des pédophiles, des violeurs. Des opérations similaires ont eu lieu à Chicago, Los Angeles, New York, Miami, Charlotte, Atlanta… Les arrestations peuvent survenir partout : lors d’un contrôle routier, à l’hôpital, sur un chantier, dans un centre commercial. Les agents, souvent cagoulés et masqués, opèrent avec des véhicules banalisés, et leurs interventions, parfois brutales, font le tour des réseaux sociaux.
La machine de propagande et de recrutement
Pour soutenir cette politique, l’administration a lancé une véritable campagne de relations publiques, un peu écrasante même. Le gouverneur du Minnesota a d’ailleurs invité la population à ne pas adhérer à cette « propagande ». De quoi parle-t-il ?
Depuis des mois, des publicités chocs passent en boucle à la radio et à la télévision, de San Diego à Miami. On y entend Kristi Noem, la responsable du département de la Sécurité intérieure, menacer carrément les migrants et les travailleurs au noir : « Si vous travaillez ici illégalement, vous serez les prochains [à être arrêtés]. » Le message est limpide, et répété : « On va vous trouver et vous expulser. »
Mais ça ne s’arrête pas aux médias traditionnels. Les réseaux sociaux sont inondés d’images générées par intelligence artificielle. Des agents habillés en soldats du Moyen Âge avec une épée, avec la mention « Les ennemis sont à nos portes ». Des alligators avec une casquette de l’ICE, en référence au centre de détention controversé Alligator Alcatraz, construit à toute vitesse au milieu des Everglades en Floride. Ils n’hésitent même pas à utiliser l’image de Mel Gibson dans le film *The Patriot*, courant avec un drapeau américain et l’inscription « Renvoyez-les chez eux ». C’est du gros œuvre.
Et pour faire tourner cette machine, il faut des bras. Beaucoup de bras. Depuis 2025, l’administration a mené une intense campagne de recrutement pour engager 10 000 nouveaux agents en un an. Mission accomplie, apparemment. Un communiqué du début de janvier annonce que l’ICE a augmenté ses effectifs de 120 %, passant de 10 000 à 22 000 agents à l’échelle nationale.
Pour attirer ces 12 000 recrues50 000 dollars américains (plus de 69 000 $ CA) et même un remboursement du prêt étudiant pouvant aller jusqu’à 60 000 dollars (plus de 83 000 $ CA). Les critères ? Pas trop restrictifs : aucun diplôme universitaire de premier cycle n’est requis. Par contre, on prévient : le métier comporte « un certain niveau de risque ».
L’avocat en immigration Mark Hamburger, installé en Floride, résume l’ambiance d’un ton plutôt pessimiste : « Les prochaines années seront difficiles pour les immigrants. Malheureusement, toutes les lois sont en train d’être changées pour favoriser cette administration. » Il pointe aussi du doigt le fossé entre le discours et la réalité, estimant qu’à la prison d’Alligator Alcatraz, probablement 95 % des détenus n’ont aucun dossier criminel.
Conclusion : Une agence au centre d’un débat qui dépasse les frontières

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Alors voilà. L’ICE, c’est bien plus qu’un simple acronyme. C’est une agence créée après le 11 septembre, mais radicalement transformée en instrument d’une politique migratoire qui divise profondément l’Amérique et attire les regards du monde entier.
Entre son budget pharaonique, ses méthodes intrusives et ses campagnes de communication agressives, elle incarne une vision très particulière de la sécurité nationale et de la souveraineté. Une vision qui, comme le montre le drame de Minneapolis, peut avoir des conséquences humaines dramatiques et alimenter de vives tensions sociales.
Pour des centaines de milliers de personnes, son action se traduit par une peur au quotidien et un avenir incertain. Pour l’administration Trump, c’est la preuve qu’elle tient ses promesses de fermeté. Le débat, lui, est loin d’être clos. Et comme le dit tristement l’avocat Mark Hamburger, avec toutes ces lois qui changent, l’horizon ne s’annonce pas vraiment serein pour ceux qui cherchent une vie meilleure aux États-Unis.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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