Pour les familles du vol PS752, le deuil est encore impossible après 6 ans
Mathieu Gagnon - 2026-01-08 13:56
credit : lemorning.ca (image IA)
Un rendez-vous annuel avec la douleur

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Ça fait maintenant six ans. Six ans ce 8 janvier, pour être précis. Et pourtant, le temps ne semble avoir fait son œuvre pour personne. Il ne guérit pas, il cristallise.
Ils se sont retrouvés à Toronto, cette semaine, pour marquer l’anniversaire. Des familles, des proches, rassemblés par l’Association des familles des victimes du vol PS752. Le programme était simple, mais lourd de sens : une vigile, mercredi, et puis, jeudi, la visite de trois cimetières de la région. Des lieux où reposent ceux qui ne sont jamais rentrés. C’est étrange, je trouve, cette nécessité de se recueillir en plusieurs endroits. Comme si la douleur était si vaste qu’un seul point ne pouvait la contenir.
L’événement, rapporté par la journaliste Magali Levesque, a mis en lumière ce qui est peut-être le plus cruel dans cette histoire : l’impossibilité du deuil. Malgré les années qui passent, pour beaucoup, le chapitre reste ouvert, douloureusement béant. Hamed Esmaeilion, du conseil d’administration de l’association, le confirme sans ambages : les familles n’ont toujours pas eu le temps, si l’on peut dire, de faire leur deuil. Comment faire, d’ailleurs, quand on n’a pas de réponses, pas de justice ?
La tragédie et ses visages : un Boeing, deux missiles, 176 vies

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Tout a basculé le 8 janvier 2020. Un Boeing 737-800 de la compagnie Ukraine International Airlines (UIA) venait à peine de décoller de l’aéroport de Téhéran, en Iran, en direction de Kiev. Puis, plus rien. L’avion, le vol PS752, a été abattu par deux missiles sol-air. On a appris plus tard, par l’aveu même du gouvernement iranien, que le Corps des gardiens de la révolution islamique l’avait pris pour un missile de croisière américain. Une erreur fatale. Mon Dieu, quelle erreur.
À bord, il y avait 176 personnes. Des vies entières. Parmi elles, 55 citoyens canadiens et 30 résidents permanents. Et fait moins souvent souligné, mais qui dit beaucoup : sur ce total, 138 passagers avaient le Canada pour destination finale après une correspondance en Ukraine. Ils rentraient à la maison, ou allaient y construire leur vie.
Parmi ces vies, il y avait Farhad Niknam, dont la famille se souvient comme d’un homme exemplaire. Et il y avait Neda Sadighi. Son fils, Amirali Alavi, faisait partie des dernières personnes à lui avoir parlé. Il se souvient de cette conversation, teintée d’angoisse. Les tensions entre l’Iran et les États-Unis étaient à leur comble, on craignait le pire, le début d’une guerre. « Ma mère a tenté de me rassurer en me disant qu’on se verrait le jour d’après », raconte-t-il. Ces mots, aujourd’hui, résonnent d’une tristesse infinie. Le jour d’après n’est jamais venu.
La longue quête de justice contre une compagnie et un État

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Alors, que font les familles depuis six ans ? Elles se battent. C’est usant, épuisant, mais c’est tout ce qui leur reste. Leur combat judiciaire est un véritable labyrinthe. D’un côté, elles ont engagé des poursuites contre la compagnie aérienne, UIA. Il y a eu un recours collectif et pas moins de 101 poursuites individuelles. L’avocat Joe Fiorante, qui a représenté une vingtaine de ces familles, est catégorique. Pour lui, la compagnie a fait une grave erreur de jugement ce jour-là.
« La compagnie n’aurait pas dû prendre la décision de décoller, sachant que des missiles avaient été lancés par l’Iran contre les forces américaines », affirme-t-il. C’est un argument de bon sens, non ? Si le ciel n’est pas sûr, on reste au sol. En août dernier, la Cour de l’Ontario a donné raison aux familles sur ce point, en jugeant UIA légalement responsable de leur offrir des compensations.
Mais voilà, un jugement, ce n’est pas un chèque. M. Fiorante explique qu’on en est maintenant à l’étape de « s’assurer que les familles reçoivent l’argent qui leur est dû ». Un processus qui, selon lui, pourrait prendre encore au moins un an. C’est long, très long, quand on attend déjà depuis six ans.
Et puis, il y a l’autre front, bien plus épineux : l’Iran. Les familles l’accusent, évidemment. Et là, le chemin est semé d’embûches politiques. Les nouvelles ne sont pas vraiment réconfortantes : des audiences sont prévues, mais seulement en 2026 et 2027. On parle d’attendre encore deux ou trois ans, minimum. C’est là que la parole du frère de Farhad Niknam, Mousad Niknam, prend tout son poids, toute son amertume : « Tant et aussi longtemps que les coupables ne seront pas traduits en justice, nous ne pourrons clore ce chapitre de notre vie. » C’est criant de vérité. Sans justice, point de paix.
Conclusion : Une attente qui n’en finit plus

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Alors, où en est-on, six ans après ? Les familles se souviennent, elles commémorent, elles se serrent les coudes. Mais elles attendent. Elles attendent des compensations de la part d’une compagnie aérienne, un processus qui traîne en longueur. Et elles attendent, surtout, une forme de justice ou de reconnaissance de la part de l’État iranien, une perspective qui semble toujours se dérober à l’horizon, reportée à 2026, 2027.
Le deuil, ce processus intime et nécessaire, reste suspendu, pris en otage par cette longue bataille judiciaire et politique. L’événement de Toronto cette semaine n’était pas une fin, mais un rappel. Un rappel que pour 176 familles, le 8 janvier 2020 n’est pas une date du passé, mais une blessure toujours ouverte. Et tant que la quête de vérité et de responsabilité ne sera pas aboutie, leur cœur, comme le dit si bien Mousad Niknam, ne pourra pas tourner la page.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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