Une intervention américaine au Venezuela : entre captation des richesses et avenir incertain
Mathieu Gagnon - 2026-01-04 11:33
credit : lemorning.ca (image IA)
Des déclarations troublantes et un objectif clair

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Les choses ont été dites sans détour. Après l’opération militaire qui a renversé le président vénézuélien, Donald Trump a été on ne peut plus explicite. « Nous allons diriger le pays. » « Nous allons reprendre le pétrole qu’ils nous ont volé. » Et avec ces hydrocarbures, a-t-il ajouté, « on va faire beaucoup d’argent ».
Franchement, on ne peut pas dire que le message soit codé, n’est-ce pas ? Dans sa déclaration du samedi 3 janvier, au petit matin après ce qu’on a appelé l’opération « Détermination absolue » (Absolute Resolve), le président américain a mis les points sur les i. Bien sûr, on nous a rebattu les oreilles avec le narcotrafic pour justifier les actions contre Nicolas Maduro, une rhétorique déjà bien rodée depuis le premier mandat de Trump. Mais avouons-le, le Venezuela est un acteur assez mineur dans ce trafic, malgré la corruption évidente de son élite. Le véritable cœur du sujet, c’est le pétrole. Et l’argent que ses proches et alliés pourraient en tirer. Ça fait froid dans le dos, un peu, cette franchise brutale.
C’est une analyse de François Brousseau, et on va creuser tout ça. Quelle est la vraie nature de cette intervention ? Et surtout, quelle suite peut-on imaginer ? Parce que capturer un président, c’est une chose. Gouverner un pays, c’en est une autre, complètement différente.
Une opération préparée de longue date et un retour à l’impérialisme classique

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Il ne faut pas se leurrer. Si le moment précis et la facilité apparente de la capture de Maduro dans la nuit du 2 au 3 janvier ont pu surprendre, l’action elle-même, elle, était annoncée depuis longtemps. Depuis le mois d’août, Trump en parlait de façon tonitruante. Et dans l’ombre, c’était préparé minutieusement, avec un espionnage soutenu des allées et venues du dictateur.
Tout au long de l’automne, vous vous souvenez peut-être ? L’armée américaine a bombardé des embarcations de soi-disant trafiquants en mer des Caraïbes, sans vraiment fournir de preuves solides. Et surtout, elle a rassemblé une force colossale. Jusqu’à un septième de toute la force de frappe américaine, selon certaines évaluations ! Imaginez le tableau : des dizaines d’avions de chasse de première catégorie, des grands navires, des dizaines de milliers de soldats, et même le plus gros porte-avions du monde, tous déployés entre Porto Rico et la côte vénézuélienne. Une démonstration de force qui ne laisse aucune place au doute.
Cette opération, c’est le grand retour de l’interventionnisme américain direct dans ce qu’ils appellent pudiquement l’« hémisphère occidental ». Les Amériques, leur chasse gardée depuis la doctrine Monroe au XIXe siècle, qu’ils avaient un peu laissée de côté pendant des décennies. Trump la réactive de façon brutale. Et ce n’est pas qu’une affaire locale. C’est la confirmation d’une volonté plus large de frapper militairement, de façon unilatérale, en marge du droit international. En un an seulement, son administration a bombardé sept pays : le Venezuela, bien sûr, mais aussi l’Afghanistan, la Somalie, la Libye, l’Irak, le Yémen, la Syrie et le Nigeria. Toujours sous de nobles prétextes – lutte contre le terrorisme, trafic de drogue, défense de la civilisation chrétienne – mais jamais, remarquez bien, pour instaurer une vraie démocratie.
Le président de la paix ? Une réalité bien différente des déclarations

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Le paradoxe est saisissant. D’un côté, Trump se présente comme l’artisan de la paix dans le monde, prétendant avoir réglé une série de conflits et mériter le Prix Nobel. De l’autre, la réalité sur le terrain dément systématiquement ces affirmations. Ses plans de paix, on pourrait les qualifier de « Potemkine » : des façades qui s’effondrent au premier contact avec les faits.
Prenons Gaza. Son plan en 20 points, signé en grande pompe en Égypte fin octobre, devait arrêter les violences. Résultat ? Il n’a rien arrêté du tout. Il a même, en réalité, facilité la lente conquête de la Cisjordanie par Israël. Et pendant ce soi-disant cessez-le-feu « à la carte », près de 400 Palestiniens, dont des femmes et des enfants, ont été tués en deux mois, plus quelques soldats israéliens.
Et ce n’est pas un cas isolé. L’accord qu’il disait avoir conclu entre le Cambodge et la Thaïlande ? Les combats ont repris. En République démocratique du Congo, la milice M23, soutenue par le Rwanda, a relancé ses attaques juste après une belle cérémonie de signature à la Maison-Blanche début décembre. Au Soudan, ses efforts pour la paix sont restés vains. Le premier ministre indien Narendra Modi a lui-même démenti que Trump ait stoppé l’escarmouche frontalière avec le Pakistan en mai. L’Égypte et l’Éthiopie sont toujours en désaccord sur le barrage du Nil. Bref, partout, les beaux discours de paix se heurtent à une réalité bien plus complexe et violente.
Et maintenant ? L’incertitude règne au Venezuela

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Alors, avec cette intervention au Venezuela, est-ce que l’administration Trump sait vraiment où elle va ? A-t-elle un plan ? L’analyse laisse perplexe. Cette équipe est plutôt douée pour le grand spectacle, pour les coups d’éclat et les déclarations fracassantes. Trump lui-même, peu informé sur le fond des dossiers, aime bien répéter : « on va bien voir ce qui va se passer ». C’est dire le niveau de préparation stratégique…
Maduro est tombé, certes. Mais est-ce que le chavisme tombe avec lui ? Pas si sûr. Le pouvoir était très centralisé sur sa personne, mais son départ ne signifie pas l’effondrement automatique de l’État. D’autres figures, comme la vice-présidente Delcy Rodriguez et le ministre de l’Intérieur Diosdado Cabello – considéré comme le vrai numéro deux – affirment toujours contrôler Caracas. Ils l’ont montré à la télévision ce même samedi 3 janvier. Fait notable : dans les heures qui ont suivi l’éviction, on n’a pas vu de grandes manifestations de rue, ni pour ni contre le régime.
Que va faire l’opposition, menée par Maria Corina Machado, prix Nobel de la paix 2025 ? Ironie du sort, malgré son titre d’« artisane de la paix », elle a soutenu les actions américaines, même violentes, au point de dédier son prix à Donald Trump. Mais si elle prend le pouvoir dans les bras des États-Unis, sa légitimité en sera entachée, c’est certain. Et le peuple vénézuélien ? Va-t-il unanimement se réjouir de la chute d’un régime honni, ou y aura-t-il une résistance, ne serait-ce que par réflexe nationaliste face à un président américain qui déclare « nous allons diriger votre pays » ? Le régime était profondément impopulaire, surtout après l’élection volée de juillet 2024 où l’opposition l’a pourtant emporté par deux voix contre une, preuves à l’appui. Mais il conserve une base militante, minoritaire et armée, qui peut résister.
Trump parle de créer un « groupe » incluant son secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, pour « diriger » le Venezuela et organiser une transition. Pour l’instant, ce ne sont que des mots. Il a aussi évoqué une possible « seconde vague » plus importante. Car cette opération commando, si spectaculaire soit-elle, n’est pas une invasion. Elle n’a pas fait tomber le régime d’un seul coup. À Washington, on espère sans doute que ce coup de semonce déclenchera un mouvement en cascade, dans la population et l’armée, en faveur de leurs plans. Mais entre l’espoir et la réalité, il y a souvent un fossé. Le Venezuela n’est pas une page blanche, et sa souveraineté, même mise à mal, reste un sentiment puissant.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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