L’intervention américaine au Venezuela n’est pas une nouveauté en Amérique latine

L’intervention américaine au Venezuela n’est pas une nouveauté en Amérique latine credit : lemorning.ca (image IA)

L’opération au Venezuela, une vieille habitude américaine

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L’événement qui vient de secouer le Venezuela, où l’armée américaine a capturé le président Nicolas Maduro, a de quoi surprendre. Pourtant, à bien y regarder, c’est un scénario que les États-Unis ont déjà joué, et rejoué, dans ce qu’ils considèrent comme leur arrière-cour.

Cette opération militaire qui s’est déroulée samedi dernier, si elle est spectaculaire, ne sort pas de nulle part. Elle s’inscrit en réalité dans une longue tradition, une vieille habitude. Comme l’explique Romuald Sciora, le directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS, tout remonte à 1823. C’est là que tout a commencé, avec la fameuse doctrine Monroe. Une doctrine qui, pour faire simple, disait aux Européens de rester chez eux et de laisser l’Amérique aux Américains… enfin, aux Américains des États-Unis, pour être plus précis.

L’Amérique latine, dans l’esprit de Washington depuis deux siècles, c’est leur sphère d’influence exclusive. Et cette dernière intervention montre qu’à quelques détails près, malgré les changements d’époque, cette conception fondamentale n’a pas vraiment évolué. C’est ce que nous allons explorer, avec quelques exemples marquants de cette politique interventionniste.

La Doctrine Monroe et son retour en force

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Pour bien comprendre ce qui se passe aujourd’hui, il faut vraiment revenir en 1823. C’est cette année-là que le président américain de l’époque, James Monroe, a énoncé ce principe fondamental de politique étrangère. L’idée, proclamée juste après l’indépendance du Mexique et de la plupart des pays latino-américains, était assez claire : les puissances européennes n’avaient plus leur place ici. Elles ne devaient plus coloniser, ni même interférer dans les affaires du continent. C’était désormais le terrain de jeu exclusif des États-Unis.

Pendant longtemps, on a moins entendu parler de cette doctrine. Mais figurez-vous qu’elle fait un retour en force, et pas des moindres, avec l’administration Trump. Donald Trump, selon les analystes, ne s’en cache pas : il en a fait un élément clé de sa politique étrangère.

Jonathan Veillette, professeur de science politique au Cégep Édouard-Montpetit, nous donne un exemple concret. En décembre dernier, la Maison-Blanche a publié une nouvelle stratégie de sécurité nationale. Dedans, Trump affirmait son attachement total à la doctrine de son illustre prédécesseur, tout en annonçant son intention de l’« actualiser » et de la « compléter ». Il s’agissait pour Washington de mettre l’accent sur la protection de son territoire et d’appliquer ce qu’on appelle le « corollaire Trump ».

Kézako, ce corollaire ? C’est simple. Il propose que les États-Unis s’affirment davantage dans la région en rejetant toutes les interférences de pays étrangers, comme la Chine, la Russie ou l’Iran. Le but ? Retrouver l’influence perdue. Et Trump n’est pas du genre à être subtil. En conférence de presse à Mar-a-Lago, samedi, il a carrément présenté l’opération vénézuélienne comme une version améliorée, bonifiée, de cette vieille doctrine.

Il a eu cette phrase assez marquante, vous verrez. Il a dit : « La doctrine Monroe est très importante, mais nous l’avons largement, très largement dépassée. On l’appelle maintenant la doctrine Donroe. » Un jeu de mots sur son propre nom, bien sûr. Il a ajouté, pour bien enfoncer le clou : « Dans le cadre de notre nouvelle stratégie de sécurité nationale, la domination américaine dans l’hémisphère occidental ne sera plus jamais remise en question. » Ça ne laisse pas beaucoup de place au doute, vous en conviendrez.

Le problème, comme le note Romuald Sciora, c’est que l’interprétation de cette doctrine a changé au fil du temps. Au 19ème siècle, après sa proclamation, les dirigeants américains ont commencé à voir le continent latino-américain comme leur « terrain de chasse » personnel. Et c’est là que les premiers gros problèmes ont commencé.

Trois interventions historiques qui ont marqué le continent

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Lorsqu’on parle d’interventionnisme américain, certains épisodes reviennent immanquablement dans les mémoires. Ils montrent comment cette doctrine s’est concrétisée, parfois avec une violence terrible.

Déjà en 1898, les États-Unis ont montré les crocs lors de la guerre hispano-américaine. Le conflit portait notamment sur l’indépendance de Cuba. Pour Romuald Sciora, ce conflit est significatif : c’était la première guerre colonisatrice des États-Unis et leur première guerre impérialiste en Amérique du Sud. C’est à partir de là que les choses ont vraiment changé.

Mais l’exemple le plus frappant, peut-être le plus tristement célèbre, reste le Chili en 1973. Cette année-là, le pays était gouverné par le socialiste Salvador Allende. Son gouvernement avait lancé des réformes très ambitieuses, comme l’expropriation de compagnies étrangères et la nationalisation des ressources naturelles.

Les États-Unis n’ont pas apprécié du tout cette montée du socialisme à leurs portes. Ils ont riposté par un blocus économique qui a paralysé le pays et déstabilisé profondément le gouvernement Allende. Et puis, le 11 septembre 1973, un coup d’État militaire a renversé le président. Mené par le nouveau commandant en chef des Forces armées, Augusto Pinochet, il a coûté la vie à Allende, mort lors de l’attaque du palais présidentiel.

L’implication américaine est, selon Sciora, très claire. « C’est vraiment l’épisode le plus marquant, puisqu’il est très clair que c’est la CIA qui a encouragé le coup d’État pour soutenir Pinochet et renverser Salvador Allende », souligne-t-il. C’est dire.

Un peu plus tard, en 1989, le Panama a vécu un scénario qui ressemble étrangement à celui d’aujourd’hui au Venezuela. Le président George Bush (père) avait ordonné l’invasion du pays pour capturer son chef militaire, le général Manuel Noriega. Ce dernier était un ex-collaborateur des services secrets américains, mais il était devenu un problème pour Washington, étant poursuivi pour trafic de drogue.

L’opération, baptisée « Juste Cause », a mobilisé quelque 27 000 soldats américains, dont 13 000 étaient déjà sur place. Les bilans humains font encore débat : officiellement 500 morts, mais des ONG parlent de plusieurs milliers. Noriega, après s’être réfugié à l’ambassade du Vatican, s’est finalement rendu le 3 janvier 1990. Il a été transporté en Floride, jugé, et condamné à 40 ans de prison pour trafic de drogues et blanchiment. Il a passé deux décennies en détention aux États-Unis, en France et au Panama, jusqu’à sa mort en 2017. On voit bien le parallèle avec l’affaire Maduro, non ?

Conclusion : Un schéma qui se répète

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Alors, voilà. Ce qui s’est passé samedi dernier à Caracas, avec la capture de Nicolas Maduro par des forces américaines, n’est malheureusement pas une exception dans l’histoire de la région. C’est plutôt l’expression la plus récente d’une politique étrangère américaine vieille de deux siècles. Une politique qui considère l’Amérique latine comme une chasse gardée, un espace où Washington peut, quand il l’estime nécessaire, agir militairement pour défendre ses intérêts ou imposer sa vision.

De la doctrine Monroe de 1823 à la « doctrine Donroe » revendiquée par Donald Trump, en passant par Cuba en 1898, le Chili en 1973 et le Panama en 1989, le schéma est étonnamment constant. Les méthodes et les justifications changent un peu, mais le fond reste le même : la volonté de domination et d’influence sur son voisinage immédiat.

Ça nous donne à réfléchir, sur le rôle des grandes puissances dans le monde et sur la souveraineté des nations. L’histoire, en tout cas, ne semble pas près de s’arrêter là. Les réactions à cette dernière opération, que ce soit la joie d’une partie de la diaspora vénézuélienne ou la condamnation d’experts en droit international, montrent que ces actions ont toujours des conséquences profondes et durables. L’avenir nous dira ce qu’il adviendra du Venezuela et comment cette nouvelle page sera écrite dans les livres d’histoire.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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