Une icône s’éteint : la légende Brigitte Bardot est morte à 91 ans

Une icône s’éteint : la légende Brigitte Bardot est morte à 91 ans credit : Photographer not credited, Public domain, via Wikimedia Commons

Une légende du siècle s’en va

Cdrik b06, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

C’est une page de l’histoire du cinéma et de la culture française qui se tourne. L’actrice et militante Brigitte Bardot est décédée ce dimanche matin, nous apprend-on, à l’âge de 91 ans. Elle s’est éteinte paisiblement dans sa fameuse résidence, La Madrague, à Saint-Tropez, dans le sud de la France, loin des caméras qu’elle avait fuies depuis tant d’années.

Le communiqué transmis par la Fondation Brigitte Bardot est sans équivoque : c’est avec « une immense tristesse » qu’elle annonce le décès de sa fondatrice, une femme qui avait choisi de tout abandonner – une carrière prestigieuse et une renommée planétaire – pour se consacrer corps et âme à la défense des animaux. La nouvelle a provoqué une vive émotion et une avalanche d’hommages, du président de la République Emmanuel Macron saluant « une légende du siècle » à la ministre de la Culture Rachida Dati, qui a parlé d’« une icône parmi les icônes, tellement libre et tellement française ». Même Marine Le Pen, dont on connaissait la proximité de l’actrice avec son parti, le Rassemblement national, a rendu hommage à une femme « incroyablement française : libre, indomptable, entière ».

B.B., comme on l’appelait, était devenue bien plus qu’une star. Elle était un mythe. Un symbole de libération dans les années 1950, une passionaria des animaux plus tard, et une femme de toutes les polémiques ces derniers temps. Elle s’en est allée comme elle a vécu : en faisant exactement ce qu’elle voulait.

Une icône libératrice et un mythe des années glorieuses

Comment oublier le choc qu’a été son arrivée ? Dans la France encore corsetée des années 50, une jeune femme de 22 ans a tout balayé sur son passage avec Et Dieu… créa la femme en 1956. Née en 1934 dans une famille bourgeoise parisienne, rien ne la destinait à ce destin. Passionnée de danse, elle s’essaye au mannequinat. C’est son premier amour, Roger Vadim, qu’elle épouse à tout juste 18 ans, qui lui donne son premier grand rôle, celui de Juliette. Le film est un coup de tonnerre. Il bouscule l’ordre établi, la morale, et lui colle à la peau l’étiquette de sexe-symbole pour le meilleur et pour le pire.

Le succès est foudroyant, et elle enchaîne les tournages, près d’une cinquantaine de films au total. Deux scènes sont entrées dans la légende, il faut bien les citer : son mambo enfiévré dans un restaurant de Saint-Tropez dans ce premier film, et, bien sûr, ce monologue audacieux en ouverture du Mépris (1963) où, nue, elle énumérait les parties de son corps. On la compare souvent à Marilyn Monroe, qu’elle a d’ailleurs rencontrée en 1956. Mais B.B., elle, le dira plus tard, n’a pas voulu suivre le même chemin tragique. « Marilyn était une femme qui a été exploitée, que personne n’a comprise », se souvenait-elle.

Sa vie privée, tumultueuse, est suivie par les paparazzi du monde entier. Au faîte de sa gloire, en 1960, elle accouche de son seul enfant, un garçon prénommé Nicolas. L’expérience, sous le feu incessant des médias, sera pour elle traumatisante. Se disant dénuée d’instinct maternel, elle laissera l’éducation de l’enfant à son père, Jacques Charrier. Elle épousera ensuite le millionnaire allemand Gunter Sachs puis l’industriel Bernard d’Ormale, connu pour ses affinités avec le Front national.

Puis, à 39 ans, au sommet de la célébrité, elle a tout lâché. Elle a tourné son dernier film, L’histoire très bonne et très joyeuse de Colinot trousse-chemise, en 1973, et a tiré un trait définitif sur le 7e art. C’était le début d’une autre vie.

La seconde vie : une passion militante et des prises de position polémiques

Le déclic, elle l’a raconté souvent, c’est une chèvre. Sur le tournage de son dernier film en 1973, elle en tombe amoureuse, l’achète et l’installe dans sa chambre d’hôtel. C’est le point de départ d’un engagement qui deviendra total. La star mondialement connue se transforme en figure incontournable de la cause animale. Elle lutte pour les éléphants, contre les abattages rituels, la corrida, la consommation de viande de cheval. Rien ne l’arrête.

En 1977, c’est l’image forte qui fait le tour du monde : Brigitte Bardot, bien emmitouflée, sur la banquise, étreignant un bébé phoque blanc. Une séquence ultra-médiatisée à la une de Paris Match pour alerter sur le sort de ces animaux, une action qui lui laissera, dit-on, des souvenirs plutôt amers. Elle ira même jusqu’à tenir une conférence de presse à Ottawa en mars 2006 pour dénoncer la chasse au phoque au Canada, qualifiant la pratique de « massacre ». En 1986, elle crée sa fondation à son nom, depuis laquelle elle a dirigé ses combats, depuis ses refuges du sud de la France, entre La Madrague et La Garrigue, une seconde maison plus discrète cachée dans la verdure.

Cette seconde moitié de sa vie, elle l’a passée à l’abri des regards, recueillant des animaux, gérant sa fondation. Dans une interview en mai dernier à BFMTV, elle confiait tout simplement vouloir « la paix, la nature » et vivre « comme une fermière, avec ses animaux, sans portable, ni ordinateur ». Une retraite loin du bruit, mais pas du tout du silence. Car ces dernières années, l’icône libératrice des mœurs des années 50 s’était aussi fait connaître pour ses prises de position très à droite, sur l’immigration, le féminisme, les chasseurs… des déclarations qui lui ont valu plusieurs condamnations pour injure raciale. « La liberté, c’est d’être soi, même quand ça dérange », proclamait-elle en exergue de son livre Mon BBcédaire, sorti début octobre chez Fayard. Elle en était convaincue jusqu’au bout.

Les derniers jours et l’héritage d’une femme libre

credit : lemorning.ca (image IA)

Ces derniers mois, sa santé avait préoccupé ses proches et les médias. Courant octobre, elle avait été hospitalisée à Toulon pour une opération chirurgicale dont on n’a jamais dévoilé la nature. Elle était ensuite rentrée se reposer chez elle à Saint-Tropez. En novembre, alors que des rumeurs de deuxième hospitalisation circulaient, elle avait tenu à rassurer tout le monde sur son état de santé. C’est finalement chez elle, à La Madrague, qu’elle s’est éteinte.

Fidèle à elle-même jusqu’au bout, elle avait même des idées bien arrêtées sur sa propre disparition. Évoquant la mort, elle avait prévenu : elle voulait absolument éviter « la présence d’une foule de connards » à son enterrement. Son souhait était bien plus simple et en accord avec la vie qu’elle s’était construite : une simple croix en bois au-dessus de sa sépulture, dans son jardin, « comme pour ses animaux ».

Brigitte Bardot laisse derrière elle une empreinte indélébile. Une empreinte de liberté farouche, d’insoumission, et d’un amour inconditionnel pour les bêtes. Icône du cinéma, puis icône militante, elle a traversé le siècle en forçant l’admiration et en provoquant le débat, sans jamais demander la permission. Elle n’était pas de ces femmes dont on pouvait prévoir les actes ou les paroles. Et c’est peut-être pour cela qu’on ne l’oubliera pas.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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