Les grands mots qui ont marqué 2025 selon l’équipe des Décrypteurs
Simon Kabbaj - 2025-12-28 10:18
credit : lemorning.ca (image IA)
Trois regards pour comprendre l’année 2025

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Alors, l’année 2025 s’achève, et on essaie de comprendre ce qui s’est vraiment passé dans le monde numérique, vous savez ? Ça va tellement vite, on a parfois du mal à suivre.
L’équipe des Décrypteurs de Radio-Canada, ce sont des journalistes comme Alexis De Lancer, Jeff Yates et Nicholas De Rosa, qui passent leurs journées à observer les méandres des réseaux sociaux et des grandes entreprises technologiques. Ils sont vraiment aux premières loges. Pour faire le bilan, chacun d’eux a choisi un mot qui, à son avis, résume le mieux les tendances – et les dérives – qu’ils ont vues s’imposer au cours des douze derniers mois.
Ces trois mots, c’est comme trois clés pour ouvrir la porte sur ce qui a changé dans notre rapport à l’information, à la vérité, et même aux autres. On parle de l’intelligence artificielle bien sûr, mais pas seulement. C’est plus profond que ça.
La normalisation : Quand le bizarre devient banal

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Pour Jeff Yates, le mot de l’année 2025, c’est normalisation. L’année dernière, il avait choisi « AI slop » ou « contenu dégénératif », ce flux de contenu de mauvaise qualité produit par l’IA qui encombre nos fils d’actualité. Et justement, ce qui l’inquiète, c’est qu’aujourd’hui, on ne s’en étonne même plus. Ce contenu, il est absolument partout, et les grandes plateformes nous le « fourrent dans la gorge », comme il le dit si bien.
Il donne des exemples concrets, ça fait froid dans le dos quand on y pense : Spotify qui intègre des artistes créés par l’IA dans ses listes de lecture. Meta et son fil algorithmique entièrement généré par l’IA. OpenAI qui lance un genre de réseau social où il n’y a que des vidéos créées par l’IA. Même des géants comme Coca-Cola ou McDonald’s lancent des pubs faites par IA. Des médias, pour « innover », sortent aussi leurs outils d’IA. C’est devenu normal.
Et Jeff insiste, ce phénomène dépasse l’intelligence artificielle. Il se répand ailleurs. Prenez les paris en ligne, souvent liés aux crypto-monnaies. On peut désormais parier sur tout et n’importe quoi, même sur des guerres, en temps réel. Il annonce que l’année prochaine, la chaîne CNN diffusera des bulletins de nouvelles en partenariat avec la plateforme de paris Kalshi. On a normalisé le pari, surtout dans le sport.
Mais ce qui est peut-être le plus troublant, selon Yates, c’est la normalisation de discours politiques extrêmes. Il cite le mouvement Groyper, une mouvance d’extrême droite fondée par le prédicateur nationaliste blanc Nick Fuentes. Voilà un homme qui était confiné aux pires recoins du web et qui est désormais, selon lui, une figure établie – même si controversée – au sein du Parti républicain. Les grands bonzes du parti s’en inquiètent, mais certains comptes X officiels de l’administration Trump reprennent des mèmes qu’on ne trouvait que dans des conversations privées il y a un an. Le département de la Sécurité intérieure parle même ouvertement de « remigration ». Pour Jeff, c’est clair : quand on normalise une idée, on choisit l’avenir qu’on construit. Il nous invite donc à être « judicieux en 2026 ».
L’indiscernable : Quand le faux est si parfait qu’on ne le voit plus

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Nicholas De Rosa, lui, s’est arrêté sur le mot indiscernable. Depuis plus de trois ans qu’on parle de l’IA générative, on avait peur de ne plus pouvoir distinguer le vrai du faux. Eh bien 2025, c’est l’année où cette crainte est devenue réalité. Le clonage vocal, c’était déjà bien avancé, mais pour les images et les vidéos, il a fallu attendre cette année.
Les progrès ont été foudroyants. En septembre 2025, OpenAI a lancé Sora 2, un générateur de vidéos d’un réalisme saisissant. Ce logiciel reproduit parfaitement la gravité, les collisions entre objets, et ajoute même une ambiance sonore réaliste. Sur un grand écran, on voit encore quelques contours flous, mais sur un téléphone ? C’est souvent impossible à différencier d’un vrai enregistrement.
Puis en novembre 2025, Google a commercialisé Nano Banana Pro. Fini l’époque des personnages à la peau de plastique et aux traits déformés. Cette version crée des images qui, dans les bonnes conditions, sont tout simplement impossibles à distinguer d’une photo. Et le pire ? L’outil a très peu de garde-fous pour empêcher la création de fausses images de personnalités publiques.
Nicholas ne veut pas tomber dans la panique morale – il rappelle que jusqu’ici, rares sont les canulars d’IA qui ont vraiment bouleversé des processus démocratiques. Au Canada, par exemple, on s’en est surtout servi pour de la satire ou de la communication partisane. Mais il met en garde : l’année 2026 pourrait bien voir les premiers cas majeurs. D’ailleurs, lors de l’escalade des tensions entre Israël et l’Iran l’été 2025, des fausses vidéos de missiles et de bâtiments détruits ont été vues des dizaines de millions de fois.
Fait intéressant : Google utilise un filigrane invisible pour tracer ses images, mais ses concurrents ne le font pas forcément. La vraie conséquence, pour l’instant, c’est la dilution du contenu authentique. Le web est noyé sous une masse de contenu généré, ce qui mine encore plus la confiance du public envers l’information en ligne. C’est un problème sournois, mais profond.
Le parasocial : Des amis imaginaires à l’ère des robots

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Alexis de Lancer a choisi un mot plus ancien mais terriblement d’actualité : parasocial. Il a même été le mot de l’année 2025 du dictionnaire Cambridge, ce qui est assez révélateur. Le terme n’est pas nouveau – il a été inventé dans les années 1950 par les chercheurs américains Donald Horton et R. Richard Wohl. Ils étudiaient alors l’arrivée de la télévision et constataient que les téléspectateurs développaient une illusion d’intimité avec les personnages à l’écran. C’étaient des relations à sens unique, asymétriques, mais qui semblaient réelles pour ceux qui les vivaient.
Avec la radio, le cinéma, puis les réseaux sociaux, ce phénomène s’est décuplé. Les influenceurs partagent les détails de leur vie privée, nourrissant ce faux sentiment de proximité, et monétisent cette relation. C’en est devenu un jeu d’enfant.
Mais pour Alexis, l’apogée de la relation parasociale, c’est arrivé avec les robots conversationnels d’IA. Ce n’est plus juste avec une célébrité à l’écran, mais avec une intelligence artificielle conçue pour imiter une conversation humaine. L’équipe du dictionnaire Cambridge a d’ailleurs noté que le débat public s’est élargi en 2025, passant des influenceurs aux dangers et avantages des chatbots.
Le problème est devenu si préoccupant qu’une quarantaine de procureurs généraux américains ont envoyé une lettre bipartisane aux entreprises du secteur. Ils les avertissent qu’elles seront tenues responsables si elles ne protègent pas les mineurs des relations parasociales nuisibles avec ces agents conversationnels.
Selon l’éthicien Patrick Lee Plaisance, cette pratique relève d’un « anthropomorphisme malhonnête ». Les chatbots sont conçus pour imiter nos traits psychologiques, notre langage, nos émotions, exploitant nos faiblesses cognitives les plus profondes pour créer un lien parasocial. Les chercheurs Takuya Maeda et Anabel Quan-Haase de l’Université Western en Ontario anticipent que ces fonctionnalités anthropomorphiques vont se généraliser, augmentant la fréquence de relations sociales illusoires qui remplacent les vraies.
Alexis conclut avec sagesse, en reprenant l’expression anglaise « touch grass » (toucher l’herbe), qui signifie qu’il faut décrocher, sortir, reprendre contact avec le réel. Un appel à ne jamais oublier la valeur inégalée des relations humaines authentiques. Finalement, c’est peut-être le rappel le plus important de tous.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.