Le chef de la junte birmane assure que les législatives sont « libres et équitables »
Adam David - 2025-12-28 10:17
credit : lemorning.ca (image IA)
Une élection sous contrôle militaire

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Ce dimanche, au milieu d’une guerre civile et d’une répression politique généralisée, la junte militaire au pouvoir au Myanmar a lancé la première phase d’élections législatives qu’elle présente comme un retour à la normale. Près de cinq ans après le coup d’État de février 2021 qui a renversé le gouvernement démocratique, cette consultation, échelonnée sur un mois et décriée à l’international, est qualifiée de « libre et équitable » par le chef de la junte lui-même, le général Min Aung Hlaing.
Votant tôt dans la capitale administrative de Naypyidaw, il a justifié son propos d’une manière assez abrupte : « Elle est organisée par l’armée, nous ne pouvons pas laisser ternir notre nom. » Un discours qui tranche brutalement avec la réalité sur le terrain, où l’ancienne dirigeante et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, âgée de 80 ans, croupit toujours en prison, purgeant une peine de 27 ans pour des accusations allant de la corruption à la violation des règles anti-COVID.
Son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), a été dissous, refermant la parenthèse démocratique du pays. Les observateurs internationaux et les défenseurs des droits de l’homme condamnent massivement ce scrutin, qu’ils voient comme une mascarade destinée à légitimer le régime militaire. L’ONU elle-même, par la voix de son bureau birman, a appelé à un processus « libre, équitable, inclusif et crédible ».
Un scrutin amputé et un avenir tout tracé

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Le décor est planté d’avance, et tout le monde le sait. Le Parti de l’union, de la solidarité et du développement (USDP), proche des militaires, est largement attendu en tête de ces élections. Un résultat qui, selon les critiques, n’a qu’un but : pérenniser le régime militaire par les urnes. Pour donner une idée du jeu biaisé, le Réseau asiatique pour des élections libres rapporte que les partis qui avaient remporté 90 % des sièges aux dernières élections démocratiques de 2020 ont purement et simplement été rayés des bulletins de vote après leur dissolution.
Environ une circonscription sur cinq de la chambre basse ne pourra même pas tenir de scrutin, les autorités ayant jugé les zones trop dangereuses. Le pays, peuplé d’environ 50 millions d’habitants, est en effet déchiré par une guerre civile féroce. « Cette élection ne changera pas la situation politique du pays », a estimé Hman Thit, un jeune homme de 23 ans, depuis l’une de ces zones rebelles de l’Etat Shan. « Les frappes aériennes et les atrocités continueront. »
La junte a aussi annoncé poursuivre plus de 200 personnes pour avoir tenté de « saboter le processus électoral ». La répression est telle qu’elle vise toute manifestation ou même toute critique publique du scrutin. Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a d’ailleurs déclaré cette semaine que ces élections se déroulaient « clairement dans un climat de violence et de répression ».
Le calendrier est lui aussi établi par la junte. La première phase a débuté ce dimanche à 6 heures locales dans les grandes villes contrôlées par l’armée, comme Rangoon, Mandalay et Naypyidaw. Une deuxième phase est prévue dans deux semaines, et la troisième et dernière aura lieu le 25 janvier prochain. Un étalement qui, selon certains analystes, permettrait aux autorités de mieux contrôler le processus.
Sur le terrain : Entre devoir civique et résignation

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Malgré ce contexte très lourd, certains citoyens se sont tout de même rendus aux urnes. Dans le quartier de Kamayut à Rangoon, non loin de la résidence d’Aung San Suu Kyi, Bo Saw a été le premier à voter à l’aube. Il a déclaré à l’AFP que l’élection était « très importante » et qu’elle « apportera le meilleur au pays », ajoutant que « la priorité devrait être de rétablir une situation sûre et pacifique ». Dans le canton de Zabuthiri, près de la capitale, Thida Hlaing, une femme au foyer de 56 ans, a fait la queue avec trois membres de sa famille « pour accomplir [son] devoir de citoyenne ».
« Je suis venue de mon plein gré », a-t-elle affirmé, fière de montrer son auriculaire taché d’encre violette. « Ce que je veux, c’est un pays pacifique et stable. » D’autres se montrent plus cyniques ou résignés. Près de la pagode Sule, un autre bureau de vote semblait presque vide, les journalistes et les assesseurs étant plus nombreux que les électeurs. Parmi eux, Swe Maw, 45 ans, a balayé d’un revers de main les critiques internationales : « Il y a toujours des gens qui aiment et d’autres qui n’aiment pas », a-t-il simplement lâché.
Cette absence d’opposition visible est le fruit d’une longue histoire. L’armée a en effet dirigé le Myanmar d’une main de fer depuis son indépendance en 1948, à l’exception d’un bref interlude démocratique entre 2011 et 2021. Cet espoir s’est éteint lorsque la LND d’Aung San Suu Kyi a écrasé les candidats pro-militaires aux élections de 2020, ce qui a poussé le général Min Aung Hlaing à s’emparer du pouvoir en février 2021, prétextant une « fraude électorale généralisée ».
Une opposition anéantie et un verdict sans appel

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L’opposition démocratique est aujourd’hui réduite au silence, emprisonnée ou contrainte à l’exil. Kim Aris, le fils d’Aung San Suu Kyi, a livré depuis la Grande-Bretagne un jugement sans appel sur ces élections : « Je ne pense pas qu’elle considérerait ces élections comme significatives, pas du tout. » Le message est clair : pour l’opposition historique et ses soutiens, ce scrutin ne représente qu’une tentative désespérée de la junte pour s’accrocher au pouvoir en lui donnant une apparence de légitimité.
La réalité est que ces élections se déroulent dans un pays où toute voix dissidente est muselée. Les partis victorieux en 2020 ont été dissous. Plus de 200 personnes sont poursuivies pour « sabotage ». Et les zones de conflit, vastes, sont exclues du vote. L’objectif de la junte semble être de tourner la page de la démocratie et d’entériner par un processus électoral sa mainmise sur le pays.
Alors que la première phase de vote s’achève, le monde regarde, largement sceptique. Le Myanmar semble s’enfoncer un peu plus dans une spirale où la violence et la répression servent de fondement à une prétendue normalisation politique. La prochaine phase du scrutin, dans deux semaines, ne devrait pas changer la donne. Elle ne fera probablement que confirmer la mainmise totale de l’armée sur l’avenir d’une nation en pleine tourmente.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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