Face aux rafles, des migrants préfèrent risquer leur santé plutôt qu’appeler les secours
Adam David - 2025-12-27 10:29
credit : lemorning.ca (image IA)
Une urgence médicale dans la peur
Cette histoire, vous savez, elle m’a serré le cœur. C’est le genre de scène dont on entend parler, mais qu’on espère ne jamais voir. Fin 2025, alors que les opérations du ministère de la Sécurité intérieure des États-Unis, baptisées « Operation Catahoula Crunch », commençaient en Louisiane et au Mississippi, une amie a appelé Cristiane Rosales-Fajardo, complètement paniquée.
Sa locataire guatémaltèque, qui ne savait même pas qu’elle était enceinte, venait d’accoucher prématurément dans une maison de La Nouvelle-Orléans. Les parents, sans papiers, refusaient catégoriquement d’aller à l’hôpital. Ils avaient trop peur d’être arrêtés par les agents de l’immigration. « Il y a du sang partout, et le bébé est mort », a raconté l’amie. Rosales-Fajardo, une immigrante brésilienne et organisatrice communautaire, n’a pas hésité une seconde. Elle a enfilé ses sandales, pris des gants chirurgicaux et s’est précipitée sur place.
Arrivée là-bas, le tableau était glaçant. Un enfant de 3 ans se tenait sur le côté. La mère était assise au bord du lit, en état de choc. Le père tenait dans ses bras leur nouveau-né, enveloppé dans des serviettes trempées de sang. Le petit ne respirait pas. « Le bébé était complètement gris », se souvient Cristiane. Sans formation médicale formelle mais avec de l’expérience, elle a nettoyé sa petite bouche, lui a frotté le dos, puis a commencé des compressions thoraciques minuscules et du bouche-à-bouche.
L’effet glaçant des opérations « Catahoula Crunch » sur la santé

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J’ai promis à la maman qu’elle serait en sécurité, mais la peur dans la pièce était palpable. J’ai fini par appeler le 911, tout en continuant la réanimation. Et un miracle s’est produit : le nouveau-né a repris vie, se tortillant dans mes bras. Quand les secours sont arrivés, la mère a essayé d’empêcher son mari de monter dans l’ambulance, terrifiée à l’idée qu’ils se fassent arrêter tous les deux. Il y est quand même allé. « Ce sont des gens qui travaillent dur, a commenté Rosales-Fajardo. Tout ce qu’ils font, c’est travailler pour subvenir aux besoins de leur famille. Mais ils ont presque risqué de perdre leur enfant plutôt que d’appeler les secours. »
Cette histoire n’est malheureusement pas un cas isolé. Près de deux semaines après le lancement de l’opération le 3 décembre, les professionnels de santé et les défenseurs des communautés en Louisiane et au Mississippi rapportent une augmentation significative du nombre de patients immigrés qui annulent leurs rendez-vous médicaux et vivent un stress intense. Le ministère affirme avoir arrêté plus de 250 personnes au 11 décembre, en ciblant des « criminels ». Pourtant, l’Associated Press a révélé que sur les 38 premières arrestations à La Nouvelle-Orléans, la plupart n’avaient aucun casier judiciaire.
Une enquête récente de KFF et du New York Times montre que cette tendance est nationale depuis l’arrivée au pouvoir du président Donald Trump en janvier 2025. Près de huit immigrés sur dix susceptibles de vivre sans autorisation légale aux États-Unis disent que leur santé a été affectée négativement cette année : anxiété, troubles du sommeil, aggravation de l’hypertension ou du diabète. Les rafles en Californie, en Illinois, en Caroline du Nord, et maintenant dans le Sud, s’ajoutent aux barrières déjà existantes : accès aux soins, langue, manque d’assurance, coût.
Et cette hésitation à se soigner, même en urgence, semble justifiée. L’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU) rappelle que les hôpitaux doivent généralement laisser entrer les agents fédéraux dans les espaces publics. En Californie cette année, des agents ont fait le guet dans des halls d’hôpitaux, sont apparus dans des cliniques communautaires. Même le trajet pour un rendez-vous devient risqué, les contrôles routiers étant un lieu privilégié d’arrestation.
Des communautés entières se barricadent et se privent de soins

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L’impact est concret et alarmant sur le terrain. À l’University Medical Center de La Nouvelle-Orléans, l’infirmière Terry Mogilles voit son cabinet de traumatologie orthopédique se vider. D’habitude, au moins la moitié de ses patients sont des immigrés, souvent avec de graves blessures liées à la construction. Mais maintenant, beaucoup ne viennent plus pour leurs rendez-vous de suivi post-opératoire, malgré le risque d’infection. « Quand on appelle, on ne peut pas les joindre, dit-elle. C’est tellement bouleversant parce qu’on ne sait pas ce qu’ils deviennent. »
La vague de froid s’étend aussi au Mississippi. Michael Oropeza, de l’association El Pueblo à Biloxi et Forest, observe des familles qui repoussent leurs soins, annulent les visites de routine pour leurs enfants, et ne renouvellent plus leurs ordonnances. « Ce n’est pas qu’ils ne valorisent pas leur santé ; c’est qu’ils ne se sentent pas en sécurité, explique-t-il. Quand les hôpitaux ne sont plus un lieu sûr, la confiance qui a mis des années à se construire peut disparaître en une nuit. »
Maria, une résidente de Biloxi originaire du Honduras, en est l’illustration vivante. Elle et ses deux enfants, pourtant citoyens américains, ont manqué des rendez-vous médicaux parce qu’ils sont « terrifiés » à l’idée de sortir. Son mari, autorisé à travailler aux États-Unis, a déjà été détenu deux mois cette année. Par peur que l’utilisation d’aides publiques ne nuise à leurs démarches de résidence, Maria a même retiré ses enfants de Medicaid il y a trois ans. La famille paie maintenant de sa poche.
En Louisiane, Marcela Hernandez, de Familias Unidas en Acción, souligne l’engrenage infernal. Les familles vivant au jour le jour, en se cachant, ratent aussi le travail. Elle a reçu 800 appels pour de la nourriture en deux jours de la part de familles qui ont trop peur de sortir. L’opération fédérale pourrait durer plus de deux mois. « Plus ça dure, plus je crains des expulsions, car les gens ne pourront pas payer leur loyer », dit-elle, évoquant le traumatisme d’une communauté qui a déjà tout risqué pour venir ici.
Les conséquences désastreuses, de la santé mentale aux soins périnataux

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Les effets sur la santé mentale et physique sont profonds. Cristiane Rosales-Fajardo raconte que des enfants ont recommencé à faire pipi au lit à cause du stress. L’enquête nationale KFF/New York Times confirme que les enfants de ces familles ont des problèmes de sommeil et voient leurs résultats scolaires ou leur comportement se dégrader. Maria, la mère du Mississippi, dit que sa priorité, quand elle osera à nouveau sortir, sera de consulter pour son anxiété, sa dépression et son insomnie.
Les soins périnataux sont particulièrement menacés. Latona Giwa, de l’organisation Repro TLC, alerte sur la situation. Depuis les rafles de Chicago en septembre, 30% des patientes ont manqué leurs rendez-vous dans les cliniques avec lesquelles elle travaille, et les pharmacies ont enregistré une baisse de 40% des retraits de médicaments. « Même manquer un seul rendez-vous peut aggraver l’état d’un patient, surtout pendant une grossesse », insiste-t-elle.
En Louisiane, où les indicateurs de santé maternelle sont déjà mauvais, cette peur de l’arrestation aggrave une crise déjà alimentée par l’annulation de l’arrêt Roe v. Wade. Giwa s’inquiète surtout pour les familles avec des bébés prématurés en réanimation néonatale (USIN). « Imaginez que votre enfant soit à l’hôpital, si vulnérable, et que vous ayez tellement peur d’être expulsé que vous n’osiez pas aller lui rendre visite. La santé d’un nouveau-né dépend en partie de la présence de ses parents. »
C’est exactement le dilemme auquel est confrontée la famille guatémaltèque de La Nouvelle-Orléans. Leur fils est en USIN dans un hôpital sur la rive nord du lac Pontchartrain. Le personnel a dit aux parents qu’ils devraient faire ce trajet long et risqué régulièrement pendant au moins un mois, pour le contact peau à peau et l’allaitement. Rosales-Fajardo les a conduits, car ils avaient trop peur de se faire arrêter sur un pont. « Dès qu’ils voient un hispanique au volant, ça devient suspect pour eux », dit-elle des agents fédéraux. Elle continuera à les conduire aussi longtemps que nécessaire. Le bébé, lui, est sain et sauf. Et les parents ont nommé Cristiane sa marraine.
Conclusion : Un appel à préserver des espaces sûrs pour la santé

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Alors, que faire face à cette situation ? Les groupes communautaires espèrent une mobilisation locale pour livrer de la nourriture et des produits d’hygiène, et que les professionnels de santé développent les visites à domicile ou la téléconsultation. Mais, comme le note l’infirmière Terry Mogilles, les salles d’attente des hôpitaux comme l’UMC sont considérées comme des espaces publics. Le syndicat des infirmiers réclame la création d’espaces sécurisés inaccessibles aux agents fédéraux et des politiques claires pour protéger le personnel soignant qui défend les patients.
Le problème, c’est que certains soins, comme le suivi post-opératoire ou les consultations prénatales, sont très difficiles à faire à distance. Il faut que les patients se sentent en sécurité pour se déplacer. En attendant, des vies sont mises en danger, des souffrances s’accumulent, et la confiance patiemment bâtie entre les communautés immigrées et le système de santé se fissure. L’histoire du bébé guatémaltèque a eu une fin heureuse, grâce au courage d’une voisine. Mais elle pose une question troublante : dans un pays qui se veut une terre d’accueil, doit-on vraiment choisir entre appeler le 911 et protéger sa famille ?
Selon la source : medicalxpress.com
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.