Les générateurs de pulsations du cerveau changent de taille quand on forme des souvenirs, selon une nouvelle étude

Les générateurs de pulsations du cerveau changent de taille quand on forme des souvenirs, selon une nouvelle étude credit : lemorning.ca (image IA)

Une première observation dans un cerveau vivant

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On sait depuis longtemps que la mémoire et l’apprentissage reposent sur des changements dans les connexions entre nos neurones. C’est ce qu’on appelle la plasticité cérébrale. Mais pour la première fois, des chercheurs ont réussi à observer un phénomène clé directement dans le cerveau d’animaux vivants, et pas seulement en laboratoire sur des cellules isolées.

Une équipe du Centre allemand pour les maladies neurodégénératives (DZNE), dirigée par le neuroscientifique Jan Gründemann, a publié ces découvertes le 23 décembre 2025 dans la prestigieuse revue Nature Neuroscience. Ils ont été aidés par des experts de Suisse, d’Italie et d’Autriche.

Ce qu’ils ont regardé de près, c’est une petite zone très spéciale du neurone appelée le segment initial de l’axone. Imaginez-le comme le « générateur de pulsations » ou le « démarreur » du signal électrique que le neurone va envoyer. Jusqu’à présent, on ne pouvait étudier ses changements que dans des boîtes de Petri ou sur des échantillons de tissu post-mortem. Là, grâce à des techniques de microscopie avancées, les chercheurs Chloé Benoit et Dan Ganea ont pu le suivre en direct, chez des souris, pendant qu’elles apprenaient.

Le rôle crucial du « démarreur » neuronal et ce que l’étude a révélé

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Pour bien comprendre, il faut se représenter le cerveau comme un immense réseau électrique. Les neurones sont comme des relais, connectés entre eux par des câbles (les axones). La force de la connexion entre deux relais détermine la qualité de la transmission. Le segment initial de l’axone, lui, est le maître d’œuvre : c’est lui qui décide si un signal va être généré, et avec quelle intensité il sera envoyé. C’est un peu l’interrupteur principal.

Les chercheurs ont entraîné des souris à réagir à différentes situations, un processus qui fait appel à la mémoire et à l’apprentissage. En observant les mêmes neurones dans le cortex cérébral avant et après l’entraînement, ils ont fait une découverte surprenante : les segments initiaux des axones changeaient de longueur. Certains s’allongeaient, d’autres rétrécissaient.

« La longueur du segment initial détermine l’excitabilité d’un neurone », explique Jan Gründemann. « Les cellules avec un long segment génèrent des impulsions plus fortes que celles avec un segment court. C’est donc un mécanisme pour réguler finement l’activité cérébrale. » Pourquoi certains s’allongent et d’autres raccourcissent ? Les chercheurs l’ignorent encore, mais ils pensent que c’est un levier de contrôle essentiel pour optimiser l’activité des neurones pendant l’apprentissage.

Un interrupteur maître aux côtés des synapses

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Jusqu’à présent, on savait que les synapses – ces points de contact entre les neurones – changeaient pendant la formation de la mémoire, influençant ainsi la transmission du signal. Cette étude montre que le segment initial de l’axone est un autre acteur majeur de cette plasticité.

Jan Gründemann utilise une métaphore éclairante : « Les signaux sont transmis d’un neurone à l’autre via les synapses, mais le segment initial de l’axone décide si un neurone va tirer et quelle sera la puissance de sa sortie. C’est donc, en un sens, un interrupteur maître. » Les deux sites – les synapses et le segment initial – sont donc des lieux de neuroplasticité et semblent tous deux cruciaux pour la formation des souvenirs.

L’équipe pense que ce phénomène n’est pas limité à la zone du cortex qu’ils ont étudiée. « Nous supposons que, tout comme la plasticité synaptique, les changements dynamiques du segment initial de l’axone sont un principe général associé à l’apprentissage », affirme le chercheur. Leur prochaine étape ? Étudier ce mécanisme dans d’autres régions du cerveau, en particulier dans le contexte des maladies neurodégénératives.

Perspectives et implications pour la maladie d’Alzheimer

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La piste de la maladie d’Alzheimer est naturellement devenue une priorité pour l’équipe. Dans cette pathologie, la transmission des signaux entre neurones est profondément altérée. Jan Gründemann et ses collègues veulent maintenant comprendre comment les fameux dépôts de protéines caractéristiques de la maladie (les plaques amyloïdes) affectent la fonction de ces segments initiaux d’axone.

« De tels sujets peuvent être étudiés chez des souris qui présentent des traits similaires à ceux de la maladie d’Alzheimer », précise-t-il. L’objectif est double : mieux comprendre les processus à l’œuvre dans la maladie, et peut-être identifier de nouvelles cibles pour de futures thérapies. C’est une lueur d’espoir pour des traitements qui s’attaqueraient non seulement aux symptômes, mais aux mécanismes fondamentaux de la dégénérescence.

L’article de recherche, intitulé « Axon initial segment dynamics during associative fear learning », est accessible avec le DOI : 10.1038/s41593-025-02152-5. Il a été relu et validé par des pairs, garantissant la solidité de ces observations prometteuses.

Selon la source : medicalxpress.com

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