Envoyé spécial contre l’antisémitisme : le Canada joue avec le feu depuis cinq mois

Envoyé spécial contre l’antisémitisme : le Canada joue avec le feu depuis cinq mois credit : lemorning.ca (image IA)

Un poste crucial, un vide inquiétant

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Il y a un truc qui me chiffonne, vous savez, et ça fait un bon moment. On parle beaucoup de tolérance, de vivre-ensemble, mais en même temps, une fonction essentielle pour combattre la haine est laissée à l’abandon depuis cinq mois. Je trouve ça troublant.

Je veux parler du poste d’envoyé spécial du Canada pour la préservation de la mémoire de l’Holocauste et la lutte contre l’antisémitisme. Un titre un peu long, mais d’une importance capitale. Deborah Lyons, la dernière personne à l’avoir occupé, a démissionné en juillet dernier. Elle devait rester jusqu’à l’automne 2025, mais elle est partie plus tôt. Et depuis ? Rien. Le siège est vide.

Ce qui est encore plus inquiétant, c’est que le premier à avoir tenu ce rôle, l’ancien ministre de la Justice Irwin Cotler, tire la sonnette d’alarme. Lui qui a occupé le poste depuis sa création en 2020 jusqu’en 2023, il parle d’une urgence absolue. Et quand un homme comme lui s’inquiète, je pense qu’on devrait tous tendre l’oreille.

Un poste si énorme que personne n’en veut ?

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Alors, pourquoi personne ne se précipite pour remplir cette mission, me direz-vous ? Selon Irwin Cotler, la réponse est simple : c’est un job de titan. Il faut dire que l’ex-ministre s’y connaît, il a dû étirer son mandat d’un an pour en faire trois, jusqu’en 2023, parce qu’il ne trouvait pas de remplaçant. Il confie même à Radio-Canada : « Si je n’avais pas étiré mon mandat, le poste serait resté vacant pendant deux ans. » Ça en dit long.

Deborah Lyons, sa successeure, a donné sa version dans le *Canadian Jewish News* : le travail l’a épuisée, physiquement et émotionnellement. C’est une ancienne ambassadrice au Canada en Israël, elle a même été cheffe de mission à l’ONU en Afghanistan. Une femme d’expérience, quoi. Si même elle a craqué, ça laisse songeur.

Le problème, selon Cotler, c’est la double casquette du poste. Contrairement à la représentante spéciale contre l’islamophobie, Amira Elghawaby, qui ne s’occupe que des dossiers nationaux, l’envoyé pour l’antisémitisme doit jongler avec le Canada ET le reste du monde. Il faut discuter avec nos gouvernements, les parlementaires, la société civile ici, mais aussi avec des organismes internationaux comme l’ONU, l’Union européenne ou l’Organisation des États américains. Et bien sûr, superviser tout le volet sur la mémoire de l’Holocauste.

C’est colossal. Cotler va même plus loin : il estime qu’il faudrait au moins deux personnes pour faire le travail correctement. Il cherche quelqu’un qui a déjà une expérience gouvernementale ou diplomatique. Étonnamment, il a trouvé que le fait que Deborah Lyons ne soit pas juive était un atout. Mais malgré ce profil presque parfait, le poste est un gouffre.

« Il n’y a pas beaucoup de personnes qui sont capables de prendre en charge toutes ces responsabilités-là. Certains bons candidats refusent d’occuper ce poste en raison de l’énorme charge de travail qui vient avec. » C’est lui qui le dit.

L’attentat de Sydney et la menace qui pèse sur le Canada

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Pendant que le gouvernement traîne des pieds, le monde ne s’arrête pas. L’attentat du 14 décembre 2025 sur la plage de Bondi à Sydney, qui a coûté la vie à quinze personnes lors d’une célébration de Hanoukka, est venu rappeler brutalement la réalité de la menace. Un attentat terroriste antisémite, en plein cœur de l’Australie. Irwin Cotler y voit un signal d’alarme glaçant.

Il affirme sans détour : « L’attentat terroriste de Sydney était une bombe à retardement et je suis très inquiet qu’une attaque pareille se produise ici, au Canada. » Pour lui, la montée de l’antisémitisme au pays est une « explosion ». Les chiffres lui donnent malheureusement raison.

Les dernières données officielles sur les crimes haineux pour 2024 montrent une hausse. Et le plus frappant, c’est que parmi les crimes visant une religion, 68% ciblaient la population juive, et 17% la population musulmane. Ces chiffres, ils parlent d’eux-mêmes.

Le premier ministre Mark Carney a bien tweeté son horreur après l’attaque de Sydney, réaffirmant son engagement à protéger les communautés juives. Des mots. Mais pour l’ancien ministre Cotler, les mots ne suffisent plus. Il estime que le gouvernement fédéral ne ressent pas l’urgence de la situation. On annonce des projets de loi – comme celui de septembre dernier pour créer de nouvelles infractions liées à la haine – mais on laisse vide le poste de celui qui est censé mener la bataille sur le terrain, à la fois ici et à l’international.

Le silence du gouvernement et l’attente qui s’éternise

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Face à cette inquiétude grandissante, quel est l’état d’esprit à Ottawa ? Radio-Canada a posé la question : pourquoi ce poste est-il toujours vacant, cinq mois après le départ de Deborah Lyons ? La réponse est d’une lourdeur administrative qui en dit long.

Pierre-Alain Bujold, porte-parole du Bureau du Conseil privé, a répondu par courriel, un peu comme un robot : « Une annonce sera faite en temps opportun. Nous n’avons aucune autre information à fournir pour le moment. » Point final.

C’est un peu frustrant, vous ne trouvez pas ? D’un côté, on a un ancien ministre qui crie au loup, qui parle d’une bombe à retardement et de la difficulté extrême à trouver un candidat à la hauteur. De l’autre, le gouvernement semble attendre son heure, comme si le poste d’envoyé spécial pour lutter contre l’un des racismes les plus anciens et les plus meurtriers de l’histoire n’était pas une priorité.

En septembre, ils ont bien présenté un projet de loi, c’est vrai. Il vise à créer de nouvelles infractions pour l’intimidation ou l’entrave à l’accès aux lieux de culte, aux écoles, aux centres communautaires. Il vise aussi la promotion publique de la haine via des symboles terroristes. Des mesures importantes, sans doute. Mais sans capitaine pour diriger le navire, pour coordonner les efforts ici et représenter le Canada à l’étranger sur ces questions, ça ressemble un peu à un pansement sur une jambe de bois.

En attendant ‘l’annonce en temps opportun’, le vide persiste. Et Irwin Cotler, lui, continue de s’inquiéter. Peut-être qu’il a raison de nous alerter. Après tout, quand un poste créé en 2020 pour répondre à une urgence est laissé vide pendant des mois en pleine recrudescence des tensions, qu’est-ce que ça dit de nous ?

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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