Madagascar : protéger ses trésors naturels en combattant la pauvreté
Mathieu Gagnon - 2025-12-20 10:09
credit : lemorning.ca (image IA)
Un paradis fragile en danger

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Imaginez vous réveiller au son des chants d’un lémurien Indri indri, dans l’une des forêts tropicales les plus luxuriantes du monde. C’est le quotidien, ou presque, dans l’est de Madagascar. Cette immense île de l’océan Indien est un véritable coffre-fort de la biodiversité. Elle abrite une nature unique, avec des centaines d’espèces qu’on ne trouve nulle part ailleurs : une quinzaine d’espèces de lémuriens, des oiseaux, des reptiles, des poissons et des fleurs endémiques.
Mais voilà, ce joyau est en grand péril. On ne parle pas seulement de plages paradisiaques pour les touristes, mais d’un écosystème entier au bord du gouffre. Ce spectacle magnifique est en danger de mort. Là-bas, la lutte pour la survie est double : il faut à la fois sauver les animaux et sauver les hommes. Parce que, comme vous allez le voir, les deux sont étroitement liés. La préservation de cette biodiversité unique au monde ne pourra se faire qu’en s’attaquant à la misère des populations locales.
Le décor, c’est le parc national Analamazaotra-Mantadia. C’est là que le guide et agent de parc, Marcel Rakotomandimby, observe chaque jour l’impact dévastateur des activités humaines. La principale menace pour les lémuriens est la disparition pure et simple de leur habitat. Et cette destruction, elle n’est pas le fruit du hasard.
La forêt brûle pour survivre : cultures et charbon

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Alors, qu’est-ce qui ronge la forêt ? La réponse est complexe, mais elle a un nom : la pauvreté. Marcel Rakotomandimby l’explique simplement : la disparition de l’habitat est causée par deux choses principales. D’abord, la culture sur brûlis. C’est une pratique agricole ancestrale, mais qui est devenue un vrai fléau depuis un demi-siècle. Des familles brûlent des pans entiers de forêt pour avoir un peu de terre à cultiver, principalement du riz. C’est une question de survie immédiate. On voit ces rizières un peu partout dans les villages et les quartiers pauvres, preuve que le besoin est immense.
Ensuite, il y a le déboisement pour le bois précieux. Des réseaux organisés coupent illégalement des quantités astronomiques de palissandre et de bois de rose. Et puis, il y a le charbon de bois. C’est peut-être le plus choquant : 85% des ménages malgaches utilisent toujours le charbon pour cuisiner. Pourquoi ? Parce que la majorité des gens sont trop pauvres pour avoir un accès fiable à l’électricité. Même quand ils peuvent se la payer, l’approvisionnement est tellement irrégulier qu’ils n’ont pas le choix.
Le résultat est visible de l’espace, je suppose. Des régions entières sont dénudées. Les lémuriens, qui continuent tant bien que mal à se reproduire, sont forcés de s’entasser dans des espaces qui rétrécissent comme peau de chagrin. Christin Nasoavina, président d’une association appelée Mitsinjo (ça veut dire « planifier l’avenir », un nom qui prend tout son sens), le constate amèrement : les réserves et les parcs deviennent surpeuplés. Son association gère pourtant une réserve de plus de 1000 hectares où « le lémurien est roi », comme il dit. Mais pour combien de temps encore ?
Le climat s’en mêle : sécheresse et avenir incertain

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Et comme si la pression humaine ne suffisait pas, le climat vient frapper un deuxième coup. Christin Nasoavina a 54 ans, il a vu la forêt changer sous ses yeux. Quand il était jeune, ici, dans cette forêt humide, il n’y avait pas de saison sèche. C’est incroyable à imaginer, non ? Maintenant, les sécheresses sont là. L’année dernière, une période de sécheresse très longue a tout affecté : les arbres, la flore, les rivières, les poissons… tout l’écosystème. « On est dans une *rainforest* ! », s’exclame-t-il, comme pour souligner l’absurdité de la situation.
Le naturaliste, qui a fondé l’Association Mitsinjo il y a 26 ans, s’inquiète profondément. « Il y a des animaux qui sont en voie de disparition, si ça continue au niveau des changements climatiques », dit-il. Sa crainte est celle de tout le monde sur place : que les babacoutes, ces lémuriens qui attirent tant de touristes aujourd’hui, ne soient plus là dans 20 ou 50 ans. Il milite donc pour des recherches plus poussées pour comprendre les impacts réels et trouver des moyens de s’adapter. « Qu’est-ce qui va arriver si on ne prend pas de précautions ? » C’est la grande question.
Face à ce mur, la stratégie de préservation est désormais double, et Christin Nasoavina la résume clairement. Le plus urgent, la priorité absolue, c’est la restauration et la reforestation. « C’est urgent de reboiser si on veut que la forêt survive pour les prochaines générations. » Mais le deuxième pilier est tout aussi crucial : c’est l’appui au développement de la population. Là, on touche au cœur du problème. Marcel Rakotomandimby le dit sans détour : la pauvreté pousse les gens à continuer de détruire la ressource naturelle. Il faut donc combattre la pauvreté pour protéger la forêt. C’est devenu partie intégrante de la politique des parcs nationaux.
Sortir les gens de la misère pour sauver la forêt

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Du coup, que font-ils sur le terrain, concrètement ? Dans la région d’Andasibe, l’administration du parc national a pris les choses en main. Elle a construit un centre de santé, réparé des écoles, bâti de nouvelles salles de classe. Elle distribue aussi des semences aux paysans. Mais l’initiative la plus parlante, c’est peut-être le soutien à une association d’artisans. Ces hommes et ces femmes vendent leurs créations à la boutique de souvenirs du parc. En échange, ils touchent un revenu minimum garanti de 400 000 ariary par mois, soit près de 125 dollars canadiens.
Tinega Randdrianasolo fait partie de cette association. Cette femme, rencontrée chez elle, raconte comment ce revenu a changé sa vie. « Cela a vraiment amélioré notre train de vie. » Elle peut maintenant envoyer ses trois filles à l’école, « de bonnes écoles ». Et ce n’est pas tout : avec cet argent, elle a pu se lancer dans l’élevage de porcs, de poules et de canards. Sa petite maison sur pilotis de trois pièces abrite aussi son atelier, où trônent des piles de tissus colorés, une machine à coudre et… une prise de courant. Un luxe incroyablement rare dans cette région où l’électricité est si aléatoire.
Car le parc va encore plus loin : les artisans peuvent obtenir l’électricité à un tarif préférentiel. Mais rien n’est gratuit. En échange de ce revenu et de cette énergie, chacun s’engage à planter des arbres dans la réserve, quatre fois par an. Et ils reversent même 15% de leurs profits au parc pour financer les activités de reforestation. C’est un cercle vertueux qui se met en place, lentement mais sûrement.
Le résultat, c’est une vraie prise de conscience. « Tout cela sensibilise les citoyens à l’importance de sauvegarder la forêt », peut-on lire. Ils commencent à développer une fierté envers la biodiversité exceptionnelle de leur pays. Tinega en est un exemple frappant. Elle admet que sa famille, comme tous ses voisins, a encore besoin de charbon pour cuisiner. Mais maintenant, elle est vigilante : elle achète du charbon fait avec du bois qui n’est ni protégé, ni coupé dans une aire protégée. Elle a fait le lien économique. « Si la forêt est coupée, ça fait diminuer nos ventes. »
Sa réflexion va même plus loin, touchée par l’instabilité du climat. « Il y a des moments où il ne pleut plus ou bien il pleut trop, et il n’y a pas vraiment de touristes qui viennent dans ce temps-là. » Elle en tire une conclusion pleine de bon sens, une conclusion qui résume tout l’enjeu : « On est conscient qu’il faut protéger la forêt pour se protéger nous-mêmes. » C’est peut-être la seule issue possible. Sauver Madagascar, c’est d’abord donner un avenir à ceux qui y vivent.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.