Face aux reculs sur l’environnement, des livres pour éclairer notre rapport au vivant
Adam David - 2025-12-20 10:32
credit : lemorning.ca (image IA)
Une année 2025 qui fatigue, et l’appel du livre

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Chaque fin d’année, on se prête volontiers à l’exercice du bilan. Mais pour l’année 2025, je dois avouer que ça coince un peu. Franchement, c’est même plutôt pénible. Sur le front du climat et de l’environnement, les douze derniers mois vont sans doute rester dans les mémoires comme une période de reculs, de démantèlements et de décrochages.
Et c’est un mouvement qui, soyons honnêtes, a été largement alimenté par ce qu’on pourrait appeler l’ouragan Trump, entraînant dans son sillage un mouvement généralisé et plutôt décomplexé de décomposition des politiques climatiques dans le monde industrialisé.
De Washington à Ottawa, en passant par Bruxelles, Tokyo, Québec et Berlin, on invoque souvent les incertitudes économiques pour justifier un virage à 180 degrés. On abandonne les politiques de décarbonation comme si c’était des vieilles habitudes.
Alors, si je devais résumer en un seul mot l’essence des messages que vous, chers lecteurs et lectrices, m’avez fait parvenir tout au long de l’année, ce serait fatigue. Vous êtes fatigués de voir la question du climat quitter le terrain de la science pour devenir un champ de bataille idéologique. Fatigués de constater que même les données les plus solides ne suffisent plus. Fatigués qu’on vous demande encore plus d’efforts individuels alors que les décideurs, eux, agissent souvent dans le sens contraire.
Vos messages font écho à mes propres doutes. À quoi bon ajouter un bilan de plus, si c’est pour alimenter cette fatigue collective ? C’est pour ça que l’idée m’est venue de prendre un peu de recul, de sortir de l’immédiateté. Plutôt qu’un énième constat, je vous propose des lectures. Des livres qui interrogent, qui donnent du sens à notre relation souvent compliquée avec la nature et le vivant.
À en juger par la déferlante de réponses à l’appel que j’ai lancé sur mes modestes réseaux sociaux pour connaître vos lectures marquantes, ce désir de sens est particulièrement vif en ces temps plutôt moroses. On a soif de quelque chose de plus profond, vous et moi.
Des classiques pour renouer avec l’observation et l’émerveillement

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Parfois, pour voir l’avenir, il faut regarder en arrière, vers des textes qui ont posé les bases de notre rapport au monde. C’est le cas de certaines œuvres fondatrices. Quand Henry David Thoreau s’installe au bord de l’étang de Walden au Massachusetts en juillet 1845, il cherche avant tout la simplicité. « Je voulais vivre délibérément, affronter seulement les faits essentiels de la vie », écrit-il dans Walden ou la vie dans les bois publié en 1854.
Il est à peine à deux kilomètres de chez sa mère, à une époque où la révolution industrielle en est à ses balbutiements, et pourtant il écrit le premier manifeste sur la simplicité volontaire et les vertus de l’observation de la nature. Il écrit cette phrase magnifique : « Ce que j’ai appris de la nature, c’est que je n’ai jamais été seul. » Chaque arbre semblait respirer avec lui, chaque brise portait les parfums de la terre et de l’eau. Une sensation d’appartenance totale.
Un siècle plus tard, en 1962, une biologiste marine du Bureau américain des pêches, Rachel Carson, change notre compréhension de la pollution chimique avec Le printemps silencieux. Elle y écrit une phrase devenue célèbre : « Le printemps se faisait silencieux là où le chant des oiseaux avait disparu. » Son livre, un best-seller, a renforcé les règles sur les pesticides et ouvert la voie à la création de l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA). Elle y note : « Chaque insecte, chaque plante, chaque organisme a sa place dans l’écheveau complexe de la vie. Tout ce que nous faisons à la nature, nous le faisons à nous-mêmes. » C’est puissant, et toujours d’actualité.
On ne peut pas passer sous silence John Muir, ce naturaliste américano-britannique considéré comme le père des parcs nationaux américains. À la fin du 19e siècle, il décrit avec une passion folle la Sierra Nevada en Californie dans Un été dans la Sierra (1894), mon favori de cet auteur prolifique. Il écrit : « Dans chaque promenade avec la nature, on reçoit bien plus que ce que l’on cherche. » C’est tout un programme.
Plus près de nous, il y a La panthère des neiges (2019) de Sylvain Tesson. L’écrivain voyage au Tibet avec le photographe Vincent Munier, à la recherche de ce félin mythique. Le récit est une leçon de patience et de sensibilité. Tapi dans la neige, Tesson déplore que nous ayons perdu l’art de voir ce qui ne se montre pas. Une de ses phrases m’a marqué : « Le monde ne mourra pas d’un manque de merveilles, mais d’un manque d’émerveillement. » C’est tellement vrai, vous ne trouvez pas ?
Penseurs du vivant et nouveaux modèles économiques

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Quand j’ai demandé vos suggestions, un nom est revenu sans cesse : le philosophe français Baptiste Morizot. Dans Manière d’être vivant (2020), il expose notre profonde ignorance de la nature avec une justesse qui fait mal. On connaît mieux les logos des marques que le nom des arbres autour de chez nous, dit-il. « Face à un écosystème ou à une forêt, on n’y voit rien », écrit-il. Pour lui, la vraie crise écologique est une crise de sensibilité. « La crise écologique n’est pas seulement une crise des savoirs, mais une crise de sensibilité : nous devons réapprendre à percevoir et à écouter les autres formes de vie. » C’est un appel à redevenir attentif.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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