Le plus grand parc éponge de Montréal bloqué par un dossier de santé publique
Mathieu Gagnon - 2025-12-19 10:16
credit : lemorning.ca (image IA)
Une inauguration prometteuse, une réalité en suspens
Ça fait un moment qu’on parle des « parcs éponges » à Montréal, vous avez peut-être entendu ça. L’idée, c’est génial : créer des espaces verts qui boivent littéralement l’eau de pluie pour éviter les inondations en ville. C’est moderne, c’est écologique. En août dernier, la mairesse Valérie Plante et son équipe ont inauguré en grande pompe le parc Pierre-Bédard, dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, en présentant le truc comme le plus grand parc éponge de la métropole. On nous promettait une capacité de rétention de deux piscines olympiques, un projet à 15 millions de dollars. Pas rien.
Mais voilà, aujourd’hui, la fête est un peu retombée. Quatre mois et demi après cette annonce triomphante, le parc fonctionne… seulement à moitié. Enfin, je dis « fonctionne », c’est un bien grand mot. Il y a un gros bouchon, au sens propre, qui empêche le système de tourner à plein régime. Et derrière ce bouchon, il y a un vrai casse-tête administratif et sanitaire qui traîne sur le bureau du ministère de l’Environnement. Une histoire qui montre que les bonnes idées écologiques se heurtent parfois à une réalité bien plus complexe qu’il n’y paraît.
Le cœur du problème : une conduite d’eau… trop mixte

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Alors, où est le hic ? Tout est dans un tuyau. Pour que le parc atteigne sa capacité maximale, il doit pouvoir recevoir l’eau d’une conduite d’égout combinée. Le principe est simple : lors de très fortes pluies, cette conduite amènerait l’eau excédentaire vers le grand bassin de rétention du parc. Le souci, c’est que cette eau n’est pas 100% pure. Elle est composée à 98% d’eaux de pluie et à 2% d’eaux usées. Oui, vous avez bien lu, des eaux usées, même diluées.
C’est une première au Québec, ce genre de mélange dirigé volontairement vers un parc. Alors forcément, ça fait réfléchir. Pour l’instant, un bouchon physique bloque ce tuyau. Et pour l’enlever, la Ville de Montréal a besoin d’une autorisation officielle du ministère de l’Environnement. Une demande a été envoyée le 9 septembre 2025. On est en janvier, et toujours pas de réponse. C’est long, très long.
Le ministère, lui, ne prend pas ça à la légère. Il explique qu’il doit s’appuyer sur l’avis de la Direction régionale de la santé publique. En gros, il faut être sûr à 100% que cela ne posera aucun risque pour la santé des promeneurs, des enfants qui joueraient là, ou pour l’environnement local. Ils évaluent les propositions de la Ville, point par point. Et ils prennent leur temps.
Le parc aujourd’hui et l’étude qui rassure (un peu)

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En attendant, le parc n’est pas complètement inutile, rassurez-vous. Il fonctionne en mode « secours ». Son bassin peut déjà recevoir l’eau de ruissellement qui vient des fossés végétalisés et des bordures drainantes autour de lui. Sa capacité actuelle est de 1 537 mètres cubes pour une pluie qui revient statistiquement tous les 10 ans. C’est déjà pas mal.
Mais si on ouvrait cette fameuse conduite, cette capacité doublerait pour le même événement climatique. On passerait donc de « pas mal » à « vraiment efficace ». La différence est colossale en termes de prévention des inondations.
Pour rassurer tout le monde, la Ville et l’arrondissement ne sont pas restés les bras croisés. Ils ont commandé une étude scientifique en partenariat avec l’École de technologie supérieure (ÉTS), dirigée par le professeur Frédéric Monette. Cette étude est plutôt intéressante. Les chercheurs ont prélevé 96 échantillons pour comparer la contamination potentielle du bassin du parc éponge avec la contamination naturelle qu’on trouve dans… six autres parcs montréalais.
Leurs conclusions ? Après une forte pluie, oui, il y a une contamination initiale dans le bassin. Mais après un lavage naturel (l’eau qui s’infiltre, qui s’évapore, le soleil…), cette contamination s’atténue très rapidement. Au bout d’une semaine, les niveaux de bactéries mesurés étaient même inférieurs à la contamination moyenne naturelle qu’on trouve dans les autres parcs de la ville. Cette contamination naturelle, c’est celle causée par les fientes d’oiseaux, les déjections de rongeurs, ce genre de choses. En clair, l’étude suggère que le parc éponge, une fois « rincé », serait aussi sûr, voire plus, qu’un parc traditionnel.
L’attente du ministère et l’incertitude qui persiste

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Malgré ces résultats plutôt encourageants, le ministère de l’Environnement n’a pas encore donné son feu vert. Interrogée par Radio-Canada, sa direction des communications a donné une réponse très « administrative », mais cruciale. Elle a déclé : « [Le ministère] évaluera si les mesures de mitigation et le suivi environnemental proposés par la Ville de Montréal sont suffisants pour assurer une protection adéquate de l’environnement et pour éviter de porter atteinte à la santé et à la sécurité de l’être humain. »
Traduction ? Ils veulent être absolument certains. Ils examinent les « mesures de mitigation » proposées par la Ville – probablement des protocoles de nettoyage, de surveillance, des barrières – et le plan de « suivi environnemental ». C’est leur job, et c’est une bonne chose qu’ils soient prudents. Personne ne veut créer un problème de santé publique en voulant résoudre un problème d’eau de pluie.
Mais cette prudence a un coût. Pendant ce temps, un équipement public de 15 millions de dollars ne remplit pas sa mission complète. Et la Ville, qui avait annoncé fièrement la fin des travaux et une pleine capacité « prochainement », se retrouve un peu le bec dans l’eau, si je puis dire. C’est le genre de situation frustrante pour tout le monde : les élus, les ingénieurs, et surtout les citoyens du quartier qui pourraient bénéficier d’une meilleure protection contre les inondations.
Conclusion : Entre innovation écologique et précaution sanitaire

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Cette histoire du parc Pierre-Bédard, c’est un peu un microcosme des défis de la ville moderne. D’un côté, on a une innovation technologique brillante, un projet d’adaptation aux changements climatiques qui a du sens. De l’autre, on a des procédures administratives nécessaires et une saine méfiance face à l’inconnu – ici, le mélange, même infime, d’eaux usées dans un espace vert public.
L’étude de l’ÉTS apporte des arguments solides. Elle montre que les risques, après une période courte, ne sont pas pires que ceux qu’on accepte déjà dans n’importe quel autre parc. Mais est-ce suffisant pour convaincre les autorités sanitaires ? C’est toute la question.
En attendant la décision du ministère, le plus grand parc éponge de Montréal reste un symbole un peu boiteux. Une belle réalisation à moitié exploitée. Ça nous rappelle que pour faire avancer les choses vertes, il faut parfois plus que de la volonté politique et de l’ingénierie. Il faut aussi composer avec la lourdeur, mais aussi la prudence indispensable, des machines administratives et sanitaires. L’avenir nous dira si l’attente en valait la peine.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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