La guerre frontalière entre la Thaïlande et le Cambodge se poursuit malgré les promesses de cessez-le-feu de Trump
Adam David - 2025-12-13 10:25
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Un cessez-le-feu annoncé, une guerre qui continue
Quelle ironie de la situation. Un jour après que l’ancien président américain Donald Trump a annoncé avec emphase un accord de paix entre la Thaïlande et le Cambodge, les combats ont repris de plus belle, le samedi 13 décembre 2025. Le gouvernement thaïlandais, loin de déposer les armes, a même intensifié ses opérations militaires. C’est un peu comme si les déclarations de Washington n’avaient tout simplement pas été entendues, ou pire, qu’elles avaient été ignorées. On assiste à une situation vraiment troublante, où la diplomatie internationale semble buter sur des décennies de rancœurs nationalistes.
Le premier ministre thaïlandais, Anutin Charnvirakul, n’a pas mâché ses mots sur Facebook : La Thaïlande continuera à mener des actions militaires jusqu’à ce que nous estimions que notre territoire et notre peuple ne sont plus menacés. Une position on ne peut plus claire, qui laisse peu de place à l’interprétation. Et pour prouver ses intentions, il a ajouté, avec une certaine froideur : Nos actions de ce matin en ont déjà dit long. Ces actions, ce sont des frappes aériennes menées dès 5h50 contre des cibles cambodgiennes, détruisant notamment deux ponts selon les autorités thaïlandaises.
L’escalade militaire et le récit contradictoire des événements

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Sur le terrain, les comptes-rendus des deux camps s’opposent, comme c’est souvent le cas dans ce genre de conflits. La version thaïlandaise, présentée par un porte-parole militaire, parle d’une frappe chirurgicale. Le porte-parole de l’armée de l’air, Chakkrit Thammavichai, a assuré que les avions thaïlandais utilisent des armes de haute précision pour prévenir les dommages aux civils innocents. Les cibles ? Deux ponts au Cambodge, soi-disant utilisés pour acheminer des armes vers le champ de bataille. L’objectif affiché est donc militaire et défensif.
Mais du côté cambodgien, le son de cloche est radicalement différent. Le ministère de la Défense a publié sur le réseau social X un communiqué bien plus alarmant. Il accuse les forces thaïlandaises d’avoir utilisé deux avions de combat F-16 pour larguer sept bombes sur plusieurs cibles. Surtout, le ministre de l’Information, Neth Pheaktra, affirme que la Thaïlande a élargi ses attaques pour inclure des infrastructures civiles et des civils cambodgiens. On est donc très loin d’une simple opération défensive. Ces bombardements interviennent dans un contexte déjà extrêmement tendu. Cette semaine, des affrontements frontaliers ont fait au moins 20 morts et ont forcé des centaines de milliers de personnes à fuir de part et d’autre. Des chiffres qui font froid dans le dos et rappellent la violence de l’épisode de juillet dernier.
La médiation avortée de Trump et le jeu diplomatique des deux camps
Tout ceci rend d’autant plus surprenante et presque surréaliste l’annonce faite par Donald Trump la veille, vendredi soir. Sur son réseau Truth Social, dans son style typique, il a écrit avoir eu une excellente conversation avec les deux premiers ministres. Il parlait de la très regrettable résurgence de leur guerre qui dure depuis longtemps. Et il annonçait, en lettres capitales pour bien marquer le coup : Ils ont accepté de CESSER tout tir dès ce soir. Il précisait qu’il s’agissait de revenir à l’accord de paix initial, conclu avec l’aide du grand premier ministre de Malaisie, Anwar Ibrahim. Trump concluait, toujours en majuscules : Les deux pays sont prêts pour la PAIX et la poursuite des échanges commerciaux avec les États-Unis d’Amérique. On aurait dit un deal, presque une transaction commerciale.
Mais visiblement, l’interprétation de cet échange n’était pas la même à Bangkok. Le premier ministre Anutin, après son appel avec Trump, avait effectivement déclaré qu’il fallait annoncer au monde entier que le Cambodge va respecter le cessez-le-feu. En d’autres termes, pour lui, c’était au Cambodge de faire le premier pas, lâchant cette phrase lourde de sens : C’est celui qui a violé l’accord qui doit régler la situation, et non celui qui l’a subi. Il faut savoir que dans la foulée de cette crise, M. Anutin a également dissous vendredi le Parlement thaïlandais, ouvrant la voie à des élections début 2026, ce qui ajoute une couche de complexité politique interne.
Le Cambodge, de son côté, se pose en victime et en partisan de la paix. Son premier ministre, Hun Manet, a posté samedi sur Facebook que le Cambodge a toujours adhéré à des moyens pacifiques pour résoudre les différends. Il a même proposé une sorte d’enquête impartiale, suggérant aux États-Unis et à la Malaisie d’utiliser leurs capacités de renseignement pour vérifier quelle partie a ouvert le feu en premier le 7 décembre. Une manière de rejeter la responsabilité des violences actuelles sur la Thaïlande et d’appeler la communauté internationale à trancher.
Les racines anciennes d’un conflit moderne et les précédents violents

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Pour comprendre pourquoi ce conflit est si tenace, il faut remonter loin dans le temps. Tout ça ne date pas d’hier. La Thaïlande et le Cambodge se disputent sur la souveraineté de bouts de territoires, des parcelles de terre où se dressent des temples de l’Empire khmer. Le problème, c’est que leur frontière commune a été tracée au début du XXe siècle durant la période coloniale française. Des lignes sur une carte qui ne correspondent pas toujours à l’histoire et aux sentiments des populations, voilà la source d’un contentieux vieux de plusieurs décennies.
Cette tension a déjà dégénéré violemment cet été. En juillet, un premier épisode de violences avait fait 43 morts en cinq jours. Imaginez l’horreur. Quelque 300 000 personnes avaient dû évacuer leurs maisons, un déplacement massif de population. Un cessez-le-feu avait été arraché, difficilement, sous l’égide d’un trio de médiateurs improbables : les États-Unis, la Chine et la Malaisie. Cette dernière exerçant d’ailleurs la présidence tournante de l’Association des États d’Asie du Sud-Est (ASEAN).
Mais cette trêve a été de courte durée. Bangkok l’a suspendu quelques semaines plus tard, et la raison invoquée est significative : l’explosion d’une mine terrestre ayant blessé plusieurs de ses soldats. Un incident qui montre à quel point la zone est minée, au sens propre comme au figuré. Chaque incident, même mineur, peut rallumer la mèche d’un conflit bien plus large. Et aujourd’hui, avec les frappes aériennes et les bombardements, on est malheureusement revenu à la case départ, ou presque. C’est un cycle de violence qui semble sans fin, où les annonces de paix sonnent creux face à la réalité du terrain.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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