Plagiat par l’IA : la peur des accusations infondées plane sur les universités
Mathieu Gagnon - 2025-12-12 10:17
credit : lemorning.ca (image IA)
Une zone grise qui inquiète

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C’est une situation qui crée pas mal de remous dans les salles de classe et les couloirs des universités, et je trouve que ça mérite qu’on s’y attarde. À l’Université d’Ottawa et à l’Université du Québec en Outaouais (UQO), un certain nombre d’étudiants se disent tout simplement « faussement accusés » d’avoir utilisé des outils d’intelligence artificielle pour plagier leurs travaux. Vous imaginez le stress ?
Le reportage de Radio-Canada, publié cette semaine, a mis le doigt sur un vrai problème. D’un côté, l’Université d’Ottawa n’a pas de politique spécifique pour encadrer le plagiat par l’IA, ce qui laisse place à une grande ambiguïté. De l’autre, l’UQO reconnaît, de son côté, qu’elle pourrait en faire plus. Le président de l’Association générale des étudiantes et étudiants de l’UQO, Oumar Fofana, s’en inquiète ouvertement, parlant des conséquences potentielles de faux positifs.
Dans ses mots, qui résonnent d’une franche inquiétude : « C’est vraiment de la supposition. C’est aussi le levier par lequel nous, nous défendons nos étudiants. Parce qu’il n’y a pas d’outils [de détection] qui puissent être fiables à 100 %. » Voilà qui plante bien le décor.
Et pourtant, malgré l’affirmation de l’UQO de ne pas recourir officiellement aux détecteurs d’IA, l’association étudiante soupçonne que certains professeurs pourraient malgré tout s’appuyer sur ces outils imparfaits. La crainte est palpable, et les chiffres parlent d’eux-mêmes.
Un manque de preuves et une confusion généralisée

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Sur le terrain, Yaya Sanogo, le conseiller aux affaires académiques de l’AGE-UQO, donne une mesure concrète de l’ampleur du phénomène : 70 à 80 % des cas d’aide qu’ils reçoivent concerneraient des soupçons liés à l’IA. C’est énorme. Et pour Oumar Fofana, le vrai souci, c’est qu’il n’existe aucun outil infaillible pour prouver de façon irréfutable qu’un étudiant a triché. Il a ce raisonnement très humain : « C’est possible que l’intelligence humaine soit menée à produire le même résultat, donc en fin de compte, il n’y a pas d’outils concrets qui puissent justifier cela. »
Une zone grise, vous dis-je. Surtout que la plupart des étudiants concernés par ces accusations, selon le président de l’AGE, seraient des étudiants internationaux. Pour eux, les enjeux sont encore plus grands.
Et ce n’est pas qu’une question administrative. Sur le campus Alexandre-Taché de l’UQO, les étudiants rencontrés sont francs. Nicolas Manier, en informatique, le dit clairement : « Nous on est en informatique, donc on est amené à utiliser l’IA, même dans nos travaux. Ça dépend des professeurs : il y en a qui sont plus ou moins permissifs, d’autres qui utilisent des détecteurs. » Patrick Mbamba, lui, résume bien le sentiment d’imprécision : « Il y a une grosse zone grise… parce que, tant que l’enseignant ne va pas clairement identifier si ça a été utilisé, ça reste assez limité. »
Yaya Sanogo note malgré tout une lueur d’espoir. Grâce à des efforts de sensibilisation, il observe une baisse des cas de plagiat cette année. L’an dernier, l’association a reçu plusieurs plaintes d’étudiants se sentant injustement pris à parti, et même lorsque l’utilisation de l’IA semblait plausible sans être prouvée, un travail de pédagogie a suivi. Une approche qu’il juge plus constructive que la simple sanction.
Le point de vue des professeurs : l’expérience contre les algorithmes
Mais du côté des enseignants, c’est une autre histoire. Martin Noël, le président du Syndicat des professeurs et professeures de l’UQO, explique que les accusations ne s’appuient généralement pas sur des détecteurs, qu’il considère peu fiables, mais sur l’expérience professionnelle accumulée. Après avoir corrigé « des dizaines et des centaines et des milliers d’examens et de travaux, on s’attend à un certain contenu », explique-t-il.
Il pointe du doigt les signes révélateurs d’une possible génération par IA : des sources documentaires inventées, des textes « un peu trop neutres » mais paradoxalement bien écrits, ou encore des formulations qui ne collent pas avec le style habituel d’un étudiant. C’est du cas par cas, une intuition forgée par la pratique.
L’expertise de Martine Peters, professeure au Département des sciences de l’éducation de l’UQO et directrice du Partenariat sur la prévention du plagiat, vient confirmer cette complexité. Elle ne mâche pas ses mots : « L’intelligence artificielle a pris tout le monde par surprise dans toutes les institutions et on se retrouve avec un phénomène où on est à la course pour rattraper, établir des politiques, faire des choix… et ce n’est pas simple. » Elle admet sans détour qu’il n’existe pas d’outil fiable à 100% pour repérer l’IA.
L’UQO a pourtant pris une mesure forte en juin 2023, modifiant sa politique sur le plagiat pour interdire l’usage de l’IA dans les évaluations, sauf autorisation explicite et écrite. Mais Mme Peters insiste : ces outils de détection ne font pas partie de la politique officielle de l’université. Un professeur qui soupçonne un cas doit donc trouver d’autres moyens de le prouver. « Les étudiants sont brillants pour faire leurs travaux, oui, mais aussi pour trouver des moyens rapides et efficaces de se servir de l’IA », souligne-t-elle, pragmatique.
Elle et la rectrice Murielle Laberge sont d’accord sur un point : la transparence est primordiale. Cette dernière appelle même les professeurs à indiquer quand ils utilisent eux-mêmes l’IA, pour montrer l’exemple. Et comment soupçonnent-ils un plagiat ? Par des incohérences de style. « Tu vois son style d’écriture, tu vois certaines autres [erreurs] par exemple d’orthographe, de syntaxe […] Et là, tout d’un coup, tu as trois ou quatre paragraphes écrits sans faute […] ça met la puce à l’oreille », détaille-t-elle.
À l’Université d’Ottawa : paranoïa et faux positifs

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La situation est tout aussi tendue de l’autre côté de la rivière. Jack Coen, président du Syndicat étudiant de l’Université d’Ottawa, parle carrément d’une « culture de paranoïa » qui s’est installée. L’absence de preuves solides et de politique claire crée une méfiance mutuelle. Il avoue même faire partie du problème, d’une certaine manière : « Personnellement, quand je soumets certains travaux, même si je sais que je n’ai pas utilisé l’intelligence artificielle, j’entre mes travaux dans les logiciels de détecteur d’IA sur Internet. » Un réflexe de stress partagé par beaucoup.
Son syndicat voit de plus en plus d’étudiants venir se plaindre d’accusations qu’ils estiment injustes. Et pourtant, tous les étudiants doivent suivre une formation sur l’intégrité académique et sont soumis au règlement A-4 contre le plagiat. Malgré cela, la confusion règne. L’étudiante Ines Louihi exprime ce sentiment partagé par beaucoup : « C’est un peu mélangeant. Parfois tu as le droit d’utiliser ChatGPT […] et parfois tu n’as pas le droit, donc parfois tu penses que tu as le droit, mais non. […] Pourquoi a-t-on le droit de l’utiliser dans un cours et pas dans l’autre ? »
L’Université d’Ottawa a refusé une entrevue, préférant une déclaration écrite de son directeur des affaires publiques, Jesse Robichaud. Le courriel est clair : les professeurs ont bien accès aux détecteurs d’IA intégrés à Turnitin, mais l’université reconnaît explicitement que ces outils ne constituent pas une preuve suffisante, en raison des risques de faux positifs. La position officielle est donc que les professeurs doivent « démontrer par d’autres moyens qu’une fraude académique a effectivement eu lieu. » La solution privilégiée ? Une rencontre entre le professeur et l’étudiant pour discuter du travail et de sa compréhension.
Conclusion : Une adaptation nécessaire dans la tourmente

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Alors, où en est-on ? On a d’un côté des étudiants qui ont peur de voir leur avenir compromis par une accusation basée sur un algorithme imparfait. De l’autre, des professeurs qui doivent naviguer à vue dans un paysage technologique qui change à une vitesse folle, en s’appuyant sur leur jugement et leur expérience plus que sur des outils fiables.
Martine Peters de l’UQO a sans doute raison de dire qu’il serait utopique de croire que les étudiants n’utilisent pas l’IA. La question n’est peut-être plus de l’interdire purement et simplement, mais d’apprendre à vivre avec, de l’encadrer et, surtout, de rétablir un climat de confiance. La transparence, que ce soit sur les attentes des professeurs ou sur leurs propres usages, semble être le maître mot avancé par les administrateurs.
En attendant, les syndicats étudiants, à Gatineau comme à Ottawa, plaident pour plus de sensibilisation et de clarté. Parce que dans ce brouillard technologique, ce sont les parcours académiques et la relation pédagogique qui sont en jeu. Et comme le dit si bien Oumar Fofana, avec des outils qui ne marchent « une fois sur deux », « est-ce qu’on pourrait condamner l’avenir de quelqu’un par rapport à cela ? » Une question qui mérite qu’on y réfléchisse sérieusement.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.