Le Congrès américain contrebalance la ligne Trump sur l’Europe
Simon Kabbaj - 2025-12-11 10:13
credit : lemorning.ca (image IA)
Une loi de défense pour 2026 qui contredit Trump

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Il arrive que les élus du Congrès fassent un pas de côté par rapport à la ligne présidentielle. Et c’est un peu ce qui s’est produit ce mercredi à Washington. La Chambre des représentants a adopté le texte annuel qui définit les priorités de défense des États-Unis pour l’année prochaine, un monstre législatif de plus de 3000 pages et près de 900 milliards de dollars. Mais la chose la plus frappante, c’est peut-être qu’il s’éloigne clairement des signaux récents de l’administration Trump envers ses alliés européens.
Ce projet de loi, le NDAA, est un exercice de tradition parlementaire, voté avec un consensus inhabituel entre démocrates et républicains. Cependant, sa version pour 2026 semble porter un message différent, un peu comme un rappel à l’ordre : il comporte plusieurs clauses qui verrouillent la présence militaire américaine en Europe. C’est une réponse directe, un contre-pied politique, aux déclarations récentes du président, qui a pourtant la main sur le Pentagone. Drôle de situation, non ?
Le contenu de la loi et ses ambitions contradictoires
D’un côté, le texte a été porté par des élus républicains, comme le président de la Chambre, Mike Johnson, qui le qualifie fièrement de pièce maîtresse du programme de « paix par la force » de Trump. Il y a des mesures populaires chez une certaine base : hausse de la solde des soldats, plus de militaires à la frontière sud, des coupes dans ce qu’ils appellent la bureaucratie superflue du Pentagone et… des réductions de 1,6 milliard dans les programmes liés au changement climatique. Un mélange de politique intérieure et de vision stratégique. Mais voilà, l’histoire ne s’arrête pas là. C’est le détail qui tue.
En lisant plus loin, on découvre que cette loi force littéralement la main du Pentagone. Elle interdit à l’armée américaine de réduire ses troupes en Europe en dessous de 76 000 soldats sans une justification solide devant le Congrès. Imaginez : alors que le ministre de la Défense, Pete Hegseth, semble vouloir recentrer l’attention sur les Amériques – avec des frappes contre le narcotrafic dans les Caraïbes –, les élus lui disent de ralentir. C’est une manière indirecte, mais très forte, de dire que l’Alliance atlantique reste un pilier, quoi qu’en pense la Maison-Blanche.
Le fossé avec Trump et les « pères fondateurs » du Congrès

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Cette loi, c’est une chose. Mais le ton récent de Donald Trump en est une autre, bien plus crue. Juste la veille de ce vote, il avait fustigé l’Europe, la décrivant comme un continent qui se délabe à cause de ses dirigeants, selon ses termes. Il a même lancé, d’un ton sarcastique que l’on connaît bien, que « l’OTAN m’appelle ‘papa’ ». C’est dire le niveau de condescendance, voire de mépris, pour ses alliés historiques. Cela, ajouté à sa pression constante sur l’Ukraine pour qu’elle tienne des élections, montre un fossé énorme entre sa vision et celle des parlementaires qui viennent de voter cette loi.
Alors, pourquoi cette divergence ? Il faut comprendre que le Congrès américain a une mémoire institutionnelle. Beaucoup d’élus, même républicains, sont engagés depuis des décennies dans l’OTAN. Ils voient la stabilité européenne comme un intérêt national américain fondamental, une idée ancrée depuis la Seconde Guerre mondiale. L’adoption de ce NDAA avec un soutien massif (312 voix pour, 112 contre) est comme un rappel à l’ordre constitutionnel : le président gère la défense, mais le Congrès vote le budget et les orientations. Il y a là un jeu de pouvoir assez classique, mais qui devient spectaculaire dans ce contexte particulier.
Conclusion : Un réajustement politique, mais pas une rupture

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Alors, que faut-il en retenir ? Pas une guerre ouverte, mais un réajustement significatif. Le Congrès envoie un signal clair : il ne suivra pas aveuglément une politique qui, à ses yeux, pourrait affaiblir les alliances stratégiques des États-Unis. Même si certains élus de l’aile la plus radicale, comme Marjorie Taylor Greene, ont dénoncé ce texte en disant qu’il « met l’Amérique en dernier », ils étaient largement minoritaires. Le vote montre que la majorité, des deux côtés, préfère pour l’instant la continuité en Europe.
Est-ce que ça va changer la donne ? Pas nécessairement dans l’immédiat. Le texte doit encore passer au Sénat, et Trump pourrait théoriquement poser son veto. Mais le soutien bipartite est si large qu’un veto serait probablement annulé. C’est une situation un peu paradoxale, mais qui dit beaucoup de la politique américaine : parfois, pour faire avancer ses idées, il faut composer avec les institutions. Même quand on s’appelle Donald Trump.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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