Banques alimentaires à bout de souffle : l’urgence de dépasser le modèle d’urgence
Mathieu Gagnon - 2025-12-11 10:43
credit : lemorning.ca (image IA)
Un mur de besoins impossible à combler

credit : lemorning.ca (image IA)
La lumière est douce, l’accueil est chaleureux au centre Le Dépôt à Montréal, mais derrière cette façade de solidarité bien huilée, le constat est glaçant. L’organisme est au bout du rouleau, avoue sa directrice, Tasha Lackman, et ce qu’elle décrit n’est pas un cas isolé. C’est le symptôme d’un système d’aide alimentaire à bout de souffle, qui ne parvient plus à suivre l’explosion des demandes.
Les chiffres nationaux confirment ce sentiment d’épuisement : près de trois millions de requêtes par mois au Québec, une augmentation de 90 % au Canada depuis 2019. On parle de familles, d’étudiants, de travailleurs, dont la file d’attente ne cesse de s’allonger. La pandémie a été un catalyseur brutal, mais la crise, elle, s’est enracinée, transformant une aide ponctuelle en bouée de sauvetage permanente pour des centaines de milliers de personnes.
Un modèle dépassé face à une crise permanente

credit : lemorning.ca (image IA)
Le problème, selon Jessica Dufresne, chercheuse en droit alimentaire, c’est que le modèle des banques alimentaires a été pensé pour des urgences passagères. On est loin de ça aujourd’hui. La pauvreté s’est complexifiée et installée, touchant désormais des profils qu’on n’y attendait pas. La classe moyenne trinque aussi, coincée entre des loyers qui flambent et des salaires qui stagnent.
L’effort pour maintenir la dignité des personnes, comme servir des repas communautaires ou offrir des ateliers de cuisine, se heurte chaque jour à la réalité du terrain : il faut rationner les œufs, limiter le pain. Les bénévoles portent un fardeau émotionnel immense, sachant que leurs actions, aussi vitales soient-elles, ne font que colmater une brèche qui ne cesse de s’élargir.
Sherbrooke trace une nouvelle voie avec sa charte alimentaire

credit : lemorning.ca (image IA)
Alors que le système craque de partout, une ville a décidé de changer de paradigme. Sherbrooke vient d’adopter la première charte alimentaire municipale au Québec, un engagement officiel à placer l’alimentation au cœur de ses décisions. C’est plus qu’un symbole : c’est un outil pour assouplir les règlements et favoriser les circuits courts.
Concrètement, ça signifie que les citoyens peuvent désormais jardiner en façade, que les producteurs locaux peuvent vendre dans des zones autrefois considérées comme des déserts alimentaires. La municipalité se positionne en facilitateur, reconnaissant que les paliers supérieurs de gouvernement ne répondent pas assez vite à l’urgence. C’est un pas timide mais significatif vers une vision plus systémique.
Du droit à la charité : la lutte pour une loi-cadre

credit : lemorning.ca (image IA)
L’action de Sherbrooke s’inspire d’un principe fondamental mais trop souvent ignoré : le droit humain à l’alimentation. Le Canada l’a signé sur papier, mais ne l’a jamais vraiment traduit dans ses lois. Des acteurs du milieu, menés par le Regroupement des cuisines collectives, veulent changer la donne en poussant pour une loi-cadre provinciale.
Leur ambition ? Sortir d’un modèle basé sur la charité pour entrer dans une logique de justice sociale. Ils citent en exemple le Brésil, où ce droit est inscrit dans la Constitution, ou encore le Maine. L’idée est d’imposer des mesures structurelles : des programmes d’alimentation scolaire universels, un soutien accru aux producteurs locaux, un meilleur encadrement des géants de l’agroalimentaire. Le premier Sommet national sur le droit à l’alimentation, prévu à Sherbrooke en avril, vise à donner un coup d’accélérateur à ce mouvement.
Conclusion : S’attaquer aux causes, pas seulement aux symptômes

credit : lemorning.ca (image IA)
Le message des personnes sur le terrain est on ne peut plus clair : continuer à ne compter que sur les banques alimentaires, c’est se condamner à se noyer. Le financement gouvernemental représente une part dérisoire de leur budget, alors que la demande explose. Ils ne peuvent et ne doivent pas porter seuls le poids d’un échec collectif à garantir un revenu décent et une vie abordable.
L’espoir, peut-être, réside dans cette lente prise de conscience que la solution ne viendra pas d’un seul secteur. Elle nécessite un changement de cap radical, où les municipalités, comme Sherbrooke, ouvrent la voie, où la société civile pousse pour des lois contraignantes, et où l’on arrête de traiter la faim comme une simple question de générosité, mais bien comme une question fondamentale de droits et de dignité.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.